Gonzague Grandval (Paymium) "Nous voulons décloisonner le marché du paiement grâce aux Bitcoins"

La start-up française Paymium dévoile sa stratégie pour révolutionner le monde du paiement en ligne en s'appuyant sur le protocole Bitcoin.

JDN. Votre société Paymium lance une application baptisée Paytunia, de quoi s'agit-il ?

Gonzague Grandval. Paytunia est une application mobile qui joue le rôle d'un porte-monnaie électronique. Il s'agit d'une solution interopérable qui à la différence de systèmes comme Paypal, Buyster, Kwixo ou SMoney, n'a pas l'objectif de devenir un système de paiement privatif. Si vous essayez d'envoyer de l'argent d'un compte PayPal à un marchand qui fonctionne sous Buyster, vous ne pourrez pas le faire. Pourtant on parle la même monnaie et nous sommes dans le même pays.

 

Comment comptez-vous développer une solution de paiement interopérable ?

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Gonzague Grandval, dirigeant de Paymium © S. de P. Paymium

Le domaine des transactions électroniques est le dernier bastion où 100% des transactions passent par des réseaux privés comme Visa, MasterCard ou alors des réseaux bancaires et interbancaires mais à aucun moment par des réseaux libres. Le protocole Bitcoin (qui est l'architecture du système sur lequel s'appuie la monnaie virtuelle du même nom, ndlr) montre que l'on peut faire passer des transactions sur le réseau Internet sans avoir d'entité centrale, d'organisation de contrôle. Nous souhaitons donc nous attaquer aux géants comme Paypal, Visa ou MasterCard pour proposer une alternative au paiement électronique et montrer que ce marché peut être décloisonné grâce à ce type de protocole. C'est une nouvelle vision de l'économie.

 

Comment contournez-vous le biais de l'interopérabilité ?

Paytunia peut communiquer avec tous les moyens de paiement qui utilisent le protocole Bitcoin, puisqu'il s'agit d'un protocole en open-source. Mais la personne qui utilise Paytunia n'a pas besoin de comprendre le protocole Bitcoins. Ses paiements s'afficheront en euros. En réalité l'utilisateur disposera d'un compte en euro et d'un compte en Bitcoin et pourra comme il le souhaite convertir ses euros en Bitcoins et inversement. De ce fait il pourra par exemple facilement envoyer de l'argent au moindre coût à un étranger qui vit dans un pays où une autre devise est en place mais qui possède une application similaire. Le but de la démarche est également de lui permettre de pouvoir payer ses produits grâce à ce système.

 

Comment garantissez-vous la sécurité des transactions ?

"Le protocole Bitcoin repose sur du "push payment", ce qui protège l'utilisateur"

La différence majeure avec le fonctionnement des paiements électroniques que nous connaissons c'est qu'un paiement en Bitcoins n'est pas une autorisation de prélèvement mais un "push payment", c'est à dire un envoi d'argent. Les autres systèmes de paiement qui existent supposent avant tout que l'utilisateur donne toutes ses informations bancaires à un marchand, qui effectuera quant à lui un prélèvement. Ce n'est pas le cas ici et cela permet de sécuriser davantage les transactions. 

 

Comment comptez-vous démocratiser l'utilisation de votre solution ?

Nous nous adressons d'une part à la communauté des utilisateurs de Bitcoins mais nous proposons également notre solution en marque blanche. Ainsi n'importe quel site communautaire comme des sites de covoiturage ou des enseignes de la grande distribution pourront disposer de leur propre système de paiement grâce à nous. Ils seront d'ailleurs interopérables les uns entre les autres.

 

L'utilisateur paie en euros mais c'est pourtant des Bitcoins qui sont au cœur du processus de paiement...

"L'utilisateur dépense des euros, il n'a pas la nécessité de savoir quel protocole se trouve derrière"

L'utilisateur dépense des euros, il n'a pas la nécessité de savoir quel protocole se trouve derrière. En réalité nous donnons des ordres sur une place de marché où ses euros seront convertis en Bitcoins pour lui permettre de procéder à une transaction. Il pourra procéder s'il le désire lui-même à ces opérations de trading sur notre place de marché Bitcoins-central que nous avons rebaptisé Paytunia Exchange. S'il le fait lui-même, cela lui coûtera moins cher. Qu'il soit consommateur ou vendeur, libre à lui de conserver sa monnaie en Bitcoins ou de la reconvertir en euros puisque il dispose d'un compte dans chaque devise sur son porte-monnaie Paytunia.

 

Comment comptez-vous gagner de l'argent ?

Nous prenons une commission sur la conversion de devises sur la place de marché de 0,498%. Nous allons également nous rémunérer sur les actes marchands, e-commerce ou autre. Nous ne savons cependant pour l'instant pas si notre commission sera fixe ou variable mais nous allons vraisemblablement opter pour une commission variable en pourcentage sur les petites transactions et une fixe par exemple sur les transactions supérieures à 5 euros, qui pourrait par exemple être de 15 centimes d'euros quel que soit le montant de la transaction.

 

Vous parlez d'actes marchands autre qu'e-commerce, c'est-à-dire ?

"Nous souhaitons à terme proposer une carte bancaire prépayée"

Nous souhaitons à terme proposer une carte bancaire prépayée. Nous avons franchi un grand pas en signant un partenariat avec l'organisme de paiement Aqoba qui nous permet de proposer à nos utilisateurs de tenir et de garantir leurs comptes. Le support utilisé est pour l'instant l'application mobile mais une carte bancaire est également envisageable. Il s'agit d'une simple carte de prépayée lié au compte Paytunia de l'utilisateur. Vous paierez en euros car vous pourrez facilement convertir vos Bitcoins en euros grâce à l'application pour ensuite pouvoir les dépenser n'importe où. Cette carte coûtera une trentaine d'euros pour trois ans et nous établirons également un coût à la transaction.

 

Quels sont vos autres projets ?

Nous avons déposé un brevet sur une technologie que nous avons développée et baptisée "Single Scan Payment". Cette solution fonctionne sur Internet ou en magasins physique. Imaginez que vous souhaitez acheter un produit avec votre porte-monnaie Paytunia sur Amazon. En cliquant sur acheter, un QR Code apparaît, que vous scannez avec votre application. Cette dernière va envoyer votre paiement à l'e-marchand et vos coordonnées de livraison en un instant, sans autre opération de votre part. Il n'y a pas de solution de paiement plus rapide. Ce qu'il se passe techniquement, c'est la transmission d'un paquet d'informations à l'e-marchand ou votre marchand, dont vos Bitcoins qui sont uniques et chiffrés. Et dans cette situation, vous n'avez également communiqué aucune information sensible concernant votre compte en banque.

 

Comment financez-vous votre développement ?

"nous souhaitons lever 750 000 euros"

Nous avons levé 250 000 euros fin 2011 auprès de Galitt et de Hewlett-Packard. Aujourd'hui nous souhaitons lever 750 000 euros dans un premier temps pour améliorer notre support client et renforcer nos équipes techniques et commerciales.

 

Titulaire d'un DESS en économie, Gonzague Grandval débute sa carrière à Ubifrance en 1999 pour devenir responsable des ventes chez Aptus en 2000. En 2002, il devient l'un des responsables des solutions de paiement chez Orange où il s'occupe de Telefact. Il devient responsable de la stratégie marketing des solutions de paiement de l'opérateur en 2007 puis cofonde Paymium en 2011, qu'il dirige.

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