La grande distribution lance une opération "transparence" sur les prix

La grande distribution lance une opération "transparence" sur les prix Les principales enseignes dévoilent les baisses de prix obtenues auprès des industriels et alertent sur les risques du projet de loi d'urgence agricole pour le pouvoir d'achat.

Plusieurs enseignes de la grande distribution (Auchan, Carrefour, Coopérative U, E.Leclerc et Intermarché) et la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) ont lancé, lundi 22 juin, une opération "transparence" sur la construction des prix des produits. Cette initiative vise à informer les consommateurs, mais surtout à convaincre les parlementaires, qui examinent actuellement le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, du rôle indispensable qu'elles jouent dans la défense du pouvoir d'achat des consommateurs et la lutte contre l'inflation lorsqu'elles négocient leurs contrats annuels avec leurs fournisseurs.

L'opération intervient alors que ce projet de loi a été voté par l'Assemblée nationale et sera examiné le 29 juin en séance au Sénat. Le texte, qui entend modifier les règles des négociations commerciales entre industriels et distributeurs, suscite de vives inquiétudes dans le secteur.

Comparaison des prix et rôle de la distribution

Avec le cabinet Deloitte, elles ont comparé les tarifs moyens demandés depuis cinq ans par les fournisseurs pour un panier de 12 produits de grandes marques internationales les plus achetées par les consommateurs (Nutella, Coca-Cola, Amora, Granola…) – vendus sans interruption dans les cinq enseignes depuis 2021 – et leurs prix en rayon.

Ce panier est constitué sans aucune matière première agricole française. "Les grandes multinationales voulaient le vendre 71,49 euros aux consommateurs, a lancé lundi Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, lors d'une conférence de presse à la FCD. Après des heures de discussions et des milliers de pages de contrats, grâce à la seule action de la distribution, ce même panier est finalement proposé aux consommateurs à 52,12 euros. Entre ces deux chiffres, il y a notre métier. Il y a notre capacité à dire non à des augmentations de prix qui ne nous paraissent pas justifiées. Il y a, tout simplement, 20 euros qui restent dans la poche des Français".

A les entendre, sans eux, les Français auraient payé 700 euros de plus par an depuis 2021, compte tenu de la fréquence d’achat de ces produits.

Les représentants de la grande distribution dénoncent par ailleurs les hausses de tarifs "astronomiques" demandées par les industriels depuis 2021. Thierry Cotillard, président du Groupement Mousquetaires, a cité des augmentations de prix particulièrement marquées : "159% sur le café Carte Noire, 127% sur les biscuits Petit Ecolier de LU et 112% sur les Granola, 78% sur le Nutella…". Selon lui, "quand les PME demandent 4% de hausse, c'est 8% chez les grandes marques".

Cette opération intervient dans un contexte de défiance entre la grande distribution et les pouvoirs publics. Selon le rapport de la commission d'enquête sur "les marges des industriels et de la grande distribution", publié le 21 mai, 40% de la valeur alimentaire reviendraient à la distribution et aux services, quand, selon la FCD, la distribution n'en génère que 9%. Alexandre Bompard a estimé : "On a atteint les limites de l'insupportable et de l'absurde".

Inquiétudes face au projet de loi d’urgence agricole

La grande distribution craint, en raison de l'article 19 du texte voté par l'Assemblée nationale mais aussi de nouveaux amendements du Sénat, un nouveau tour de vis dans les règles des négociations commerciales annuelles qui favoriserait les grands industriels. Parmi les mesures redoutées figure l'obligation de déclarer toute baisse des commandes, sous peine d'une amende de 375 000 euros, actuellement prévue par le texte, a précisé Philippe Michaud, président exécutif du mouvement E.Leclerc.

Les distributeurs alertent sur les conséquences de telles dispositions : "Toutes les dispositions qui empêchent notre capacité à négocier appauvriront les Français."