Investisseurs, gare à l'échec dans le crowdfunding !

Investisseurs, gare à l'échec dans le crowdfunding ! 75% des projets issus du crowdfunding rencontreraient des problèmes lors de la production et seraient retardés, voire abandonnés. Et les internautes qui y ont contribué n'ont aucun moyen de s'assurer contre l'échec.

La plupart des plateformes de crowdfunding permettant de récolter des contributions en échange de contreparties diverses (notamment la pré-commande d'un produit) fonctionnent sur le modèle du "tout ou rien". Si l'objectif défini par l'entrepreneur est atteint, il empoche la somme promise. Sinon, les internautes récupèrent les fonds investis. Certains sites proposent des modèles alternatifs, à l'image d'Indiegogo, qui permet à l'entrepreneur d'empocher les gains même si son objectif n'est pas rempli.

Dans les deux cas de figures, une fois les contributions des internautes encaissées par le porteur du projet, le travail de la plateforme s'arrête. Si l'entrepreneur ne parvient pas à aller au bout de la production du projet promis, ses soutiens ne peuvent se faire rembourser par le site de crowdfunding. La FAQ de la plus célèbre plateforme américaine, Kickstarter, le précise clairement : le site n'est pas responsable du succès des projets proposés, et ne retourne pas aux backers l'argent qu'ils ont versé en cas d'échec. La plateforme française Ulule tient un discours du même acabit : "Ulule procède à une première modération (...) pour écarter les projets suspicieux du site. Par la suite, le porteur de projet est seul responsable (...)." Le site prévient même les internautes de la forte probabilité d'échec des projets : "Il est important que vous preniez en compte, en amont, la part de "risque" que comporte tout projet en phase de conception ou de pré-production : certains projets sont reportés, d'autres tout simplement (et malheureusement) annulés. Vous pouvez dans tous les cas contacter le porteur de projets (...) afin qu'il vous fournisse plus d'explications."

75% des projets sont retardés ou abandonnés

Selon une étude menée par Ethan Mollick à l'Université de Pennsylvanie sur plus de 48 500 projets de Kickstarter ayant recueilli plus de 237 millions de dollars de dons, 75% des produits proposés sur les plateformes de crowdfunding sont délivrés avec retard ou même totalement abandonnés. Le professeur précise que la grande majorité des porteurs de projets font tout leur possible pour remplir leurs obligations. Mais les problèmes inattendus et les besoins de financement sous-estimés mettent à mal les efforts fournis.

En mai 2012, plus de 1 200 internautes ont investi près de 29 000 dollars sur Kickstarter pour soutenir la création d'un jeu vidéo multi-joueurs, Haunts, qui devait sortir pour Halloween. Jamais il n'a vu le jour. "La situation est mauvaise", reconnaissait le porteur du projet, Rick Dakan, le 5 mars dernier dans un commentaire. "Il n'y a aucun progrès sur le jeu, bien que nous ayons beaucoup travaillé". Le programmeur des débuts a abandonné le projet et celui qui le remplace ne parvient pas davantage à régler les problèmes techniques. "Je n'ai pas gagné un centime et j'ai investi dans la société des milliers de dollars de ma poche", précise Rick Dakan. Il a décidé de rembourser les soutiens qui le lui réclament, bien qu'il n'y soit pas obligé. "Je suis mortifié de voir comment le projet a tourné, et je vous prie de bien vouloir m'en excuser", conclue-t-il amèrement.

Le succès inespéré rencontré par certains projets peuvent aussi submerger ses créateurs. Quatre étudiants à l'origine d'un projet de réseau social alternatif à Facebook, Diaspora, ont réussi à lever, en juin 2010, 200 000 dollars sur la plateforme, grâce à 6 500 internautes. Mais au bout de trois ans, par manque de temps et après avoir rencontré de nombreuses difficultés, ils ont décidé de donner le contrôle du code à leur communauté et de se mettre en retrait.

Entre échec et arnaque, la frontière est mince

Même les réussites les plus connues du crowdfunding ont du mal à tenir leurs promesses. La montre connectée Pebble, qui a levé plus de 10,2 millions de dollars sur Kickstarter n'arrive pas à tenir le rythme de ses commandes. Sur le site fleurissent chaque jour des commentaires de backers qui n'ont jamais reçu leur montre et ne parviennent pas à joindre la société, complètement saturée.  

Difficile, parfois, de faire la différence entre un échec et une fraude intentionnelle. Si les plateformes tentent de faire un tri préliminaire et comptent sur les internautes pour leur signaler tout produit douteux, certains parviennent à passer entre les mailles du filet. L'exemple le plus connu est celui des paires de lunettes Eyez par ZionEyez, supposées diffuser de la vidéo en streaming sur Facebook. Elles ont levé plus de 343 000 dollars en 2011 et devaient être livrées avant la fin de la même année. Près de deux ans plus tard, aucun produit n'a été envoyé et les créateurs ont cessé de s'exprimer depuis avril 2012. Dans les commentaires, les internautes s'insurgent contre la déresponsabilisation de Kickstarter et demandent des comptes. En attendant un cadre juridique plus précis, c'est le seul moyen pour eux de protester.

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