Nathanael Ackerman (France IA) "Nous allons créer un label France IA et un hub de partage de données"

Le directeur de l'initiative France IA présente ses chantiers prioritaires pour faire de la France une puissance de l'intelligence artificielle.

En mars dernier le rapport France IA, commandé par le gouvernement pour définir une stratégie nationale en matière d'intelligence artificielle, était remis à François Hollande. Une organisation fédérant les acteurs de l'IA, également baptisée France IA et dirigée par Nathanael Ackerman, a alors été créée.

JDN. Quels sont les chantiers prioritaires pour faire de la France une star de l'IA ?

Nathanael Ackerman, directeur de l'initiative France IA. © France IA

Nathanael Ackerman. Nous nous sommes inspirés de la réussite de la French Tech pour créer un hub France IA, qui verra officiellement le jour dans les prochaines semaines. Cette structure chapeautera les forces en présence, que ce soient des start-up, de grands groupes ou encore des laboratoires de recherche, pour leur donner une dynamique commune et leur permettre de collaborer efficacement. Nous allons par exemple lancer des challenges IA avec des financements importants comme le fait aux USA la Darpa (Agence pour les projets de recherche avancée de défense), afin de stimuler la R&D et l'activité des jeunes entreprises.

Dans le cadre de ce hub, nous lancerons un label France IA, qui permettra de promouvoir tous les projets d'intelligence artificielle hexagonaux sous une même marque France. Il regroupera les jeunes pousses tricolores du secteur qui postuleront, mais également les grands groupes qui souhaiteront voir leurs projets IA associés à cette appellation.

Cette nouvelle marque permettra aux start-up labellisées d'attirer plus facilement l'œil des investisseurs internationaux et de faire décoller leurs levées de fonds. Les acquisitions et les investissements dans les pépites françaises de l'intelligence artificielle ont crû chaque année de 30 à 50% depuis 2012. Le total des tours de tables supérieurs à 750 000 euros réalisés par les 270 jeunes pousses qui composent le secteur en France était en 2016 égal à 278 millions d'euros. Un résultat qui ne nous permet pour l'instant de monter que sur la deuxième marche du podium des pays d'Europe dont les entreprises IA collectent le plus de financements, loin derrière le Royaume-Uni (581 millions d'euros, ndlr). Ce label devrait contribuer à changer la donne.

Comment ces acteurs divers collaboreront-ils concrètement au sein de ce hub ?

Nous allons créer une plateforme de partage des données sur laquelle les grands groupes et les start-up tricolores viendront plugger leurs data. Elles seront en libre accès pour les organisations qui voudront développer des solutions IA et entraîner leurs intelligences artificielles. Ce projet génère une forte traction de la part des entreprises, car il peut leur permettre de créer de nouveaux services pour leurs clients en croisant leurs bases de données avec celles d'autres sociétés travaillant dans des secteurs adjacents au leur, auxquelles elles n'auraient pas eu accès avant la création de ce dispositif.

Quand allez-vous mettre en place cette plateforme ?

Nous allons rencontrer la nouvelle équipe politique constituée par Emmanuel Macron et son Premier ministre fin juin pour établir un calendrier précis et décider du budget qui sera alloué à chaque chapitre de cette stratégie IA.

Cette plateforme de partage de données ne devrait-elle pas être directement mise en place à l'échelle européenne ?

"Nous allons lancer un programme de formations IA destinées aux comex et aux équipes opérationnelles des grands groupes tricolores"

C'est un projet qui n'a du sens que si on l'envisage à l'échelle du continent. Mais se mettre d'accord sur le planning avec des partenaires européens qui n'ont pas tous annoncés de stratégie claire sur l'IA ne va pas être facile. Au départ, nous n'allons probablement pas nous appuyer sur la Commission européenne, mais essayer de mettre en place un réseau de hub IA en Europe, à travers lequel nous pourrons mettre en place ce type de plateformes plus rapidement.

Allez-vous fixer des règles pour encadrer les projets IA du hub ?

Nous ne voulons pas créer trop de contraintes autour de ces projets pour ne pas brider la créativité des entreprises. Mais il est nécessaire de vérifier que la structure informatique des logiciels IA est solide. Nous allons donc créer une plateforme où les sociétés pourront faire passer un crash test à leurs solutions d'intelligence artificielle, avant de les déployer effectivement sur des infrastructures potentiellement critiques, comme des usines ou des voitures.

Les groupes du Cac 40 veulent être partie prenante du hub France IA. Ont-ils déjà en interne les compétences nécessaires pour lancer de vastes projets d'intelligence artificielle ?

Le niveau d'avancement des grandes entreprises dans ce champ est variable, mais elles n'ont en général pas toutes les qualifications nécessaires en interne. Pour faire grimper leur expertise, nous allons lancer un programme de formations destiné à leurs équipes opérationnelles, mais aussi aux membres de leur comité exécutif. Elles seront taillées sur mesure en fonction des besoins manifestés par chaque compagnie. Nous avons déjà des discussions sérieuses avec plusieurs sociétés, comme Atos ou encore Sopra Steria. Plusieurs équipes dirigeantes voudraient par exemple suivre une session de cours sur les nouveaux business modèles liés à l'IA.

Mettre en valeur la qualité de la recherche tricolore, c'est potentiellement attirer des entreprises étrangères. Ne craignez-vous pas qu'elles embauchent les meilleurs chercheurs des universités françaises, qui ne seront du coup plus disponibles pour former les étudiants ?

Nous n'avons pas une approche protectionniste, bien au contraire. Mais il est vrai que les universités doivent avoir à leur disposition des formateurs de qualité afin que le niveau des étudiants, qui feront avancer demain la recherche IA en France, ne faiblisse pas. Pour éviter que les multinationales ne vident les facultés de leurs meilleurs éléments, nous voudrions que leur statut évolue, qu'ils puissent plus facilement passer du public au privé puis retourner dans le public, voire cumuler les deux activités.

AI Paris, l'événement business dédié à l'intelligence artificielle

Les 6 et 7 juin, l'événement AI Paris, dont le JDN est partenaire, se déroulera à la Cité universitaire internationale. Nathanael Ackerman y prendra la parole le premier jour entre 9 heures 40 et 10 heures 30 au cours d'une conférence intitulée #FranceIA : quelle impulsion pour l'intelligence artificielle en France.

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