Forum InCyber 2026 : la bataille de la souveraineté numérique enfin lancée ?
Top départ pour la 18e édition du Forum InCyber. Des centaines d'exposants et des milliers de visiteurs se sont réunis ce 31 mars pour le premier jour du grand raout européen de la cybersécurité qui se tient à Lille Grand Palais jusqu'au 2 avril. Au programme, de nombreuses rencontres business entre offreurs et décideurs, ainsi que des dizaines de tables rondes et démonstrations. La maîtrise des dépendances numériques, thème de cette édition, alimente déjà les nombreuses conversations entre experts réunis lors de débats et séances plénières. Le sommet d'ouverture, temps fort de l'événement qui s'est tenu durant toute l'après-midi, lui a été consacré.
"L'Europe, à l'épreuve de la puissance" a été le sujet de ce sommet d'ouverture. Y sont intervenus le président d'Hexatrust, Jean-Noël de Galzain, la présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), Marie-Laure Denis, l'ancien ministre de l'économie, Bruno Le Maire, le fondateur d'OVHcloud, Octave Klaba, ou encore la vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, Henna Virkkunen. Parallèlement à ce sommet d'ouverture, et depuis leurs stands, les grandes associations professionnelles du secteur comme le Club des experts de la sécurité de l'information et du numérique (Cesin), le Club de la sécurité de l'information français (Clusif), ou l'Association française des correspondants à la protection des données à caractère personnel (AFCDP), ont aussi insisté sur la nécessité d'accélérer l'autonomie numérique européenne.
De la parole aux actes
"Cette fois, on passe enfin à l'action !", se réjouit Jean-Noël de Galzain, à propos du thème du Forum InCyber 2026. Selon lui, l'écosystème européen de la cybersécurité est en ordre de bataille pour proposer une offre complète de solutions capables de rivaliser avec celles des Américains : "Maintenant, on arrête les débats interminables sur la souveraineté et on adopte enfin une posture opérationnelle et concrète !" C'est dans cette optique que le groupement professionnel qu'il dirige a dévoilé un livrable "qui déconstruit les idées reçues" sur les solutions collaboratives européennes. "Ces idées reçues sont, par exemple, qu'elles sont trop chères ou non interopérables". Ce livrable bat en brèche ces a priori en mettant en valeur des solutions souveraines comme Olvid, Docaposte ou Tixeo. En plus de cette publication, Hexatrust a aussi lancé la deuxième version de sa solution HexaDiag, améliorée par l'IA, qui permet aux entreprises de réaliser leur conformité à la directive NIS 2 en leur proposant des solutions souveraines.
Depuis le stand de Jizô AI, dont il est le chief strategy officer, Nicolas Arpagian confirme que "le sujet de l'autonomie stratégique est désormais au cœur des agendas. Jusqu'à maintenant, c'était un sujet de colloque, de réflexion, sans transition opérationnelle. Désormais, c'est un véritable sujet valorisé" pour le business. "Chez nos adhérents, nous voyons un réel changement de comportement vis-à-vis de la souveraineté numérique", confirme Philippe Salaün, président de l'AFCDP. "Nous voyons actuellement les premiers pas vers une mise en œuvre de notre maîtrise des dépendances numériques. Ce n'est pas qu'une impression, c'est enfin une réalité. Ce qui le prouve est le lancement récent de l'indice de résilience numérique" qui permet notamment de mesurer les dépendances des systèmes d'information aux solutions étrangères, observe Odile Duthil, directrice cybersécurité au groupe Caisse des dépôts et présidente du Clusif.
Pour contribuer à rendre opérationnelle l'autonomie numérique du continent, le Cesin a dévoilé un livre blanc qui propose des mesures concrètes, réalisé en partenariat avec le Forum InCyber. Il a pour titre le thème de l'événement. En se basant sur des sondages et retours d'expérience des RSSI du Cesin, il expose toutes les dépendances auxquelles leurs systèmes d'information sont confrontés : dépendances géopolitiques, certes, mais aussi dépendances juridiques, cognitives, etc. Puis, il expose des "solutions opérationnelles" pour les diminuer : réaliser une "cartographie orientée métiers", "prioriser les risques liés aux dépendances", etc. "Il s'agit d'un outil pratique à destination des décideurs et RSSI", affirme Eric Singer, membre du Cesin qui a dirigé la rédaction de ce guide.
L'UE encore à la traîne…
Cependant, l'Union européenne n'est pas encore à la hauteur de ses ambitions en termes d'autonomie numérique, selon ces associations professionnelles. "Sur le plan de l'innovation et du marché des solutions, l'Europe est à la hauteur. Mais les discours politiques de l'Union européenne ne le sont pas : ils ne correspondent pas à la réalité", insiste Jean-Noël de Galzain. "Aujourd'hui, l'Europe se refuse les instruments de la puissance en matière de souveraineté numérique. (…) Dire qu'on n'a pas les moyens de cette puissance est faux. Dire qu'on ne se donne pas les moyens est plus juste ! Ce sont des choix politiques, et il n'y a pas de fatalité à cela", ajoute Henri d'Agrain, délégué général du Club informatique des grandes entreprises françaises (Cigref). "Toutefois, cette autonomie stratégique ne peut pas être gagnée d'un coup. On a un bel écosystème européen de solutions numériques, certes. Mais le marché n'est pas encore consolidé", tempère Odile Duthil.
"Pour la Commission européenne, il est très important de stimuler l'innovation et les investissements au sein de l'Union européenne", affirme Henna Virkkunen, lors du sommet d'ouverture. "Nous voulons rendre l'Europe plus rapide et plus simple pour que les entreprises puissent se développer en Europe. C'est pourquoi nous sommes très déterminés à simplifier nos règles afin de faciliter la tâche des entreprises. (…) Avec la cybersécurité comme lien central, la construction de notre souveraineté technologique doit être inscrite dans notre ADN. (…) Nous bâtissons une Europe qui sera plus indépendante, mais qui ne travaillera pas dans l'isolement". Son discours suffira-t-il à rassurer l'écosystème cyber européen ?