Un cofondateur de Criteo veut donner vie au mythe du carnet de santé numérique

Un cofondateur de Criteo veut donner vie au mythe du carnet de santé numérique Franck Le Ouay lance Honestica, une plateforme qui permettra aux médecins et patients de stocker et partager leurs données médicales, pour faciliter le suivi des traitements.

Après avoir fait de Criteo une société valant plus de 2 milliards de dollars, Franck le Ouay s'attaque à un autre Everest : faire basculer le monde de la santé dans le digital. "Honestica ambitionne de créer une plateforme numérique où médecins et patients pourront en toute confiance stocker, partager puis analyser les données médicales", nous explique le cofondateur du spécialiste de la publicité en ligne. En bref, fournir à chaque patient un carnet de santé en ligne qui réunirait historique des visites chez le médecins, et compilerait ordonnances et résultats médicaux (sanguins, urinaires, radios...). Autant d'informations qui, accessibles au sein d'une même plateforme, permettraient de faciliter le suivi des soins d'un praticien à un autre, entre généraliste et spécialiste notamment, ou au gré des déplacements géographiques du patient.

Une fracture techno qui s'explique par un marché très fragmenté et réglementé

Pas le moindre des défis alors que ce secteur très réglementé s'apparente à un désert technologique où les logiciels utilisés ne sont pas interopérables. Ce n'est pas le gouvernement qui dira le contraire, lui qui a déboursé près d'un demi milliard d'euros dans un projet identique... sans succès. Sans doute la présence de l'ancien ministre de la Santé, Phillippe Douste Blazy, au conseil d'administration d'Honestica, permettra-elle de ne pas reproduire les erreurs du passé.  "Nous voulons réconcilier un corps médical très fragmenté avec la technologie, depuis les hôpitaux jusqu'aux cliniques, en passant par les libéraux", abonde Franck le Ouay. Un passage obligé pour venir nourrir en data une plateforme qui ferait office de coquille vide dans le cas contraire. Charge au médecin de contrôler les données diffusées au sein de cet "OS de la santé" et au patient de décider de ce qu'il veut bien y partager. "Car c'est à ce dernier que devra revenir le mot de la fin", rassure Franck le Ouay. 

Pas de modèle économique mais en ligne de mire des milliards d'économie pour le système de santé

Si le plan est clair, ses modalités d'application le sont moins. Franck le Ouay confesse ainsi réfléchir à équiper les médecins en outils (logiciels, API...), gratuits ou pas, pour faire remonter l'information. Autre chantier en suspens : le modèle économique qui ne sera arrêté que "lorsque notre proposition de valeur sera massivement adoptée". L'enjeu pour Franck le Ouay est d'ailleurs moins du côté de la rentabilité immédiate que des milliards d'euros d'économie qu'un tel service serait en mesure de générer au sein de notre système de santé. Les 3 millions d'euros que l'entrepreneur a investi dans l'aventure lui permettront de voir venir... Conscient d'avancer sur une ligne de crête, tant les informations qu'il veut traiter ont un caractère sensible, Franck le Ouay affirme quoi qu'il en soit s'interdire tout modèle de vente de données aux plus offrants, comme aux acteurs du monde des assurances ou de la banque, dont on devine l'intérêt pour ce genre de données.

La plateforme pourrait néanmoins se positionner du côté de l'analyse massive de données médicales et venir alimenter la recherche clinique sur un grand nombre de sujets. S'il invite tous les professionnels de santé à travailler avec lui  pour concevoir les outils et plateformes de demain, Franck le Ouay ne s'est pas pour l'instant rapproché des organismes publiques. Interrogé sur l'opportunité de se greffer au système national des données de santé poussé par le projet de loi Santé de Marisol Touraine, il explique que "la sécurité sociale dispose principalement de données de remboursement et de très peu de données médicales susceptible de venir alimenter Honestica". Même intransigeance vis à vis de la vague des objets connectés alors que beaucoup d'experts annoncent que l'arrivée des capteurs de santé et des wearables pourraient permettre de révolutionner le domaine de la santé connectée. "Attention à ne pas confondre données médicales et données fitness. Les médecins, qui sont responsables pénalement, ne veulent pas prendre le risque d'asseoir leur diagnostic sur des informations peu fiables", prévient-il. 





 

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