Livraison en consignes : un service encore confiné dans sa case

Livraison en consignes : un service encore confiné dans sa case Seuls 12% des cyberacheteurs déclarent avoir choisi cette option de livraison en 2017. Pickup station, Inpost, Amazon Locker, Fnac-Darty… Tour d'horizon du marché.

La consigne peine à percer en France. Cette option de livraison, qui consiste à recevoir son colis dans un casier automatique placé dans un lieu public (gare, magasin ou encore centre commercial) demeure la moins aimée des cyberacheteurs. Seuls 12% d'entre eux l'ont utilisée en 2017 lors d'un achat sur Internet, selon le dernier baromètre Fevad/CSA. La consigne reste loin derrière la livraison à domicile (88%), en point relais (86%) ou même en magasin (38%).

Certains opérateurs se sont même cassé les dents sur les casiers automatiques. Arrivé en France en 2014, le Polonais Inpost, spécialiste du secteur avec son réseau Abricolis, quitte actuellement et discrètement la France, sans avoir trouvé de rentabilité économique. En 2017, il avait pourtant annoncé en grande pompe détenir 1 000 consignes dans l'Hexagone et viser les 2 000 en 2019. Nombreux étaient les distributeurs à lui avoir fait confiance : Groupe Casino en 2014, Total et Cdiscount en 2015 ou Grosbill et Promod en 2016. En juillet 2016, E.Leclerc avait signé un accord  pour l'installation de 900 Abricolis sur ses parkings. Le spécialiste de la livraison de colis aux particuliers Mondial Relay a également arrêté son service de consignes automatiques, car "les résultats des tests menés avec InPost n'étaient pas au rendez-vous", précise le groupe au JDN.

19% des cyberacheteurs envisagent d'utiliser ce mode de livraison en 2018

Le secteur est avant tout confronté à un problème de coûts. "Les consignes coûtent chères : le double d'un point relais classique chez un commerçant. Il faut compter l'installation, la maintenance, l'entretien et le loyer de l'emplacement, souvent en zone très fréquentée", liste Jean-Sébastien Léridon, directeur général de Relais Colis dont l'entreprise compte une cinquantaine de consignes en région parisienne.

Malgré ces difficultés, le modèle de la consigne reste prometteur : selon le même baromètre Fevad/CSA, 19% des cyberacheteurs envisagent d'utiliser en 2018 ce mode de livraison, qui présente de nombreux avantages :

  • Le temps moyen pour retirer un colis en consigne est d'une dizaine de secondes.
  • Un simple code reçu par SMS ou mail suffit à ouvrir le casier.
  • Souvent accessible 24h sur 24 et 7 jours sur 7, la consigne permet de retirer sa commande à toute heure, et donc de ne pas dépendre des horaires d'ouverture du commerçant en point relais et d'éviter les heures de pointe.
  • Les consignes complètent l'offre déjà existante dans les zones urbaines très denses . 

Pickup station, les consignes de La Poste, sont disponibles sur près de 6 500 sites marchands

Voilà pourquoi certains acteurs continuent à parier sur elles… mais avec prudence. "Aujourd'hui, notre réseau de consignes va croître en fonction de nos besoins, mais pas de manière significative. Le gros de notre croissance est passé", explique Florian Bonnasse, directeur marketing et commercial du réseau Pickup. Ce réseau de 9 000 point relais du groupe La Poste détient 320 consignes automatiques, nommées Pickup station, dont 180 en gares SNCF, 120 en bureaux de poste et le reste en centres commerciaux, universités et autres lieux publics. Pickup station est disponible sur près de 6 500 sites Internet marchands parmi lesquels Cdiscount, Kiabi, Sephora ou Zalando. "Certains réalisent jusqu'à 10% de leur volume d'affaires via nos consignes", précise Florian Bonnasse, sans citer de marchand.

Même son de cloche chez Amazon. Le 20 juin 2018, SNCF Gares & connexions et le géant du e-commerce américain se sont associés pour déployer des consignes Amazon Locker dans près de 980 gares françaises au cours de ces cinq prochaines années. Cette option de livraison sera disponible sur plusieurs millions d'articles vendus sur Amazon. L'e-commerçant supporte le financement : il fournit les casiers, paye le loyer et s'occupe de la logistique. Amazon comptait déjà près de 500 consignes en France.

Vers un boom de la consigne en magasin

Les consignes en magasin suscitent aussi l'intérêt de distributeurs. Parmi les pionniers en la matière, Fnac-Darty permet la livraison en consignes dans 13 magasins Darty et 18 Fnac, situés à Paris, Bordeaux, Marseille ou encore Toulouse. "Ce n'est qu'un début. Nous sommes en train de préparer l'agrandissement de notre parc", promet Benoît Jaubert, directeur exploitation chez Fnac-Darty. D'ici fin 2018, le groupe compte étendre la consigne automatisée à une dizaine de magasins supplémentaires.

Chaque consigne a pour capacité entre 150 et 200 casiers. Coût de l'installation : une dizaine de milliers d'euros minimum. Certains magasins Fnac à Paris, comme celui de Saint-Lazare, de La Défense ou encore de Montparnasse, remplissent systématiquement tous ces casiers chaque matin. "Au total, quelques pourcents de nos millions commandes sont traités par des consignes aujourd'hui, mais ce chiffre est amené à augmenter très vite", conclut Benoît Jaubert.

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