La gestion de trésorerie, nouvelle machine à cash de la fintech

La gestion de trésorerie, nouvelle machine à cash de la fintech Les start-up dépoussièrent un marché peu séduisant mais conséquent, et forcent les banques à se mettre à niveau.

En France, une entreprise meurt toutes les 33 minutes en raison de problèmes de trésorerie. Une des raisons principales : les délais de paiement. Selon le rapport annuel de l'Observatoire des retards de paiement, ce fléau concerne près d'un tiers des entreprises, et les plus impactées sont les PME. Le ministre de l'Economie Bruno Lemaire avait pendant un temps envisagé d'inscrire de nouvelles mesures pour lutter contre ces retards dans le projet de loi Pacte mais a finalement renoncé. C'est donc aux entreprises de trouver des solutions pour mieux gérer leurs trésoreries. Des fintech spécialisées sont apparues pour pallier ce problème dont les entrepreneurs ne sont pas toujours conscients.

La relance et le scoring des clients

"Quand une entreprise envoie une facture à son client, elle ne pense pas au délai de paiement, qui peut varier entre 30, 60 ou 90 jours. Parfois, elle oublie de le relancer ou même d'être payée", rappelle Mathias Eleaume, fondateur de Clearnox, une société qui permet aux TPE et PME d'optimiser le suivi, la relance et le paiement des factures de leurs clients. "Résultat, une entreprise a en moyenne 15% de son chiffre d'affaires dehors." Clearnox a développé une dizaine de fonctionnalités comme l'automatisation de la relance, le scoring et le suivi de mauvais payeurs, l'envoi de relances personnalisées et groupées ou encore la prévision des encaissements. Et de rendre le tout accessible. "Nous avons fait le choix d'employer des formules simples. Au lieu de marquer "à échoir", "échu", il est écrit "votre client vous doit tant d'argent". C'est bien plus adapté pour un patron de PME", estime le patron de la start-up.

Pour faciliter encore plus la vie des entrepreneurs, cette société de 20 salariés permet d'interconnecter sa solution avec des logiciels comptables dont Sage. Résultat : pas besoin de ressaisir ses factures sur Clearnox, tout est automatisé. Aujourd'hui, la fintech  tourangelle assure faire gagner en moyenne 50% de trésorerie à ses clients. Elle revendique 150 clients PME-ETI et gère 300 millions d'euros d'encours. La société souhaite désormais réaliser une levée de fonds "pour accélérer et aller sur d'autres marchés comme l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre", précise Mathias Eleaume. 

Le renouveau de l'affacturage

Il existe une autre façon de mieux gérer sa trésorerie : l'affacturage. Cette solution de financement consiste à céder ses créances à un organisme financier (le factor). En échange de cette cession, l'organisme verse à l'entreprise une partie du montant des factures cédées. En 2017, le montant des créances prises en charge par les factors français a atteint le niveau record de 291 milliards d'euros, en augmentation de 8,4% par rapport à 2016.

Cette technique existe depuis plusieurs années mais les fintech ont décidé de s'y attaquer. Une de plus connues en France est Finexkap. Lancée en janvier 2015, cette start-up qui compte 1 000 clients TPE-PME, propose de financer des factures dans la journée. Tout le processus est digitalisé. Il suffit de déposer ses factures et justificatifs numériques au sein de la plateforme et Finexkap s'occupe du reste (elle finance les factures via une société de gestion qu'elle a créée). Contrairement aux factors traditionnels, elle ne facture pas de frais de dossier, de frais de renouvellement ou de frais de résiliation. Elle applique un pourcentage compris entre  1,9 et 4,8% du montant nominal des factures cédées. "Il dépend du profil de l'entreprise. Plus il est risqué et plus il est cher. En moyenne, un client Finexkap paie ente 2 et 2,5%", indique Cédric Teissier. Les tarifs des factors traditionnels sont quant à eux difficiles à connaître car ils dépendent de davantage de facteurs. 

"En moyenne, un client Finexkap paie ente 2 et 2,5% du montant nominal des factures cédées"

Le patron de Finexkap constate une nouvelle dynamique dans le secteur depuis quelques mois. "On enregistre une croissance de 15% par mois en termes de volumes et des croissances très fortes sur certains types de plateformes. Par exemple, les créances des plateformes de freelances comme Malt ou Comet connaissent une hausse de 30% chaque mois. ", illustre Cédric Teissier.

En 2017, Finexkap a multiplié les partenariats avec les marketplaces ou éditeurs de logiciels (comptabilité, gestion, facturation électronique…). Elle s'interface avec la plateforme et propose le financement d'une facture via l'environnement du partenaire. "Aujourd'hui, on investit peu dans le site mais dans cette  stratégie BtoBtoB. Nous cherchons à identifier des logiciels avec une masse critique d'utilisateurs", explique Cédric Teissier. Grâce à ce nouvel écosystème, la fintech espère financer 180 millions d'euros de factures en 2018, l'équivalent de ce qu'elle a réalisé en trois ans.

Pour ne pas être à la peine et se conformer à la loi Macron (qui obligera toutes les entreprises à émettre des factures électroniques d'ici 2020), les acteurs traditionnels se sont mis au digital. Crédit Agricole a lancé son offre en octobre dernier. Baptisée Cash In Time, elle s'aligne sur Finexkap sur plusieurs points, à savoir la dématérialisation des factures, la disponibilité des fonds en 24 heures, aucun frais supplémentaire… mais pas sur les prix puisque qu'elle prélève un taux universel de 3,5% du montant TTC. En six mois, cette offre a séduit 6 200 clients pour un chiffre d'affaires factoré de 82 millions d'euros.

HSBC Factoring se dirige aussi vers le tout digital. Le factor du groupe britannique (qui s'adresse principalement aux grands comptes) lancera en septembre prochain une plateforme sur laquelle les entreprises pourront déposer leurs factures et justificatifs (bons de transport, bons de commande…) sous format dématérialisé. Et tout sera sécurisé par signature électronique. Jusqu'ici le factor permettait seulement le dépôt des factures scannées sur son site HSBC.net. "Cette nouvelle plateforme évitera les double-remises de factures et limitera la fraude, qui est un risque majeur en affacturage. Le processus sera aussi plus rapide car les documents seront intégrés automatiquement dans nos systèmes alors que cela ne concernait que 80% des cas auparavant. Et nos équipes retrouveront plus facilement les justificatifs", explique Béatrice Collot, directrice de l'affacturage chez HSBC France.

Bien gérer l'excédent

Toutes les entreprises n'ont pas de soucis de trésorerie. Certaines ont même la chance d'être excédentaires... mais n'en profite pas toujours. La fintech FinAvenue leur propose de faire fructifier leurs excédents en les plaçant dans des fonds. Elle recense aujourd'hui 5 000 fonds appartenant à 300 sociétés de gestion. La plateforme classe les fonds en fonction des critères de l'utilisateur et retranscrit le tout sous forme de graphiques. "L'utilisateur peut voir quels fonds sont les plus performants, ceux qui sont les plus risqués et ceux qui ont les plus gros encours", explique Alexandre Péroux, CEO de la start-up.

"Une fois qu'il clique sur un fonds, il peut avoir accès à plus d'informations techniques. Quand il a fait son choix, il peut passer l'ordre et on exécute pour le compte du client", ajoute-t-il. FinAvenue permet également de programmer des alertes sur les fonds pour aider les entreprises à mieux suivre leurs investissements dans le temps. Côté business model, la fintech touche les rétrocessions de la part des producteurs du fonds (ce qui est indolore pour le client) et facture au client un pourcentage calculé sur l'encours trimestriel. Depuis son lancement en 2017, la plateforme a processé 350 millions d'euros de trésorerie d'entreprises de toute taille. Elle prévoit une levée de fonds en seed en 2018.

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