IA, robots humanoïdes, autonomie stratégique… Les grandes tendances de l'édition 2026 de VivaTech
Sans surprise, l’IA a occupé le devant de la scène lors de l’édition 2026 de VivaTech, qui s'est tenue au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. "Le rouleau compresseur de l'IA percute toutes les technologies que l'on voit ici", justifie Xavier Apolinarsky, vice-président de l'innovation de l'université Paris-Saclay, depuis le stand de l'établissement, où il défend les intérêts des start-up qu'il accompagne. Mais cette prévisibilité apparente n’entame en rien l'enthousiasme des dizaines de milliers de visiteurs qui déambulent dans les allées du salon.
"Dès qu'on entre dans le salon, on tombe sur l'ordinateur quantique d'IBM, et c'est juste incroyable. Là je viens d'aller voir le stand d'Unitree et les robots de l'entreprise sont impressionnants", s'émerveille César, étudiant dans une grande école d'ingénieurs qui rêve de devenir entrepreneur. Et pour cause. Même si l'IA est partout, son usage se transforme. Elle va désormais "vers la réalité. (…) En 2026, la tendance est l'IA physique", observe Abdelalim El Hamichi, enseignant à HEC, lors d'une table ronde organisée par la grande école de commerce sur ce thème.
Robots humanoïdes : les stars de l'édition
A VivaTech 2026, les robots sont partout. A tel point que des parades de robots humanoïdes sont même organisées pour les faire interagir avec les visiteurs. Parlant parfois des dizaines de langues, ils font preuve d'une plus grande agilité, performance et robustesse que l'année dernière, selon Isabelle Hilali, fondatrice de Datacraft, un club de data scientists, venue pour intervenir dans une table ronde sur les usages de l'IA en entreprise. "Pour moi, la grande tendance qui ressort de cette édition, c'est l'IA associée à la robotique. C'est la future révolution. Cette année, il y avait beaucoup plus de robots que l'année dernière, et ce n'était pas que pour faire joli. Il y a désormais une vraie réflexion des entreprises autour de ces robots, et sur des sujets variés, allant de la construction à l'hospitalité en passant par l'automobile. Il y a désormais du fond et tous les secteurs s'intéressent sérieusement à ce sujet".
Depuis le stand de Jizô AI, situé dans l'espace de la French Tech, Nicolas Arpagian, chief strategy officer de l'entreprise de cybersécurité, observe la même tendance : "Sur la robotique, on a dépassé ce qu'on voyait jusqu'à présent, à savoir la dimension purement accessoire et ludique. Dans cette édition, on constate que la robotique s'industrialise et cela signifie que les robots deviennent plus robustes, plus autonomes, réactifs, capables d'interagir dans des environnements complexes. Grâce à l'IA, la gestuelle de ces robots est adaptée aux circonstances. Il est désormais envisageable de voir émerger une normalisation de la présence de robots augmentés par l'IA dans un avenir proche".
L'innovation française mise à l'honneur
Toutefois, les regards étaient aussi tournés vers les diverses innovations issues des milliers de start-up présentes au rendez-vous. Parmi celles-ci, les start-up françaises étaient très représentées, exposées dans des espaces de grandes écoles, d'universités, de régions françaises, mais aussi de la French Tech ou d'entreprises comme Orange. "Les grandes tendances de nos start-up se concentrent sur l'IA, bien sûr, mais aussi la data, la manière d'optimiser la donnée pour les industries et de faire travailler l'IA dessus. Il y a aussi la santé numérique, car 20 à 25% de nos start-up se sont saisies du sujet. Cela peut par exemple être des jumeaux numériques du système nerveux. Il y en a pas mal qui se concentrent aussi sur l'énergie, les systèmes de distribution d'électricité, etc.", observe Paul-Guilhelm Meunier, directeur adjoint au développement économique et entrepreneuriat de l'Institut Mines-Télécom, qui accompagne chaque année 120 start-up.
"Chez nous, nos start-up utilisent l'IA dans tous les domaines scientifiques : la santé, la biologie, mais aussi les sciences du cerveau. Une de nos pépites, HABS, a même la capacité de décrypter les neurones marqueurs d'émotion. La tendance que je vois émerger est la capacité à lier l'IA, le cerveau, les émotions et le comportement humain. On voit aussi une autre tendance sur le quantique. On commence à lier le quantique et l'IA, pour améliorer l'un et l'autre", affirme le vice-président de l'innovation de l'université Paris-Saclay, Xavier Apolinarsky, d'où sortent 100 start-up tech par an. "A l'université Paris Sciences et Lettres, on observe aussi que l'IA a un impact fort dans tous les domaines de nos start-up, dans la santé, l'énergie. Beaucoup de nos start-up investissent en effet les biotechnologies, l'ingénierie pour la santé, les techniques d'imagerie médicale, mais aussi la robotique, la cybersécurité, les technologies duales", ajoute Bruno Rostand, directeur innovation et entrepreneuriat de l'université Paris Sciences et Lettres, d’où sortent 70 à 80 start-up par an.
"Dans cette édition, on voit clairement une reconnaissance de tout ce savoir-faire de l'écosystème français de start-up tech. Aujourd'hui j'ai par exemple rencontré des Egyptiens, Indiens, Anglais, Allemands, etc., tous très intéressés de découvrir nos innovations", affirme le vice-président de l'innovation de l'université Paris-Saclay. Pour témoigner de cette attractivité, depuis le stand de la Région Ile-de-France qu'elle préside, Valérie Pécresse a d'ailleurs annoncé l’arrivée, dans cet établissement, de deux chercheurs venus d’universités américaines, accueillis dans le cadre d’un programme régional de soutien aux scientifiques dont la liberté de recherche est menacée, selon elle.
Autre thème central : la souveraineté
"On essaie de faire travailler nos start-up sur des outils souverains. C'est pourquoi on a par exemple signé un partenariat avec Dassault Systèmes", affirme Paul-Guilhelm Meunier. Cette initiative fait écho à une autre tendance marquante de cette édition : l’intérêt grandissant des entreprises et des investisseurs pour des innovations garantissant l’autonomie stratégique. De nombreuses tables rondes étaient d'ailleurs organisées sur ce thème. Un espace était même dédié à des débats sur la souveraineté numérique. "L'autonomie stratégique, c'est-à-dire le fait de maîtriser les données, est un sujet central de cette édition et on le voit dans nos discussions avec nos interlocuteurs, quelles que soient leurs origines géographiques ou institutionnelles", confirme Nicolas Arpagian.