3G & 4G dans le métro parisien : les raisons d'un fiasco

3G & 4G dans le métro parisien : les raisons d'un fiasco Après avoir pris plusieurs années de retard, la RATP met les bouchées doubles pour déployer la 3G et la 4G dans le métro parisien. Pas certain toutefois qu'elle parvienne à tenir des engagements déjà maintes fois reportés.

Cela s'appelle un serpent de mer. Lancé en 2012, le déploiement de la 3G et de la 4G dans le métro parisien devait être achevé fin 2015. Puis fin 2016 et, enfin, fin 2017. Las, la RATP nous apprenait fin décembre dernier qu'il lui faudrait encore deux ans de plus pour l'achever d'ici fin 2019...

Un déploiement dont l'Arcep s'était porté garante en juillet 2016 en présence d'Elisabeth Borne, alors présidente de la RATP et actuelle ministre des Transports. Certes, ce projet qui implique naturellement les quatre opérateurs mobiles (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) est particulièrement ambitieux dans un des métros les plus anciens et les plus maillés au monde, qui plus est avec des espaces techniques extrêmement rares et mal climatisés, notamment les fameux locaux où sont installés les infrastructures cellulaires (antennes, câbles, répartiteurs, multiplexeurs). Résultat, la 3G et la 4G (dont le déploiement est beaucoup plus complexe que celui de la 2G) seraient accessibles aujourd'hui sur environ un tiers des 365 stations du réseau, selon la RATP. 

La RATP initialement trop gourmande en redevances

Ce déploiement est aussi contrarié par la bataille commerciale que se sont longtemps livrés les opérateurs avec la RATP, les premiers accusant la seconde de leur demander des redevances beaucoup trop élevées. Pour pacifier cette situation, la RATP a d'abord confié à SFR la maîtrise d'œuvre unique du réseau en 2011. Changement de pied en 2014 lorsque l''opérateur de transport réattribue cette même maîtrise d'œuvre à France Télécom. Avant que la RATP reprenne progressivement les choses en main, notamment à travers sa filiale Telcité spécialisée dans les infrastructures et l'ingénierie télécoms.

Autres dysfonctionnements, la profusion anarchiques d'interlocuteurs au sein même de la RATP. Le grand patron du déploiement est depuis 2017 Michel Cordival, le directeur des systèmes d'information (DSI) et des télécommunications, un transfuge de TF1 et de Bouygues Telecom. Mais il doit composer avec Telcité, pilotée par Bertrand Lenoir. Il doit aussi faire avec un empilement de structures qui vont de la présidence du groupe, aujourd'hui dirigé par Catherine Guillouard, la direction générale, la direction de la connectivité et de l'Internet des objets (IoT), la direction de la stratégie, la direction voyageurs, etc. "Une jolie cacophonie" assure un observateur extérieur, pour qui " il y a visiblement trop de monde sur ce projet, mais pas assez d'expertise"...

Une "smart city" menacée ?

Difficile dans ces conditions de faire décoller à court terme le concept de "smart city" en vue des Jeux olympiques de 2024. Un projet cher à Anne Hidalgo, la maire de Paris, qui est pourtant au cœur du dossier de candidature de la capitale. Pourtant, les grands événements sont souvent l'occasion de booster les infrastructures, un peu comme avec les JO de Londres en 2012 même si ce sont surtout les emprises Wi-Fi des stations de métro, beaucoup plus que le réseau lui-même, qui en ont bénéficié. Sollicités par le JDN, aucun dirigeant de la RAPT n'a souhaité s'exprimer publiquement, pas davantage que les opérateurs cellulaires.

Evidemment, pour les métros plus modernes (Tokyo, Séoul, Hong Kong), les choses sont plus simples. Surtout quand il n'y a que quelques lignes à desservir comme à Barcelone et avec un nombre d'opérateurs restreint. Inversement, les contraintes techniques sont beaucoup plus fortes à Paris, comme à New York d'ailleurs. D'abord, la profondeur des lignes, ensuite l'exiguïté, le confinement du réseau métropolitain et le manque de locaux techniques. "Au départ, les opérateurs compensaient avec une puissance d'émission accrue de leurs BTS (40 ou 60 watts au lieu des 20 watts habituels). Vu les problèmes de climatisation et d'évacuation de cette chaleur, les locaux techniques se transformaient en sauna", se souvient un acteur du dossier.

Aujourd'hui, les protagonistes ont choisi de mutualiser, autrement dit de partager leurs équipements passifs. Une opération qui ne fait pas l'unanimité pour autant. "Le mieux consisterait à mutualiser tous les équipements actifs", explique Stéphane Lelux, président-fondateur du cabinet Tactis, spécialisé dans les infrastructures télécoms et les territoires intelligents, tout en préconisant la désignation d'un opérateur neutre comme à New York avec toutes les BTS sur un même multiplexeur dans chaque station et un raccordement en fibre optique opéré par ce même opérateur avec quelques hôtels d'hébergement en surface. C'est d'ailleurs ce principe qui a été retenu pour le futur métro du Grand Paris Express de la Société du Grand Paris (SGP), dont le financement est actuellement dans le collimateur de la Cour des comptes.

Possible éclaircie d'ici à fin 2019

En attendant, le nouveau plan de couverture 3G et 4G de la RATP (dix millions de voyageurs par jour) prévoit notamment de poursuivre son déploiement dans le "noyau dur" des soixante plus grandes stations parisiennes au premier trimestre 2018, puis dans soixante stations supplémentaires au second trimestre de cette année. Au total, un millier de nouvelles BTS doivent être installées pour un objectif de maillage enfin complet avant fin 2019. Côté investissements , le coût du projet est gardé secret, mais atteindrait plusieurs dizaines de millions d'euros sur la période. 

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