La Préfecture de police prolonge le couvre-feu et les restrictions à Paris jusqu'à lundi
La Préfecture de police a annoncé le prolongement jusqu'à lundi matin du couvre-feu de 23h à 6h déjà en vigueur dans certains secteurs de Paris. Ces restrictions concernent toujours "les périmètres de la place de la République et du secteur des Halles", a précisé la Préfecture dans une publication sur le réseau social X. Cette mesure intervient en réponse aux violences et pillages survenus lors des manifestations du 17 octobre, qui ont fortement marqué la capitale et plusieurs grandes villes françaises.
En complément de ce couvre-feu, la Préfecture de police a également de nouveau accompagné cet arrêté d’une interdiction visant "tout rassemblement non déclaré" dans la soirée et la nuit de jeudi à vendredi, notamment autour de l’Elysée, de l’Assemblée nationale, du Sénat, de l’avenue des Champs-Elysées ou encore des gares. Les deux interdictions valent pour les majeurs et les mineurs.
La municipalité de Paris appelle par ailleurs les habitants à la "plus grande vigilance", samedi, face aux risques de nouvelles violences par des "casseurs, sans lien avec le mouvement social".
Un dispositif sécuritaire renforcé dans toute la France
Face à la crainte de nouveaux débordements, les mesures restrictives se multiplient dans de nombreuses villes. A Marseille, toutes les manifestations seront interdites samedi 24 octobre et le couvre-feu pour les mineurs, actuellement en vigueur dans l’hyper-centre, sera étendu aux majeurs. Même chose à Lyon, à Nice, ou à Montpellier, où un rassemblement déclaré en préfecture a été finalement interdit. Les rassemblements seront interdits, samedi, à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône, ainsi qu’à Nice, à Montpellier, à Caen, à Angoulême et à Saint-Etienne, notamment.
A Limoges, un arrêté préfectoral interdit "temporairement les rassemblements et regroupements de plus de 10 personnes, dans un périmètre défini de Limoges" couvrant l'intégralité du centre-ville, de samedi matin à dimanche matin, a fait savoir la préfecture. Un couvre-feu de vendredi à lundi de 22h à 5h est instauré dans plusieurs artères du centre-ville de Limoges, notamment autour de la mairie incendiée samedi dernier.
A Lille, un arrêté interdit "tous attroupements et toutes manifestations à caractère revendicatif" samedi de 7h à 22h, en raison du "risque sérieux de renouvellement de troubles", à la suite des heurts du week-end dernier, qui ont fait 56 blessés du côté des forces de l'ordre selon la préfecture du Nord.
Un dispositif de sécurité "exceptionnel" constitué de près de 3 000 membres des forces de l'ordre sera mis en place ce week-end à Orléans, autour du congrès du Rassemblement national, à l'occasion duquel les autorités attendent entre 20 000 et 30 000 opposants.
Les mesures de sécurité ont également un impact sur la vie culturelle parisienne. Les musées parisiens du Louvre, d’Orsay, Picasso et le Grand Palais seront exceptionnellement fermés, a annoncé le ministère de la Culture. La foire Art Basel Paris, qui devait s’achever dimanche au Grand Palais, va, par ailleurs, fermer vendredi soir.
Réponse judiciaire et profil des personnes interpellées
Sur le plan judiciaire, la réponse des autorités se veut particulièrement ferme. 217 personnes ont été incarcérées parmi les 2 700 placées en garde à vue après les violences et pillages du week-end, selon Gérald Darmanin. Les poursuites judiciaires après le 17 octobre sont "une réponse extrêmement ferme, qui ne connaît pas d’équivalent", a affirmé, jeudi, le ministre de la Justice.
La moitié des détenus n’avaient aucun casier judiciaire. Selon une note de la chancellerie, 95% des personnes placées en détention provisoire pour des pillages ou des violences envers les policiers sont des hommes, 68% ont 25 ans ou moins, les 18-20 ans représentant la majorité, 70% sont de nationalité française, et presque tous sont nés en France. Les pilleurs représentent 46% des cas, les émeutiers 26% et 10% ont un profil mixte.
Le ministre de la Justice a demandé aux parquets de requérir devant les tribunaux des peines complémentaires en cas de condamnation : bannissement des réseaux sociaux, privation du droit de vote en cas d’infractions témoignant d’"une volonté de rupture avec le pacte républicain". Pour les agents publics, il souhaite que soient prévenues les administrations en vue de sanctions disciplinaires. Enfin, il demande aux parquets d’envisager dans leurs réquisitions l’interdiction du territoire français pour les étrangers en cas de "dégradation" ou de violences sur des personnes dépositaires de l’ordre public.
Quand les peines ne seront pas assorties de mandat de dépôt (bracelet électronique, travaux d’intérêt général, interdictions de manifester ou de se rendre dans des lieux identifiés…), leur exécution devra être rapide afin d’empêcher que ne s’installe "une forme d’impunité [qui] priverait la sanction de toute portée dissuasive", selon Gérald Darmanin.
Le ministre de l'Intérieur présentera, vendredi matin, le dispositif de sécurité prévu pour la mobilisation du lendemain lors d'une conférence de presse. Emmanuel Macron recevra des "lycéens et des représentants d'organisations lycéennes" vendredi à 15h à l'Elysée afin d'"écouter leurs revendications et inquiétudes", a confirmé la présidence.