La blockchain est-elle l’équivalent du radium au XIXe siècle ?

Mystérieuse, brillante, en vogue... la blockchain a plusieurs points communs avec le radium, découvert par Pierre et marie Curie au XIXe siècle.

Fin du XIXe siècle, à Paris, Marie et Pierre Curie découvrirent le radium, un élément chimique fascinant. Fournissant une chaleur douce sans aucune énergie externe, le radium brillait dans la nuit. Il devint rapidement un produit miracle, destiné à toutes sortes d’usage.  Utilisé dans les peintures fluorescentes, le radium entrait aussi dans la composition des crèmes de beauté, des shampoings et de dentifrices, la publicité présentant ce produit comme une fontaine de jouvence.

La blockchain va-t-elle vraiment tout changer ?

La technologie blockchain semble parfois similaire au radium en son temps. Elle est mystérieuse, brillante et fondamentalement en vogue.  Selon ses fans, la blockchain et les smart contracts qu’elle permet pourrait remodeler entièrement les secteurs de la finance et de l'assurance, et dans une plus large mesure tout type d'entreprise nécessitant des transactions sécurisées. Des milliards ont été investis. Les principales institutions financières ont rejoint la course. Est-ce que cela prouve que les blockchains ouvrent une nouvelle ère technologique ? Peut être pas. 

La mode du radium, dangereusement radioactif, fut de courte durée. Les femmes qui utilisaient des peintures au radium dans l'industrie horlogère développèrent des cancers de la mâchoire. Marie Curie mourut de la leucémie en 1934. Dans les années 1970, le produit fut finalement interdit.

La technologie de la blockchain n'a pas généré de catastrophe, mais elle soulève des questions. Acheter avec des bitcoins est lent et complexe. De nouveaux systèmes comme le litcoin ou le Ripple existent mais pour la plupart, ils exigent une forte puissance de calcul, chaque transaction étant validée par plusieurs acteurs différents, les "mineurs". Le bitcoin assez peu performant est une catastrophe environnementale puisqu’il consommerait autant que la population islandaise en électricité. Sur le plan financier, la bulle enfle et certains financiers aventureux créent même des produits dérivés sur les crypto-monnaies. Ce n'est pas une bonne nouvelle. Les régulateurs pourraient bientôt mettre fin à ce casino, détruisant ainsi les fortunes virtuelles payées avec de l'argent réel. 

La blockchain : un équilibre instable ?

Les rêves liés à la blockchain viennent de sa capacité à sécuriser les transactions, une fonction qui peut déjà être gérée par des systèmes centralisés, d'une manière très efficace. Visa et MasterCard peuvent gérer des millions de transactions par seconde beaucoup plus que le bitcoin. La blockchain est sans conteste une révolution mais son champ d'application pratique reste limité. Le ripple peut certainement concurrencer le vieillissant Swift qui gère les virements internationaux mais il restera un outil de transactions. Les industries comme l'assurance reposent sur de nombreuses compétences et des processus complexes qui ne seront pas améliorés par les blockchains, ni par les smart contracts. 

La vague de la blockchain se nourrit d’un mélange d'idéologies, de pensées magiques et de cupidité. Elle séduit à la fois les spéculateurs, les libertariens et les cyberpunks anticapitalistes. Ce cocktail d'illusions pourrait être nocif. Prévoir l'avenir technologique est toujours délicat. Le radium s'est avéré utile pour certaines applications spécifiques, en particulier en radiologie médicale. Le travail sur le radium a permis aussi des avancées considérables dans le domaine du nucléaire en général. Les blockchains vont évidemment trouver leurs usages, mais ils seront probablement de ce que l’on anticipe aujourd’hui. 

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