Tech & business : à quoi s'attendre selon le vainqueur des élections de mi-mandat américaines ?
Au Etats-Unis, la plupart des sondages annoncent une victoire des démocrates le 3 novembre aux élections de mi-mandat. Les démocrates pourraient ainsi reprendre le contrôle de la Chambre des représentants, voire celui du Sénat, même si c’est moins probable. Pour tenter d'anticiper les deux années à venir, le JDN s'est penché sur ce qu'il se passerait dans le monde de la tech et du business dans le cas où la gauche américaine s'emparerait d’au moins l’une des deux chambres, et dans celui où les républicains défieraient les pronostics pour conserver le contrôle de la totalité du Congrès.
L’intelligence artificielle
En cas de victoire républicaine, l’approche de Trump consistant à défendre un niveau de régulation minimal à l’échelon fédéral, tout en cherchant à dissuader les Etats de légiférer à leur échelle, devrait se poursuivre. L’adoption d’une régulation plutôt légère et soutenue par l’industrie, comme le FRONTIER Act (un projet de loi républicain soutenu par une minorité des démocrates), et bloquant toute régulation étatique plus restrictive, serait probable. La construction des centres de données se poursuivrait tous azimuts, facilitée par une attribution généreuse de permis et une politique de soutien aux énergies fossiles pour les alimenter.
Une victoire des démocrates rendrait paradoxalement la mise en place d’une loi fédérale sur l’IA moins probable, à moins que soit éliminé du Frontier Act la suspension des lois des Etats sur le développement des modèles, à laquelle les démocrates sont très hostiles. Loi fédérale ou non, la régulation de l’IA se poursuivrait dans tous les cas à l’échelon étatique, les Etats démocrates les plus progressistes, comme la Californie et le Colorado, se montrant pionniers en la matière.
Les droits de douane
Conforté par une victoire de son camp, Donald Trump poursuivrait sa stratégie consistant à remplacer les droits de douane que la Cour suprême a jugés illégaux. Le 20 février 21026, celle-ci a en effet invalidé les droits de douane fondés sur l’IEEPA, une loi qui octroie au président des pouvoirs exceptionnels pour réguler l’activité économique en cas d’urgence nationale. Ils ont été remplacés par des droits de douane plus faibles, de 10 à 12,5% qui s'appuient sur un autre mécanisme, légal, celui-ci. Sans remonter au niveau du Liberation Day du 2 avril 2025, les droits de douane américains sur les produits étrangers, qui se situent actuellement autour de 11% (taux moyen légal calculé par le Yale Budget Lab), continueraient donc vraisemblablement d’augmenter.
En cas de victoire du camp démocrate, celui-ci ne disposerait toutefois pas de moyens suffisants pour enrayer la politique tarifaire du président. Il faudrait pour cela adopter une loi, ce qui, même à supposer que les démocrates contrôlent les deux chambres du Congrès, nécessiterait une majorité des deux tiers dans chaque chambre. Cela impliquerait de convaincre de nombreux élus républicains de se rebeller contre Trump., une éventualité ayant peu de chances de se produire. L’impact pourrait cependant être indirect : une défaite sévère aux élections de mi-mandat pourrait convaincre Trump que ses droits de douane sont décidément impopulaires et l’amener à se focaliser sur autre chose.
Les entreprises
Donald Trump a dès le départ adopté une politique de déréglementation et de baisse des impôts favorable aux entreprises, abaissant par exemple l’impôt sur les sociétés de 35 à 21% lors de son premier mandat. Il a depuis évoqué l’idée de ramener ce taux à 15%, ce qu’il pourrait concrétiser en cas de victoire, quitte à creuser encore un peu plus le déficit. La politique de déréglementation, avec notamment un assouplissement des normes environnementales, devrait également se poursuivre.
En cas de victoire démocrate, une hausse de l’imposition demeure improbable, mais la gauche américaine aurait davantage de marge de manœuvre pour lancer des commissions d’enquête. Les PDG de grandes entreprises, à commencer par ceux qui sont proches de Trump, comme Elon Musk ou Alex Karp, seraient convoqués et mis sur le gril pour témoigner et fournir des documents portant sur les exemptions de droits de douane, les contrats publics qu’ils se sont vu attribuer, les projets crypto liés au président, ainsi que la politique en matière d'IA. De telles auditions modifient rarement la loi, mais elles entraînent des frais juridiques, ainsi qu’un risque médiatique et réputationnel pour les entreprises concernées.
La politique énergétique
En période d’inflation, démocrates et républicains s’accordent sur l’objectif, à savoir une énergie abondante et bon marché. Les moyens pour y parvenir sont, eux, sujets de discorde. Une victoire des républicains marquerait la poursuite de l’état de grâce que constitue la seconde présidence Trump pour les énergies fossiles, avec une attribution facilitée de permis et un affaiblissement des contraintes environnementales.
Les démocrates seraient sans doute peu enclins à trop sanctionner l'industrie des énergies fossiles alors que les prix de l’énergie sont dans toutes les têtes, mais ils pourraient soutenir davantage les énergies propres et s’allier à certains élus républicains pour favoriser l’électrification de l’économie dans une logique pro-business (un Etat républicain comme le Texas est aujourd’hui en pointe sur les énergies vertes).