Cloud IoT et interopérabilité : le duo gagnant pour valoriser les données issues des objets connectés

Industriels, éditeurs, intégrateurs... Les acteurs du marché commencent à voir en l’interopérabilité et le cloud, la clé pour enfin valoriser des données issues des objets connectés et ouvrir les usages.


Plusieurs années déjà que les objets connectés ont fait leur apparition dans la vie quotidienne des utilisateurs.  Dans une perspective de marché, le secteur de l’IoT industriel, en forte croissance, voit de nouveaux enjeux apparaître grâce notamment à la multiplication des plateformes IoT. Les équipements devront interopérer de plus en plus pour éviter davantage d’erreurs humaines, optimiser la chaîne de production, communiquer avec des flux de marchandises ou autres capteurs tiers.

Aujourd’hui, les acteurs du marché (industriels, éditeurs , intégrateurs...) commencent à voir en l’interopérabilité, la clé pour enfin valoriser des données issues des objets connectés et ouvrir les usages. L’interopérabilité se définit comme la faculté de communication et d’interaction entre objets connectés de différents types et fournisseurs.
Ma voiture approche de la maison, envoie un message à ma chaudière pour réguler la température et ma machine à café m’accueille avec un espresso. Ceci semble assez simple, mais implique une chaîne allant d’un constructeur auto, une start-up spécialisée en espresso connecté et un fabriquant de chaudières. Ces acteurs doivent partager un référentiel commun, mais également me permettre à moi, utilisateur, de créer mes propres “règles”.






Quelles contraintes ou opportunités technologiques pour ce référentiel ? Qui va porter cette charge et créer de la valeur autour ? Quel modèle économique pour valoriser ces interopérations ? 

Plateformes IoT et Cloud computing : au cœur du défi de l’interopérabilité
Depuis 2015, on assiste à la multiplication des plateformes IoT qui ont trois rôles principaux :
  • recevoir des messages envoyés par des “devices” et les traiter via un moteur de règles,
  • stocker ces time-series dans un “data lake”, une base de données,
  • fournir un accès à l’information stockée via des API d’agrégation.
Les solutions se standardisent et le Cloud permet cette unification technique indispensable à la création de nouveaux usages. Le Cloud va permettre à la donnée IoT de sortir facilement de silos où elle est parfois depuis plusieurs années en attente d’ouverture. Microsoft et Amazon ont dégainé très récemment avec AWS IoT et Azure IoT. Positionnées au niveau infrastructure, ces offres s’attachent à la standardisation du premier point : la réception et le traitement des messages. Ensuite, les solutions sont multiples pour construire un “data lake” et définir des API afin d’ouvrir l’information vers “l’extérieur”.

On peut citer par ailleurs d’autres offres qui viennent se positionner différemment sur les 3 aspects : Messaging, Datalake & API. Thingworx le multi-fonctions, Xively le multi-tenant, Predix l’industriel, Samsung le clé-en-main… sans oublier Salesforce, SAP ou Oracle.

Ceci permet aujourd’hui, plus vite que jamais, à des entreprises de toutes tailles de mettre en place leur Cloud IoT, d’y transférer des informations depuis des objets et d’interagir via des applications ou des portails web. Et de fait au sein d’une même entreprise les données industrielles peuvent être mises en regard, les services peuvent communiquer, les objets ont un premier niveau d’interopérabilité “interne”.

Ces masses fantastiques de données peuvent être transformées en davantage de valeur pour les clients ou l’entreprise. CRM, Field service, Marketing 1to1, compréhension des usages pour amélioration des services, “asset performance”, optimisation opérationnelle, intelligence artificielle, data science… autant d’usages accessibles via ces plateformes hébergées.

De multiples Clouds IoT émergent, complémentaires ou compétiteurs, et vont devoir interopérer pour faire émerger autant d’usages et d’écosystèmes. 

L’émergence des plateformes d’interopérabilité “externe”.
Le niveau suivant est plus global. Propre à plusieurs entreprises potentiellement. Il s’agit de faire interagir les objets de multiples fournisseurs entre eux. Chacun aura sa propre plateforme technologique, donc doit non seulement fournir des accès entrants et sortants (API, subscriber…) mais également adhérer à une couche commune d’interopérabilité. 

Cette problématique pose question car pour interopérer il faut recevoir tous ces messages, avoir des règles et transmettre en retour massivement, d’autant plus massivement qu’il y a de liens. Donc pour que ceci reste “gérable” économiquement et techniquement il faudra probablement qu’en amont sur chaque système on puisse choisir quels messages envoyer à ce deuxième niveau. Mais il faudra également que ce deuxième niveau soit hautement scalable.
  • C’est le positionnement en particulier de Samsung Artik Cloud qui est officiellement disponible en version commerciale depuis la conférence Samsung Developer d’avril dernier. Notons l’intervention de Legrand qui possède sa propre plateforme “Eliot” mais dont l’enjeu est de l’ouvrir aux interactions avec un écosystème plus vaste.
  • On peut voir ainsi également le systeme Mother de Sen.se qui groupe entre eux capteurs spécifiques et est ouvert à des services tiers (NEST et IFTTT). 
  • Peer-to-peer et framework communs s’envisagent également via des consortiums comme OCF ou AllSeen.  Framework et standards de communication sont une chose importante, la plateforme qui héberge et / ou référence un ensemble hétérogène d’objets en est une autre. 
Les solutions émergent mais l’offre est fragmentée. Dans l’industrie, finalement ce second niveau est plus “simple” à obtenir : il s’agit de lier aux plateformes locales existantes une plateforme IoT Cloud spécifique. 

Pour le grand public on peut s’attendre à davantage d’offres des deux leaders Facebook et Google. C’était l’intention avec “Parse” mais les plans ont changé. Ceci n’exclut pas un positionnement justement plus global d’agrégateur. Chez Google on peut voire en NEST un potentiel de plateforme d’interopérabilité qui travaille par ailleurs sur son écosystème.

La nécessaire création d’un écosystème 
C’est également en terme d’écosystème applicatif que l’interopérabilité peut changer la donne et permettre à des applicatifs multi-objets d’émerger. Ces développeurs, ces start-up indépendantes vont créer les usages autour des objets en question, des services d’analyse, des applications de marketing spécialisé... Et pour créer ces applications ces acteurs ont besoin d’un ou quelques points d’ancrages standards.  

Définir un modèle économique et bâtir une confiance numérique
Sur le plan du modèle économique, c’est probablement l’usager qui paiera directement ou indirectement (modèle publicitaire). Sur le plan de la confiance et de la responsabilité, qui et comment vais-je autoriser à avoir accès physiquement à ma maison, ma voiture, ma machine à café ? Qui va produire de la richesse via ces interopérations pour en justifier du coût d’infrastructure et garantir cette confiance ? Big Brother prend du galon et fait même votre café ?  L’interopérabilité va aller au-delà de cette considération simpliste, et les gains en termes de sécurité, d’économie d’énergie ou de santé par exemple peuvent être considérables si cette interopérabilité est efficace : des offres claires et peu fragmentées, des écosystèmes, fournis par des acteurs de confiance.

Les acteurs du marché commencent à regarder dans la même direction, des nouveaux Hubs IoT viennent d’émerger et proposent de nouvelles solutions où Cloud rime avec ouverture des usages. La confiance sera essentielle, et chaque fournisseur d’objet connecté devra s’ouvrir aux consortiums et frameworks associés, mais surtout aux plateformes d’interopérabilité.

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