"Je suis prêtre à Limoges, voici combien je gagne par mois grâce aux messes"
Le père David De Lestapis est curé à Limoges. Le religieux nous précise les contours de son quotidien, les avantages de sa vocation et en quoi cela diffère du salariat.
David De Lestapis est prêtre, un métier pas comme les autres soumis à des règles pas comme les autres. Pour lui, à la poubelle, le code du travail et ses obligations. Salaire, congés, droit : dans ce secteur tout est chamboulé. "Nous dépendons du droit canonique, le droit de l'Église", résume le père David De Lestapis, curé modérateur de la paroisse Saint-Jean-Paul II de Limoges.
Ordonné prêtre en 2012, David De Lestapis avait d'abord entamé des études en communication et ressources humaines avant de reprendre "un cheminement spirituel". C'est six ans plus tard qu'il arrive à Limoges où il est nommé curé. Première grande différence avec le monde salarié : "A mon arrivée, je n'ai pas signé de contrat de travail mais une convention", souligne le curé.
Ce document détaille sa fonction, la durée de la mission et le cadre général des responsabilités attendues. David De Lestapis se retrouve à gérer les biens immobiliers de sa paroisse (rénovation et gestion financière), il s'occupe du soin pastoral, de l'accueil et l'accompagnement des fidèles et célèbre les messes. Des journées qui débutent à 9h30 et se terminent à 22h. Tout ça, pour une indemnité inférieure au Smic.

Les revenus du curé sont découpés en deux portions : l'une majoritaire, correspondant à une sorte de salaire fixe, et l'autre plus faible, faisant office de variable. "Je touche un traitement de base d'environ 700 euros. A cela s'ajoutent les offrandes perçues lors des messes. Soit en moyenne 18 euros par messe pour une vingtaine par mois. On atteint donc environ 400 euros par mois", confie David De Lestapis. Au total, le curé touche environ 1 100 euros bruts par mois, soit "900 euros nets imposables" (il cotise au régime des ministres du culte).
Ces 400 euros sont issus "directement et uniquement des dons et de la générosité des fidèles". Ce qui amène à une situation étonnante : le traitement des prêtres varie d'un diocèse à l'autre. "Le mauvais plan, c'est d'être dans un diocèse peu pratiquant. On sera un peu des vaches maigres", s'amuse David De Lestapis.
A l'inverse, "certains diocèses sont plus favorisés, comme en Savoie" où les belles stations de ski attirent "des fidèles assez généreux". Un écart qui se joue à une ou deux centaines d'euros près, tempère le curé. Mais lorsqu'il a quitté l'Ain pour la Savoie, durant ses premières années de fonction, il a bien "senti la différence".
Avec ses 900 euros, il ne doit naturellement pas s'acquitter de loyer pour se loger (un loyer moyen pour un studio limougeaud revient à 330 euros par mois). David De Lestapis loge au presbytère et paie un loyer symbolique de 80 euros par mois. "La condition pour vivre au presbytère est d'avoir 'même gîte et même couvert', comme on dit. C'est-à-dire que chacun a sa chambre, son bureau, puis, on partage la cuisine, le salon et la salle à manger. On ne veut pas de studio individuel, on veut vivre une espèce de vie de famille", explique le curé.
A Limoges, ses journées s'étirent bien au-delà des horaires de bureau. Réveil à 6h30, pour une prière silencieuse et la messe de semaine. Si le travail administratif avec sa secrétaire ne commence qu'aux alentours de 10h, le prêtre enchaîne ensuite les rendez-vous pour les baptêmes, les mariages ou les deuils et pour la rénovation des églises.
Le rythme s'intensifie paradoxalement en soirée, moment où les paroissiens sont les plus disponibles. "On est un petit peu décalés. On commence à relâcher le soir tard, un peu à la Parisienne", confie David De Lestapis, qui ne regagne généralement sa chambre qu'à 22h, après une amplitude de près de seize heures d'activité.
Le lundi, c'est repos pour David De Lestapis et de temps en temps, le curé s'offre des vacances. "Nous disposons de quatre semaines de congés par an, auxquelles s'ajoute une semaine de retraite spirituelle. Cette retraite peut se vivre avec d'autres prêtres ou seul dans une abbaye, en silence ; c'est un temps de repos, de ressourcement et de relecture." Pendant les congés, sa rémunération est identique.
Voilà, en somme, le quotidien de David De Lestapis, un quotidien qui se répétera encore pendant 30 ans : la retraite des curés n'arrivant qu'à 75 ans.