Smart home : quelle place pour la voix dans la domotique ?

L’usage naturel de la voix va transformer la domotique et promet d’accélérer significativement l’équipement des maisons. Cet essor devra néanmoins s’accompagner d’une protection efficace des données personnelles collectées.

Le secteur de la maison intelligente et connectée est identifié comme ayant un potentiel de forte croissance dans les dix années à venir. Apparue il y a plus d’une décennie, la domotique n’est, jusqu’à présent, pas parvenue à trouver véritablement sa place dans les foyers européens. En France, ses principales applications reposent encore principalement sur le thermostat central, et une série d’éléments à usage spécifique : éclairage et arrosage automatiques, alarme, allumage à distance du ballon d’eau chaude ou ouverture des volets. Mais, en dehors de ces applications singulières, privilégiées jusqu’à présent par une clientèle haut de gamme, il n’y a encore que peu de solutions de domotique généralisée à l’ensemble d’une habitation. Toutefois, l’usage de la voix comme interface pourrait rebattre les cartes et favoriser l’adoption massive, longuement attendue, de la domotique.

Comment expliquer ce retard dans la démocratisation massive de la domotique, alors que ses bénéfices — gain de temps et praticité — sont unanimement reconnus ? Sans doute parce qu’il faut encore trop souvent recourir à différentes interfaces pour contrôler les équipements d’une même maison, ce qui tend à se multiplier avec l’arrivée progressive des objets connectés, et rend la technologie plus complexe à utiliser. Or c’est l’opposé qui est recherché, car c’est notamment ce qui permettra de développer un marché suffisant pour engendrer un effet d’échelle. En un mot, la domotique a jusqu’ici été prisonnière d’un cercle vicieux.

Pour faciliter son adoption, et donc en faire baisser le prix, plusieurs options sont possibles. Des solutions automatisées permettant des économies d’énergie significatives et des mesures fiscales incitatives inciteraient à embarquer ces solutions pour toutes nouvelles constructions ou réhabilitations, et contribueraient également à accélérer l’adoption de ces technologies au sein des logements existants. En parallèle, il est essentiel de trouver un moyen centralisé de contrôler l’ensemble des équipements et de limiter la multiplication des applications mobiles et les télécommandes. Et quel moyen plus intuitif que la voix, pour remplacer les télécommandes, tablettes et tableaux de contrôle en tant qu’intermédiaire entre l’humain et les machines ?

L’expérience utilisateur, clé de l’adoption d’une technologie

Depuis dix ans, la recherche d’une meilleure expérience utilisateur a considérablement amélioré le fonctionnement des appareils technologiques et des interfaces. Les entreprises ont ainsi progressivement évolué d’une démarche centrée sur les produits à des expériences centrées sur les utilisateurs. La dernière innovation majeure, celle de l’usage du langage naturel, permet à l’utilisateur de s’adresser à une machine comme à une personne pour formuler sa requête. Appliquée à la domotique, cette innovation permettrait d’aboutir à la meilleure expérience utilisateur qui soit, car complètement intuitive.

Là où, jusqu’alors, les particuliers devaient s’adapter à leur électroménager, c’est à présent l’équipement qui s’adapterait à eux. La voix, qui opère un basculement en remettant l’humain au centre des appareils, doit devenir le paradigme de la domotique. L’usager n’aurait alors qu’à donner des instructions orales en fonction de son besoin, ce qui le libérerait d’un ensemble de tâches automatisables. Par exemple, chercher une recette, lancer la machine à café ou le lave-linge, ajouter des produits à sa liste de courses, et s’entendre annoncer la météo et l’heure de passage du prochain bus le matin.

À la vitesse à laquelle les assistants vocaux se répandent, on peut présager qu’il y aura bientôt au sein de la plupart des domiciles une interface vocale connectée. Celle-ci représente donc l’intermédiaire idéal pour interagir avec tous les équipements domotiques d’un foyer, et faire le lien avec les personnes qui y vivent.

La voix, interface unique pour contrôler les équipements ?

Cette utilisation massive de la voix va cependant soulever la question de la capture des habitudes comportementales des particuliers, et de la protection de leurs voix, en tant que donnée biométrique. La société est aujourd’hui confrontée à un dilemme, entre essor des outils qui utilisent des données et prise de conscience par les utilisateurs de l’importance de leur protection, notamment suite au scandale Cambridge Analytica –  qui a révélé que la campagne présidentielle de Donald Trump reposait sur le profilage détaillé de 87 millions d’utilisateurs de Facebook – et à l’adoption du RGPD. Si elle est essentielle et doit être adoptée en domotique, la voix accentue les risques d’écoutes ou de fuites de conversation. Elle doit donc s’accompagner de garanties de confidentialité solides, sans quoi la crainte liée à leurs vies privées pourrait continuer à freiner son adoption par les consommateurs. Certaines technologies d’interfaces vocales fonctionnent désormais en embarqué, permettant ainsi de fournir une solution sans fuite possible de données, sans pour autant sacrifier la qualité de la performance, bien au contraire.

Si, en 2017, le marché de la domotique était évalué à 1,6 milliard d’euros selon un rapport de la fédération française de domotique, on l’estime à six milliards d’euros pour 2019 (étude Context confidential dévoilée à l’occasion du salon Distree#connect en avril 2017). Le moment est donc idéal pour les acteurs de la domotique, qui doivent intégrer le langage naturel à leurs technologies, pour proposer un système de contrôle des équipements intuitif et utilisateur-centrique. La réussite de ce modèle passe par la notion d’écosystème, afin que l’ensemble des équipements puissent être connectés, séduire les consommateurs et créer le cercle vertueux qui permette enfin l’essor de la domotique en France.

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