Les étranges similitudes entre street food et fintech...

Les personnes, à l’écoute des tendances de consommation, s’intéressent à ces restaurateurs qui sortent des sentiers battus pour bousculer la concurrence tout en développant une offre parfaitement adaptée à l’évolution des exigences des consommateurs.

La street food connaît un succès qui ne se dément pas. Partout dans le monde, les professionnels des métiers de bouche perpétuent une tradition séculaire en se déplaçant de ville en ville avec leurs marchandises. C’est grâce à ces vendeurs ambulants que l’on peut s’offrir un hot-dog au coin de la rue à New-York, déguster des marrons grillés sur un marché de Noël à Munich ou se régaler d’un plat mêlant saveurs chinoises et portugaises sur un étal à Londres.

Avec ses supper clubs, ses food trucks et ses étals de marché qui poussent comme des champignons dans les lieux les plus improbables, Londres est sans conteste l’épicentre d’un mouvement street food qui a progressivement gagné toute l’Europe. On peut désormais y manger des plats étoilés au Michelin à presque tous les coins de rue. En témoigne ce restaurant singapourien qui a récemment vendu des plats étoilés à 7 euros pièce dans un marché street food de King’s Cross.

Ce changement de paradigme gagne progressivement toute la planète. Aux États-Unis, Wendy’s, McDonald’s et d’autres chaînes de restauration rapide ont désormais cédé à la mode des food trucks. Dans les restaurants traditionnels, les clients recherchent aussi les qualités qu’ils ont appris à apprécier dans les petits établissements indépendants : des ingrédients frais, respectant la saisonnalité et issus d’une agriculture durable et locale. Origine, honnêteté et transparence sont devenues les facteurs d’hygiène de base sur la scène de la restauration haut de gamme.

Ce que la restauration nous dit de la Fintech 

Alors, faut-il voir un lien entre l’irréfrénable essor de la street food et le début de la crise majeure qui frappe les banques ? Peut-être est-ce le fruit du hasard, mais le mouvement de la street food haut de gamme présente des similitudes troublantes avec le secteur bourgeonnant de la fintech. Ils ont pris leur envol en même temps, au moment de l’éclatement de la crise économique de 2008. Tous deux ont fait couler beaucoup d’encre, et pas toujours de façon positive. Les entreprises établies, de façon logique, ne voient pas forcément d’un œil favorable l’arrivée sur leur marché de nouveaux acteurs décidés à changer les règles du jeu — a fortiori quand les jeunes loups en question sont exemptés des lourdes charges dont les autres doivent s’acquitter pour se conformer aux réglementations en place et avoir le droit d’exercer leur activité.

À l’échelle locale, beaucoup de municipalités ont encouragé la révolution de la street food dans le but de stimuler l’apparition dans leurs villes de lieux branchés, un gage de régénération du tissu urbain et d’attractivité pour les entrepreneurs. Dans le monde bancaire, nombre de gouvernements ont adopté la même méthode en contraignant les banques traditionnelles à partager le marché avec des fintech en quête de reconnaissance. Une démarche motivée par la conviction que les start-up du secteur sont mieux armées pour satisfaire les nouvelles exigences des consommateurs que les acteurs historiques du secteur. Reste qu’il est souvent difficile pour les organisations les plus grandes et les plus établies — et cela vaut tant pour banques que pour les hauts lieux de la haute cuisine — d’anticiper les produits que les consommateurs vont vouloir et de se préparer à les commercialiser.

Dans le petit monde de la street food, beaucoup de ceux qui ont tiré leur épingle du jeu ont débuté sur des étals éphémères et sont devenus au fil du temps de petites chaînes, parfois même de véritables entreprises. C’est justement ce qui est arrivé à Chan Hon Meng, un marchand ambulant de Singapour qui a capitalisé sur son succès dans la rue pour ouvrir un établissement de restauration rapide, puis s’attaquer à l’international en ouvrant des « Hawker Chan » à Melbourne et Bangkok.

Alors, les marchands ambulants et les étals de marché sont-ils voués à régner sur le marché européen de la restauration ? L’impact de la révolution street food sur les acteurs historiques du secteur a beau être notable, il est plus que probable que non. Une fois de plus, les comparaisons avec les fintech sont peut-être prémonitoires — les clients des nouvelles start-up des services bancaires représentent une infime fraction de ceux des banques établies, mais l’incidence des nouvelles exigences du public et la capacité des fintech à y répondre rapidement semblent parties pour inciter les banques à faire peau neuve le plus rapidement possible. Au Royaume-Uni, où le règlement open banking vient d’entrer en vigueur, les nouveaux fournisseurs de services de paiement comme les prestataires de paiement tiers (TPP) sont incités à accélérer cet effet.

Les préférences des consommateurs (en matière de cuisine et de services financiers) peuvent en effet être aussi irrationnelles qu’imprévisibles. Pour bien saisir ces exigences nouvelles, le mieux est parfois de laisser les petits poissons, ceux-là mêmes qui bénéficient d’exonérations de charges, commencer le travail et voir après comment les choses tournent. Mieux vaut parfois faire montre d’ouverture pour permettre à de nouvelles formes de concurrence de dépoussiérer le marché, quitte à ce que cela bouscule l’ordre établi. Il est possible que certains de ces nouveaux étals de la Fintech pressentent des tendances précises chez les consommateurs, qu’ils se muent en cantines éphémères, puis en restaurants, si ce n’est en grandes chaînes. Et peut-être que ces nouveaux venus devront s’allier à de grandes banques établies qui bénéficient de la confiance des clients pour gagner leurs galons — ou, mieux encore, leur étoile Michelin — dans leur aventure sur ce marché naissant de la fintech. Une quête qui devrait séduire nombre de consommateurs désireux de ne pas passer à côté du monde de demain.

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