Les objets connectés, nouveau champ de bataille de Mastercard et Visa

Les objets connectés, nouveau champ de bataille de Mastercard et Visa Les deux systèmes de paiement multiplient les partenariats dans l'automobile, la santé ou encore la mode. Objectif : connecter le plus d'objets possibles.

La carte bancaire va disparaître. C'est en tout cas ce que pensent Mastercard et Visa. Les deux misent de plus en plus sur le paiement mobile et les objets connectés. Les montants de leurs investissements dans ces secteurs ne sont pas connus mais tous deux ont multiplié les annonces et expérimentations ces derniers mois, en particulier dans les objets connectés. "Ils mènent des actions pour connecter n'importe quel objet à leurs systèmes de paiement. Ce n'est pas étonnant car selon les derniers chiffres de Gartner, il y aura près de 21 milliards d'objets connectés en 2020", indique Christian Laroche, managing director cards & payments au sein du cabinet spécialisé dans les moyens de paiement Azzana consulting.

"Notre but est qu'une carte plastique soit dupliquée dans tous les objets, que ce soit un téléphone, une montre, un bracelet…", confirme Olivier Gabrielli, responsable produit, innovation et paiements digitaux chez Mastercard France. selon le cabinet Juniper, 53% des transactions mondiales en points de vente s'effectueront avec le sans contact (mobile ou objets connectés) d'ici cinq ans, contre 15% en 2017.

"Notre but est qu'une carte plastique soit dupliquée dans tous les objets, que ce soit un téléphone, une montre, un bracelet…"

Pour capter rapidement de nouvelles parts de marché, les deux acteurs communiquent à tout-va. Visa a frappé un grand coup en se positionnant sur les Jeux olympiques 2018 de Pyeongchang. Les spectateurs et athlètes pouvaient se procurer des pin's, gants et autocollants dotés de la technologie sans-contact. Ils pouvaient ainsi régler leurs achats sur n'importe quel terminal équipé de cette technologie. Le groupe avait eu recours à la même initiative (une bague seulement) au Superbowl en 2017. Autre grand terrain de communication : le Mobile World Congress, un des plus grands salons de la téléphonie mobile qui attire chaque année plus de 100 000 visiteurs à Barcelone. En février dernier, les deux géants américains ont rempli leurs stands d'objets connectés, de la voiture à la montre en passant par la bague.

Ces nouveaux moyens de paiement n'auraient pas vu le jour sans d'indispensables partenaires. "Visa et Mastercard se sont alliés à ceux qui maîtrisent très bien les objets connectés. Ils ne font qu'apporter le système de paiement", précise Christian Laroche. Dans l'univers de la maison, Mastercard a co-construit une application qui permet aux consommateurs de commander leurs courses directement depuis un réfrigérateur Samsung. Dans l'automobile, Visa s'est associé à Bentley, pour permettre aux conducteurs de payer depuis leur véhicule l'essence ou le parking. "Le paiement embarqué sera opérationnel d'ici 18 à 24 mois", assure Bill Gajda, global head, innovation & strategic partnerships chez Visa.

Les deux sociétés ont aussi misé sur les fabricants de montres et bracelets connectés Fitbit et Garmin, qui représentaient 87% du marché fin 2016, selon Kantar. Ces derniers ont pris la décision en octobre 2018 de doter d'une capacité de paiement tous leurs objets. "Nous allons annoncer dans les semaines à venir de nouveaux partenariats pour élargir la base utilisateurs. Il y aura notamment d'autres marques de montres", révèle Olivier Gabrielli. Voici un récapitulatif des partenariats connus de Mastercard et Visa dans les objets connectés.

Les partenariats connus de Mastercard et Visa dans l'IoT
  Mastercard Visa
Automobile General Motors Bentley, Honda 
Fitness Fitbit Pay, Garmin Pay Fitbit Pay, Garmin Pay
Grande consommation Fresh Direct, ShopRite, Samsung   
Intégrateur FitPay, Digiseq, Fidesmo, G+D Mobile Security FitPay, Gemalto, G+D, Infosys,, Inside Secure, Rambus, Digiseq, FOO, Pri-Num, Seglan
IA   IBM Watson IoT
Mode  Ringly, Curve   

Mastercard et Visa ne se cantonnent pas à des partenariats grand public. Ils cherchent également à s'associer avec les intégrateurs de technologie. Visa a choisi un partenaire de taille : IBM Watson IoT. Pour lui, c'est une mine d'or. "Nous avons choisi IBM Watson pour ses capacités en termes d'analytics. Leurs équipes vont nous permettre d'extraire toutes les données de transactions, en masse. Grâce à cela, on pourra développer des programmes IoT solides", indique Vish Sowani, global innovation et strategic partnerships chez Visa.

On ne trouve pas de gros partenaire du côté de Mastercard car ce n'est pas une priorité. "Nous ne privilégions pas les gros ou petits acteurs pour faire des partenariats mais nous cherchons à collaborer avec des entreprises qui n'ont pas vocation à faire du paiement", commente Olivier Gabrielli. L'entreprise américaine a récemment annoncé sa collaboration avec Digiseq, fournisseur de technologie sans contact pour les wereables, et la banque néerlandaise ABN AMRO. Les 500 clients en test de la banque seront équipés d'un objet connecté (bague, montre, bracelet, porte-clefs) pour effectuer des achats via le sans-contact.

"Mastercard privilégie les partenariats  avec des entreprises qui n'ont pas vocation à faire du paiement"

Pour faciliter les accords de partenariat, les deux géants se battent sur le terrain de la tokenization. Cet anglicisme est un standard de sécurisation du paiement. Au lieu d'effectuer un paiement avec des données bancaires comme le numéro de carte et le cryptogramme, la transaction est réalisée avec un token (une suite de chiffres non interprétables). Chacun des deux acteurs a donc créé sa plateforme de tokenization il y a quelques années (à l'origine pour l'arrivée d'Apple Pay.) Avec le développement des objets connectés, Mastercard et Visa ont accéléré leurs projets. Mastercard a ouvert une plateforme dédiée aux objets connectés dès 2015. Visa a fait de même début 2016.

Même si la technologie est prête, il reste encore des barrières. Pour Visa, il faut régler la question du prix. "Vous ne pouvez pas faire payer une commission de 10 centimes pour une transaction d'un dollar, ça devrait plutôt être une fraction de centimes. On cherche des solutions pour améliorer tout ça", souligne Vish Sowani. Autre défi à relever : la démocratisation de ces paiements. "Il faut convaincre les consommateurs d'associer leur carte à la voiture qui permettra de payer le péage, le parking, le Mcdo…", souligne Olivier Gabrielli. "Il y a 10 ans, les gens ne payaient pas sur Internet. Cela fera la même chose avec les objets connectés. Les gens s'y mettront car ils veulent toujours plus du confort." Reste à savoir si ce sera plutôt avec une bague, une montre ou une voiture.

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