Dernier kilomètre : les solutions logistiques restent devant nous et à créer

Antoine Pottiez, président de Mondial Relay, dresse un état des lieux de ce mode de livraison incontournable pour l'e-commerce.

Les e-consommateurs sont devenus de plus en plus exigeants pour la livraison de leur colis. Différentes solutions « clé en main » répondant aux enjeux du dernier kilomètre, sont aujourd’hui proposées pour leur faciliter la vie. Rapidité, confort, accessibilité… Dans le futur, le consommateur voudra encore plus de services liés à la mobilité et peut-être même souhaiter des consignes automatiques mobiles. Le développement de ce type de méthodes ne sera pas sans contrainte. Les opérateurs de livraison devront alors explorer et dépasser les limites de ce type de dispositif. Il est donc essentiel de garder un œil sur les évolutions technologiques, comme le développement de l’intelligence artificielle qui révolutionnera plusieurs secteurs d’activité dont la livraison du dernier kilomètre fera partie.

Cependant, si ce sujet fait depuis longtemps parler de lui, quelques interrogations demeurent encore : quelles solutions répondent concrètement à cette notion ? Sont-elles réellement pérennes ? Dans un marché régit par de nombreuses réglementations, quelles évolutions pourrait-on envisager ?

Gain de temps, coût bas pour l'e-commerçant

La livraison du dernier kilomètre est un sujet de longue date car il n’y a pas d’e-commerce sans cette étape. Cela dit, les méthodes et procédés ont constamment évolué, pour répondre au plus près des attentes des consommateurs, mais aussi pour répondre à la contrainte de prix afin que les e-commerçants puissent plus facilement intégrer les frais de port dans leur offre.

Le manque de souplesse et de commodité des bureaux de poste ont permis aux Points Relais® et plus récemment aux consignes automatiques de devenir un mode de livraison préféré des e-shoppers.

En parallèle, l’arrivée de nouveaux acteurs comme Uber, Deliveroo… ont aussi révolutionné le marché. Toutefois, la transposition de ce modèle dans la livraison de colis reste accessoire vu les volumes à livrer et demeure difficilement rentable pour l’opérateur.

Côté e-commerçant, la livraison du dernier kilomètre représente un réel enjeu. Ils souhaitent proposer des solutions qui faciliteront la vie des consommateurs, en termes de temps (livraison au moment voulu) comme de lieu (du domicile au lieu de travail), pour déclencher l’achat facilement. Le tout, en obtenant le coût de livraison le plus bas possible pour lui permettre de se positionner voire de prendre à sa charge les frais de port.

Côté opérateurs de livraison, pour répondre à ces besoins (choix de livraison, qualité, rapidité et prix) les coûts à engager sont non négligeables et le défi de conserver cette compétitivité sur le long terme n’est jamais acquis.

Reste les colis lourds et encombrants qui sont eux aussi un sujet central de l’organisation du dernier kilomètre quant à leur transport, stockage et mise en livraison nettement plus coûteux. Notons que certaines grandes enseignes de distribution en GMS (Leroy Merlin, Auchan…) ont initié la tendance des Drive pour livrer les produits hors normes. Depuis, ce type de service ne cesse de convaincre les consommateurs en créant une alternative à leur indisponibilité à domicile.

68% des consommateurs pour le Point Relais

Les consommateurs plébiscitent à nouveau le commerce de proximité. Il n’est doncpas étonnant de relever que 68%* d’entre eux choisissent le Point Relais® comme mode de livraison. Ce chiffre atteint même 85% en 2016 selon la Fevad et le CSA. La proximité reste le critère numéro 1 du consommateur. Ce qui confirme notamment la stratégie d’implantation des grands distributeurs qui réinvestissent les centres villes. Quant à la consigne automatique, elle s’installe petit à petit dans les habitudes. Le nombre grandissant de consignes permettra, certainement, de faire adopter ce concept de retrait plus largement à l’avenir.

Sur le marché de la livraison, certains acteurs misent aussi sur le développement de partenariats avec des start-up de crowdsourcing, c’est alors le grand public ou le consommateur qui réalise la prestation. D’autres encore privilégient la mise en place de procédés techniques, tels que des drones ou encore des robots sur 4 roues, développés en Allemagne ou au Royaume-Uni. Si ces moyens ont créé le buzz, ils ne peuvent pas s’adapter et répondre au nombre important de colis à livrer. Rappelons néanmoins que pour livrer une entreprise ou un particulier, il faut être inscrit au registre des transporteurs et répondre à la capacité professionnelle et financière, ce qui pour certaines start- up de livraison n’est pas toujours aisé de respecter.

Cependant, tout n’est pas qu’une question d’innovation, les contraintes viennent également de la réglementation. En effet, en fonction des décisions de nos politiques, la livraison devra s’adapter aux nouveaux fonctionnements des hyper-centres (centre-ville piétonnier, développement des transports en commun...). Si nous souhaitons apporter des solutions efficaces et pérennes, il faut espérer que l’environnement réglementaire s’adaptera au monde actuel et à la digitalisation qui est devenue incontournable, en introduisant idéalement une harmonisation européenne.

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