Nick D'Aloisio (Yahoo) "Revendre Summly à Yahoo m'a permis de ne plus avoir à gérer le business"

A 17 ans, Nick D'Aloisio a vendu sa start-up à Yahoo pour près de 30 millions de dollars. Aujourd'hui, il travaille en tant que chef de produit avec l'équipe dédiée au mobile du géant américain, à Londres.

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Nick D'Aloisio est aujourd'hui Product Manager chez Yahoo. © Cécile Debise - JDN

JDN. Comment est née Summly ?

Nick D'Aloisio. Je programme depuis que j'ai douze ans. C'était mon hobby, en parallèle de l'école. A quinze ans, j'utilisais les moteurs de recherche traditionnels pour chercher des informations, comme Google et Bing. Le problème, c'est que j'avais du mal à décider sur quels liens cliquer : j'étais obligé de tester plusieurs liens et de revenir en arrière avant de finalement trouver celui qui me convenait. Je me suis dit qu'il faudrait pouvoir donner un aperçu du contenu de la page pour aider l'internaute à choisir exactement sur laquelle il veut cliquer : un résumé, un synopsis qui s'affiche pour chacune des pages. J'ai donc imaginé une démo d'un outil, sous forme d'application iPhone, pendant l'été 2012, baptisée Trimit. J'ai eu de la chance : moins d'un mois après son entrée sur l'App store, Apple a choisi de mettre Trimit en évidence sur le store. Du coup, plusieurs blogs Tech ont écrit sur l'application et j'ai rapidement été approché par des investisseurs basés à Hong Kong, qui gèrent le fonds du milliardaire Li Ka-shing. Ils sont venus à Londres pour me rencontrer et ils ont investi 300 000 dollars dans la société. L'argent est d'ailleurs arrivé sur mon compte le jour de mes 16 ans, ça tombait bien... A partir de ce moment-là, j'ai partagé mon temps entre les cours et Trimit, pour continuer à travailler sur la technologie.

 

Comment s'est passé le rachat par Yahoo ? (Le montant de la transaction serait de 30 millions de dollars, selon AllThingsD).

Nous avons lancé la nouvelle appli, rebaptisée Summly, en novembre 2012. En six mois, elle a été téléchargée un million de fois. J'étais en discussion avec quelques investisseurs, dans l'idée de lever plus d'argent, de construire une énorme société... (Summly a levé plus d'un million de dollars en 2012, ndlr.) Puis, j'ai été approché par Yahoo, et leur projet m'a paru très excitant : ils voulaient prendre la technologie et l'intégrer immédiatement dans leur application mobile. J'étais enthousiasmé non seulement par ce que Yahoo offrait d'un point de vue technique –l'intégration de la technologie- mais aussi d'un point de vue commercial : cela voulait dire que je n'aurai pas à lever des fonds moi-même, mais que je pourrai quand même travailler sur l'algorithme et l'idée de résumé des contenus. Et que je pourrai partager mon invention avec des millions de personnes, grâce à Yahoo. C'était une super opportunité. Yahoo, de son côté, était très intéressé par notre algorithme. Nous avons imaginé quelque chose de très intéressant et différent.

 

Comment se sont passées les négociations ?

J'ai eu la chance d'être très bien entouré, d'avoir des mentors attentionnés et des investisseurs de très bon conseil. Et puis les négociations n'ont jamais été agressives, l'idée était de créer un partenariat avec Yahoo.

 

C'est important pour vous de ne pas avoir à se soucier du business ?

Oui, beaucoup. Summly était ma première société, et pour moi l'objectif premier reste la technologie. Je voulais la voir étendue et utilisée. Et puis je n'ai pas à me demander, comme les entrepreneurs, s'il y aura assez d'argent pour payer les salaires du mois suivant, à gérer la presse, à me battre pour faire connaitre mon appli... C'est très différent de travailler chez Yahoo : je me concentre seulement sur l'amélioration du produit, ce qui est ma passion.

 

Sur quoi travaillez-vous maintenant ?

Je suis chef de produit chez Yahoo, dans l'équipe dédiée au mobile. Je vis toujours à Londres mais je voyage souvent dans la Silicon Valley pour y rencontrer les équipes de Yahoo. Deux semaines après l'annonce de l'acquisition, nous avons intégré la technologie dans l'application Yahoo sur l'App store américain. Cette appli est maintenant la première dans la catégorie "News" aux Etats-Unis. Summly n'est quant à elle plus disponible sur l'App Store. J'ai d'autres idées d'innovations autour de cette idée de résumé de l'information.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune entrepreneur ?

Rien ne vous empêche de vous lancer. Vous pouvez accéder à toutes les informations sur Internet. Si vous voulez créer une application, c'est gratuit : faites-le ! C'est une très bonne expérience. A court terme, ça vous permet d'apprendre beaucoup de choses. Et à long terme : on ne sait jamais ! Les fondateurs de toutes les applications qui connaissent un énorme succès ne savaient pas, quand ils les ont créées, que ça allait arriver. C'est de la chance. Si vous avez une bonne idée, vous pourriez être à deux doigts de créer une société énorme. Et vous ne le saurez pas avant d'essayer. Je pense aussi que c'est important de partager votre idée et de recevoir des feedbacks. Je vois tellement de gens qui ne veulent pas partager leur idée d'application. Mais les chances que quelqu'un vous la pique, la copie, abandonne ce sur quoi il était en train de travailler... Elles sont infimes.

 

Facebook a de grandes ambitions concernant la lecture de journaux en ligne... Qu'en pensez-vous ?

Je pense que Facebook a un angle social très intéressant sur les news : ils peuvent dire qui a lu quoi, qui a aimé quoi... La personnalisation dont ils disposent est super, c'est le plus grand atout du réseau social. Yahoo est très différent. Nous avons bien plus de contenus et aussi un des meilleurs algorithmes de personnalisation du monde, qui nous permet de lier le contenu à l'utilisateur. Je pense que les deux sociétés recouvrent des usages différents... Et que Yahoo a fait un superbe travail pour améliorer l'interface utilisateur dans sa nouvelle application, avec une signature unique.

 

Summly était déjà votre troisième projet de création d'entreprise... A quand la prochaine start-up ?

Je n'ai aucune intention de quitter Yahoo pour l'instant ou de créer une autre société. Je dispose d'autant de flexibilité que quand je travaillais sur Summly et j'adore ce sur quoi je travaille, donc c'est gagnant-gagnant. C'est très formateur de rencontrer des mentors et l'équipe exécutive, comme Marissa Mayer. Et j'aime travailler à Yahoo parce qu'il s'y passe tant de choses en ce moment : la société se trouve à un tournant de son histoire et y assister en interne est un privilège.

 

Envisagez-vous d'investir dans des sociétés ?

Potentiellement, oui. J'ai déjà commencé à en regarder certaines. Mais ça ne fait pas partie de mes priorités, c'est une activité que je pourrais exercer à côté du reste. Je veux faire attention à ne pas trop me disperser, parce que les cours et le travail à Yahoo me prennent déjà beaucoup de temps. D'autant que j'envisage de rentrer à l'université. Mais il se peut que j'investisse dans des start-up dans le futur, pour aider de jeunes entrepreneurs.

 

Quels secteurs pourraient vous intéresser ?

Snapchat a lancé toute une tendance de partage de photos qui est très intéressante. C'est un secteur très excitant.

 

Né en Australie, Nick d'Aloisio a grandit à Londres. Il est le créateur de Summly, une application qui résume des articles grâce à un algorithme. En mars 2013, il revend Summly à Yahoo. Il est aujourd'hui chef de produit au sein de l'équipe consacrée au mobile de la société, à Londres.

Nick D'Aloisio