Le rêve télécom de SpaceX prend forme
Après celui de l'internet par satellite, Starlink vise le marché du mobile. La division de SpaceX affiche ses ambitions dans ce domaine depuis déjà plusieurs années, et vient d’avancer vers la concrétisation de ses rêves. Elle va d'abord débourser la somme de 8 milliards de dollars, selon le Wall Street Journal, pour l’acquisition d’un portefeuille de licences de fréquences basses auprès de Grain Management, un fonds de capital-investissement. Si l’opération est approuvée par la FCC et le Département de la Justice, Starlink devrait obtenir jusqu’à 14 MHz dans la bande des 800 MHz, que Grain avait elle-même achetés à T-Mobile cette année.
Après l’accord de rachat, il y a un an, de 65 MHz de fréquences moyennes auprès d’EchoStar, un spécialiste du satellite, cette acquisition permet à SpaceX de mettre un pied supplémentaire dans la forteresse des télécoms, même si son offensive reste pour l’heure modeste. L’ensemble des opérateurs de téléphonie américains cumulent en effet 1 020 MHz de fréquences moyennes, contre les 65 de SpaceX, selon le cabinet d’études de marché New Street Research.
Une importante autorisation obtenue de la FCC
L’entreprise a par ailleurs obtenu un précieux sésame auprès de la FCC, le gendarme des télécoms américains, qui a donné l’autorisation à sa division Starlink Mobile d’opérer sans être contrainte de s’associer avec un opérateur de réseau mobile terrestre. Le Supplemental Coverage from Space, cadre réglementaire établi par la FCC, exige en effet des opérateurs de satellites qu’ils concluent des accords de location de spectre avec des opérateurs télécoms traditionnels. Une obligation à laquelle SpaceX peut échapper puisqu’elle détient désormais de manière indépendante son propre spectre.
La société d’Elon Musk a du même coup obtenu de la FCC l’autorisation de mettre en orbite 15 000 satellites de nouvelle génération, dédiés à la mise en place d’une couverture mobile et capables de gérer plus de données que les précédents. Cette constellation a vocation, selon l’entreprise, à s’accompagner d’un "déploiement terrestre avancé" pour connecter les appareils.
Les grandes ambitions de SpaceX
SpaceX a commencé par s’immiscer dans le marché de la téléphonie mobile en s’associant à des acteurs traditionnels, dont l’américain T-Mobile. Les deux entreprises proposent depuis l’été 2025 une offre qui permet aux utilisateurs d’obtenir du réseau grâce aux satellites de l’entreprise d’Elon Musk, dans les zones reculées où T-Mobile ne dispose pas des infrastructures terrestres requises pour fournir une couverture. Mais SpaceX ambitionne désormais de s’émanciper de son partenaire pour faire cavalier seul et se tailler ses propres parts de marché, au détriment des acteurs historiques de la téléphonie mobile.
Il faut dire que l’entreprise d’Elon Musk ne manque pas d’atouts pour réussir. Ses satellites petits et bon marché, mis en orbite trois fois par semaine à raison de 20 à 60 appareils par lancement, lui assurent une flotte très résiliente, avec la possibilité de remplacer rapidement les satellites qui tombent en panne pour un coût modique. Elle compte aussi des partenariats avec les acteurs du cloud : Microsoft Azure, Google Cloud et Oracle, qui lui permettent de s’intégrer aux dispositifs cloud d’entreprise, à l’IA et à l’informatique en périphérie. L’entreprise a également commencé à déployer un réseau mobile hybride terrestre-satellite qui s’appuie sur une combinaison de tours de téléphonie cellulaire traditionnelles et de petites antennes cellulaires sur les terminaux Starlink existants sur les toits. Une infrastructure qui devrait lui permettre de fournir une couverture au sol sans avoir à dépenser des milliards dans de coûteuses installations traditionnelles.
En tissant ainsi sa toile, Starlink vise d’ailleurs plus loin que la téléphonie, et ambitionne de fournir un service de connectivité complet, parfaitement intégré et recouvrant toute la boucle de l’information, qui permette aussi bien aux particuliers d’utiliser l’IA depuis leur téléphone qu’aux entreprises de déployer leurs charges de travail avancées via le cloud. Si son programme réussit, l’entreprise d’Elon Musk deviendrait ainsi la colonne vertébrale de la future économie numérique.
Tout n’est pas encore joué pour autant. Les satellites SpaceX de nouvelle génération dédiés au mobile, plus lourds que les précédents, dépendent de Starship, donc de la capacité de SpaceX à mettre rapidement en service celui-ci. Plusieurs analystes jugent par ailleurs le projet de petites antennes sur les terminaux Starlink encore hypothétique, et situent la mise en place d’un vrai service mobile indépendant par SpaceX entre 2028 et 2030.