Les plateformes d'échanges de crypto-monnaies parées pour un krach ?

Les plateformes d'échanges de crypto-monnaies parées pour un krach ? La dégringolade du bitcoin ces dernières semaines désole les néo-investisseurs. Mais Binance, Bitstamp et autre Coinbase, eux, restent sereins... et ont même quelques raisons de se réjouir !

Certains parlent de krach, d'autres de correction. Le marché des crypto-monnaies a enregistré une baisse de 50% entre le 7 janvier et le 7 février (à midi). Le cours du bitcoin a perdu plus de 57% de sa valeur sur cette période, passant de 18 000 à 7 700 dollars. L'ether, deuxième crypto-monnaie en termes de valorisation, a perdu 30% en un mois. De quoi limiter l'engouement des investisseurs mais qu'en est-il des plateformes d'échanges ? Etaient-elles prêtes à supporter une telle baisse et pourront-elles en supporter une nouvelle ?

"C'est l'horreur", plaisante Alexis Roussel, fondateur de la plateforme suisse Bity, que le JDN a contactée le 6 février (date à laquelle le bitcoin était passé sous les 7 000 dollars). "Les utilisateurs ne se débarrassent pas plus de leurs crypto que d'habitude. Il y a toujours eu des gens pour acheter. Si certains paniquent, ce n'est pas une majorité des utilisateurs", souligne-t-il. Un argument non vérifiable mais confirmé par un analyste du groupe bancaire Swissquote. "Les investisseurs en crypto-monnaies mettent l'argent qu'ils ont et qu'ils sont prêts à perdre, donc il y a peu de risques que les clients soient en negative equity (termes surtout utilisé dans l'immobilier qui définit une situation dans laquelle se trouve un emprunteur quand le prix de vente de son bien ne lui permet pas de rembourser son crédit en totalité, ndlr)", explique Arnaud Masset.

"Les utilisateurs ne se débarrassent pas plus de leurs crypto que d'habitude"

Le dirigeant de Bity assure même que le volume d'échanges continue de monter normalement, comme à chaque krach ou mini-krach. "Il y a trois ans, quand il y a eu une correction de 90%, on a aussi enregistré plus de volumes. C'est un grand classique quand les prix bougent, c'est là que les gens entrent et sortent en termes de position", précise-t-il sans révéler le nombre quotidien ou mensuel de transactions effectuées sur sa plateforme. Cependant, il confirme que le mois de de janvier "a plutôt été un mois de vente". 

Comme le montre le graphique ci-dessous, le volume d'échanges de bitcoins sur les principales plateformes a continué d'osciller sans mouvement important entre le 10 décembre 2017 (date à laquelle bitcoin était aux alentours de 15 000 dollars et n'avait pas encore atteint les 19 000) et le 5 février 2018. Il n'a pas non plus augmenté de manière forte ces dernières semaines.

Le volume d'échanges en bitcoins sur les principales plateformes d'échanges de crypto-monnaies. Cliquez pour zoomer. © Capture d'écran Blockchain.info

Côté trésorerie, les plateformes seraient prêtes à survivre à n'importe quel krach ou correction. "Elles se sont tellement remplis les poches ces derniers mois qu'elles n'ont aucun risque de manquer de cash", estime Arnaud Masset. La plus grande plateforme américaine Coinbase a ainsi enregistré un chiffre d'affaires d'1 milliard de dollars en 2017. Elle a également levé 100 millions de dollars en août dernier. Trois mois après son lancement, la plateforme asiatique Binance avait déjà réalisé 7,5 millions de dollars de bénéfices. Alexis Roussel confirme lui aussi la bonne santé de Bity. "On ne donne pas de nombre de transactions moyens mais je peux vous dire que ça augmente chaque année. Ces deux derniers mois, on a même doublé notre base d'utilisateurs", précise-t-il. Du côté du Japonais bitFlyer, qui s'est lancé en Europe le 22 janvier dernier, "nous sommes très satisfaits de nos débuts. Les volumes de transactions n'arrêtent pas d'augmenter de jour en jour", révèle Andy Bryant, COO de bitFlyer Europe. 

La baisse brutale de ces dernières semaines a également permis d'engranger encore plus de cash. "Cette situation nous permet d'augmenter notre masse monétaire", affirme Alexis Roussel. "A très court terme, les plateformes ont des gains supplémentaires puisque chaque mouvement donne lieu à une commission", rappelle Julien Maldonato, associé conseil en industrie financière chez Deloitte. Les frais par transaction sont compris entre 0,1 et 10%, selon les plateformes. "Le pire qui peut leur arriver est que le prix ne bouge pas", résume Arnaud Musset. Car pas de mouvement, moins d'échanges. L'analyste note tout de même un risque. "Les fees sont prélevés en monnaie virtuelle, il faut dont les convertir en euros ou en dollars, donc quand les prix sont bas c'est moins intéressant."

"Le pire qui peut leur arriver est que le prix ne bouge pas"

Lors de krachs ou de corrections, les plateformes d'échange ont aussi un challenge d'ordre technique à relever. Si les ordres passés augmentent, les systèmes informatiques sont plus sollicités. Alexis Roussel assure avoir réussi à améliorer la charge face à la forte demande d'utilisateurs enregistrés ces deux derniers mois. "Quand le marché a commencé à augmenter cet été, des sites ont eu peine à maintenir leurs infrastructures et leurs flots de données. Ils ont donc dû investir massivement ces derniers mois. Maintenant ils sont au point", observe Arnaud Musset. "Nous avons enregistré un pic pendant lequel on a reçu plus de 100 000 nouvelles demandes de nouveaux clients par jour. Nous avons donc quadruplé nos équipes techniques et nous continuons encore à recruter des gens. Nous avons également implémenté une nouvelle technologie pour automatiser des éléments de notre processus d'onboarding", détaille au JDN Nejc Kodrič, CEO de Bitstamp. "Nous avons beaucoup investi dans nos infrastructures et nos serveurs. Nous sommes désormais prêts à nous adapter aux larges volumes d'échanges", ajoute de son côté Andy Bryant. 

Seule exception : Coinbase. La plateforme américaine a brusquement suspendu l'achat et la vente de crypto-monnaies en décembre dernier. C'était le 22 décembre, le cours du bitcoin venait de chuter de 20%...

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