Les chaines de télé seront-elles solubles dans Youtube, ou inversement ?

Youtube, plateforme de vidéos en ligne proposée par Google, tire ses revenus de l’affichage de publicité avant et pendant une vidéo. Si elle subit régulièrement des modifications de ses algorithmes de classement, comme tous les produits Google, certaines d’entre elles secouent fortement l’écosystème des Youtubers et change la donne.

Youtube a été perçu depuis sa création comme une plateforme très horizontale, qui permettait à n’importe quel amateur sachant enregistrer une vidéo de briller du jour au lendemain.

Ce n’est pas tout à fait la réalité, puisque sous leurs aspects parfois "amateurs", les vidéos populaires étaient en fait ciblées, travaillées et écrites pour leur public, à la manière d’un one-camera show. De nombreux comiques adulés des moins de 18 ans ont bénéficié de cette opportunité fournie par Youtube, que ce soit en France ou dans d’autres pays.

En produisant un contenu original et régulier, en fédérant un nombre conséquent d’abonnés, et une fois un volume conséquent de vidéos atteint, il était possible "de vivre" de Youtube. Car toutes les vidéos peuvent être monétisées, tant qu’elles n’utilisent pas de contenu appartenant à un ayant droit. Toutefois, plusieurs centaines de milliers de vues quotidiennes sont nécessaires pour obtenir un revenu substantiel.

Youtube avait auparavant tendance à privilégier les mêmes Youtubers en boucle, ce qui créait d’une certaine façon des "poches" de popularité. Il était même fortement recommandé aux nouveaux youtubers d’être mis en avant par d’autres vidéastes plus chevronnés pour booster leur "carrière" sur ce site.

Le changement


Début décembre, branle-bas de combat chez les youtubeurs : la division de Google a changé plusieurs paramètres de son système.

En effet, la nouvelle mouture de YouTube fait nettement ressortir des produits typés "télévision", parfois même fournis par des chaînes de télévision, au détriment de créateurs de contenu indépendants. Ce format se consomme plus facilement. Il est aussi moins coûteux à produire : il peut donc aussi être publié plus régulièrement, ce qui signifie plus de temps de publicité pour la plateforme.

Outre une moins grande probabilité d’apparaître dans les recommandations et tendances, à cause de cette nouvelle préférence pour le contenu "télévisuel", d’autres changements ont également été constatés. Ils ont comme conséquence une baisse systématique du nombre de vues. L’un des problèmes les plus frustrants pour les créateurs de contenu étant l’arrêt des notifications des abonnés lors de la sortie d’une nouvelle vidéo. Afin d’être averti, une deuxième étape est dorénavant nécessaire, nécessitant donc une action supplémentaire de la part des internautes, même s’ils sont abonnés depuis plusieurs années.

Cette démarche fait penser à celle de Facebook, qui a choisi il y a plusieurs années de ne plus montrer la totalité des publications d’une page à ses fans, et de pousser à la promotion des posts par l’achat de publicités.

Il y a donc eu une diminution du nombre de vues pour un nombre important de chaînes, et donc aussi une baisse de leurs revenus publicitaires, pouvant contraindre certains créateurs de contenu à retrouver un travail alimentaire en sus de leur activité. Les plaintes émises contre ces modifications d’algorithme ne sont donc pas totalement injustifiées.

De nombreux Youtubers ont en effet réagi à ces changements de manière négative, à l’instar de PewDiePie et ses 53 millions d’abonnés (1er youtuber mondial), qui se sont sentis "trahis" par le site. PewDiePie menaça notamment de supprimer sa chaîne si Youtube ne revenait pas en arrière. Ce qu’il fit, en supprimant sa chaîne secondaire qui ne publiait plus de vidéos depuis plusieurs mois. Les professionnels de Youtube gardent donc un certain sens des réalités.

Enfin, la notion de "watch time" est également devenue beaucoup plus importante dans les critères de classement des vidéos, et les métriques comme le nombre d’abonnés, les pouces bleus ou les commentaires ont vu leur pouvoir minoré. Ce "watch time", qui revient dans l’ensemble des discussions de créateur de contenu, ne correspond pas au temps de visionnage, comme on pourrait le penser, mais à un ensemble de plusieurs facteurs :

  • ·         Nombre de vues
  • ·         Durée des vues
  • ·         Ouverture de sessions
  • ·         Fréquence de mise en ligne
  • ·         Durée des sessions
  • ·         Fin de sessions

La réponse de Google

Bien que la situation tienne de David contre Goliath, la grogne est suffisamment montée pour que Youtube communique officiellement sur le sujet.

Dans un post réalisé par une l’algorithme Google, Youtube affirme ne favoriser aucune chaîne et sélectionner automatiquement les tendances suivant le rythme de progression des vues ainsi que la source des vues.

Un spécialiste a indiqué en commentaire qu’il pensait que Google préférait un rush de spectateurs non-abonnés sur une vidéo, spécialement si cette vidéo était également placée sur d’autres sites (grâce à la fonction d’intégration). Si cette affirmation est véridique, c’est effectivement le vivier idéal pour les chaînes de télévision, qui peuvent placer directement une nouvelle vidéo devant des centaines de milliers de personnes (par le biais de leur site internet).

Il est bien entendu impossible de savoir exactement comment fonctionne l’algorithme Google, puisque révéler ce secret permettrait à n’importe qui de réaliser la vidéo "parfaite", ce qui détruirait le concept même du classement. Cependant, l’année 2017 comptera également son lot de modifications, qui obligeront les créateurs de contenu à s’adapter.

Les médias classiques vont-ils prendre sur Youtube la place qu’ils occupent offline ? Seul l’avenir le dira.

La plateforme, elle, a déjà pris les devants en annonçant le 28 février le lancement d’une offre payante de streaming. A la différence de ses concurrents Netflix et Amazon, des chaînes de télévision seront incluses dans le forfait, se posant donc en concurrent direct des opérateurs du câble aux USA. Il sera même possible de planifier des enregistrements afin de regarder les contenus ultérieurement.

La bien-nommée Youtube TV devrait coûter 35 dollars par mois, être accessible à 6 utilisateurs distincts, et sera proposée dans un premier temps aux Etats-Unis avant de s’ouvrir aux autres pays.

Etats-Unis / Google