La Banque centrale européenne change d'avis sur une nouvelle hausse des taux

La Banque centrale européenne change d'avis sur une nouvelle hausse des taux La BCE juge improbable une nouvelle hausse des taux en juillet, après un recul plus rapide que prévu de l'inflation en zone euro.

Réunie à Sintra, au Portugal, la Banque centrale européenne (BCE) a opéré un net ajustement de sa communication sur sa politique monétaire, à la lumière d’une évolution rapide de la conjoncture économique et géopolitique. Après avoir relevé ses taux d’intérêt le 11 juin, l’institution laisse désormais entendre qu’une nouvelle hausse lors de sa prochaine réunion, prévue le 23 juillet, est improbable, alors que l’inflation en zone euro a reculé plus vite que prévu.

Un revirement après la détente géopolitique

La BCE avait relevé son taux d’intérêt de 2% à 2,25% le 11 juin 2026, dans un contexte de tensions au Moyen-Orient ayant provoqué une flambée des prix du pétrole. Quatre jours plus tard, un accord entre l’Iran et les Etats-Unis mettait fin au conflit, entraînant une détente immédiate sur les marchés de l’énergie. Depuis cet accord, les prix du pétrole chutent, et sont désormais à 71 dollars le baril, très légèrement au-dessus de leur prix précédant le conflit au Moyen-Orient. Cette baisse a été plus rapide qu’anticipé, les prix ayant reculé de plus de 40 dollars depuis leur pic d’avril.

Ce retournement de situation a eu un effet direct sur l’inflation. En juin, les prix ont augmenté de 2,8% sur douze mois à travers la zone euro, un net recul après 3,2% en mai. Ce ralentissement se constate dans presque tous les pays de la région, notamment en France, où l’inflation a été de 2% en juin, contre 2,8% le mois précédent. Dans le calcul de l’inflation, la chute des prix du pétrole s’est traduite par un recul des prix de l’énergie de 1,7% sur le mois de juin.

Face à ces évolutions, la BCE rétropédale et laisse entendre qu’une hausse des taux d’intérêt en juillet est désormais improbable. "Les risques d’une hausse de l’inflation et d’une baisse de la croissance sont aujourd’hui plus équilibrés qu’il y a quelques semaines", reconnaît Christine Lagarde, présidente de la BCE. Les statistiques officielles publiées le 30 juin confirment ce diagnostic, avec une inflation en net ralentissement.

Les perspectives pour les prochains mois semblent s’inscrire dans la même tendance. "Si le [pétrole et le gaz] restent à leurs niveaux actuels, l’inflation va de nouveau baisser en juillet", observe Jack Allen-Reynolds, du cabinet d’études Capital Economics. Un gouverneur de la BCE précise : "Il faudrait vraiment que les événements changent fortement d’ici là pour qu’une hausse soit envisageable." Martin Kocher, gouverneur de la banque centrale d’Autriche, ajoute sur Bloomberg TV : "La menace de l’inflation n’a pas complètement disparu, mais elle a clairement diminué, du moins à court terme."

Malgré ce consensus apparent, le débat n'est pas clos au sein de la BCE. Isabel Schnabel, membre du directoire, continue à pousser pour une hausse des taux d'intérêt. "Vu d'aujourd'hui, nous devons continuer à augmenter les taux d'intérêt pour ramener l'inflation à notre objectif de 2% à moyen terme", confiait-elle à Die Zeit le 26 juin. Elle espère pouvoir défendre à nouveau cette position lors de la réunion du 10 septembre.

Lors de la réunion de Sintra, qui s’est tenue les 30 juin et 1er juillet, la BCE a également pu échanger avec Kevin Warsh, nouveau président de la Réserve fédérale, en poste depuis moins de six semaines. Sa présence a été saluée comme un signe de continuité de la coopération internationale en matière de politique monétaire.

Des perspectives assouplies

La BCE avait justifié sa hausse de taux du 11 juin par la nécessité d’envoyer un signal fort face à une inflation jugée persistante, alors que ses propres prévisions ne voyaient pas un retour à l’objectif de 2% avant 2028 sans intervention. Mais la rapide détente géopolitique et la chute des prix de l’énergie ont modifié la donne. Une nouvelle hausse des taux d’intérêt de la BCE lors de sa prochaine réunion, le 23 juillet, semble désormais improbable.

La réunion suivante est prévue le 10 septembre.