Les professionnels, nouvelle cible des néobanques

Les professionnels, nouvelle cible des néobanques Les stars du secteur Revolut et N26 enrichissent leurs offres pour les entreprises et freelances tandis que des néobanques BtoB débarquent sur le marché.

Les particuliers ne leur suffisent pas. Les néobanques veulent aussi conquérir les professionnels. N26 et Revolut ont lancé discrètement leurs comptes business il y a quelques mois. Et souhaitent désormais le faire savoir. Revolut a récemment lancé Revolut Connect, une sorte d'app store qui permet aux entreprises de se connecter à des outils de comptabilité, de gestion, de conseil ou encore de communication interne. Slack, Xero ou en encore Zapier peuvent être interfacés avec le compte business de Revolut. D'autres applications comme Sage sont à venir. Alors que Revolut privilégie les produits faits maison pour le BtoC, sa stratégie est à l'opposé pour le BtoB. "Les besoins des entreprises sont spécifiques par secteur, et des produits spécialisés savent les servir. Nous n'avons aucun intérêt à forcer ce changement et préférons offrir une interopérabilité", explique Benjamin Belais.

Ce nouvel outil fait partie de Revolut For Business, une offre pro similaire à celle des particuliers (comptes courant disponibles en 25 devises, cartes bancaires gratuites, virements internationaux avec le taux de change interbancaire réel…) mais avec une API qui permet aux entreprises d'automatiser des tâches quotidiennes comme les paiements commerciaux internationaux ou le versement des salaires. "Chaque entreprise a un tableau de bord qui lui permet de savoir qui dépense quoi en direct", résume Benjamin Belais, general manager France de Revolut.

"En un an, Revolut a conquis 60 000 entreprises en Europe dont 10 000 en France"

En un an, la start-up a conquis 60 000 entreprises en Europe dont 10 000 en France. Parmi elles, une flopée de PME et quelques grands comptes comme Emirates et Virgin Atlantic qui utilisent Revolut pour leur plein d'essence à l'international. La fintech britannique cible en fait toutes les entreprises exposées au taux de change et celles qui ont des problématiques de gestion de cartes (Revolut fournit un nombre de cartes illimitées). Quatre formules sont proposées allant de 7,90 à 1 100 euros par mois, en fonction du flux mensuel entrant. "L'abonnement est facilement rentabilisé par les économies. Depuis un an, nous avons déjà fait économiser 14 millions d'euros de frais bancaire à nos entreprises clientes par rapport à un acteur traditionnel", souligne Benjamin Belais. 

Pour attirer les clients professionnels, Revolut noue aussi des partenariats avec des plateformes. Début juin, la société s'est associée au VTC SnapCar, ce qui permet aux chauffeurs de transférer dès le lendemain le montant de leurs courses depuis leur compte SnapCar vers leur compte Revolut for Business. "Nous sommes en discussion avec d'autres plateformes, VTC et autres", confie Benjamin Belais, sans donner de noms.

De son côté, N26 est moins avancée. La fintech allemande a lancé simultanément son offre pour particuliers et professionnels (freelances et autoentrepreneurs) en France en janvier 2017. Mais elle ne permet pas encore aux personnes morales d'ouvrir un compte chez N26. "C'est dans les tuyaux mais ce n'est pas pour tout de suite car nous nous focalisons sur le BtoC", glisse Jérémie Rosselli. "Nous avons prévu d'y aller progressivement car ce n'est pas simple de construire un produit pan-européen dans le BtoB. Il y a plus de problématiques locales notamment concernant le KYB (know your business, processus de vérification de l'identité d'un client, ndlr)." La néobanque ne communique le nombre de clients business français ou européen.

Shine s'est associée à une vingtaine d'acteurs, dont Deliveroo et UberEats

Les grosses néobanques étrangères n'ont pas le monopole sur le marché des professionnels. Depuis quelques mois, des acteurs spécialisés se sont lancés. C'est le cas de Shine, néobanque française dédiée aux freelances, lancée en février dernier. En plus de proposer un compte professionnel, Shine met à disposition de ses clients un assistant administratif personnel, pour partie automatisé, pour partie avec des conseillers humains, qui aide à créer un statut d'entreprise, effectuer des prévisions de charges, éditer des factures ou encore faire des relances client. Le service est entièrement gratuit et sans engagement. La fintech tire uniquement ses revenus des commissions d'interchange. Cependant, la jeune pousse n'exclut pas de lancer une version premium pour proposer des fonctionnalités avancées ou des produits purement bancaires comme l'assurance.

La start-up française s'est associée à une vingtaine d'acteurs dont Deliveroo, UberEats ou encore la plateforme de freelances tech Comet. Contrairement à Revolut, Shine a créé des produits en propre "pensés pour les indépendants". "Souvent les produits bancaires sont d'abord pensés pour le grand public puis proposés avec quelques adaptations aux professionnels. C'est une erreur car un freelance a besoin de beaucoup plus de fonctionnalités", argumente Nicolas Reboud, CEO de Shine.

"Qonto créera des produits avec des partenaires pour des offres d'assurance et de crédit"

En quatre mois, Shine a séduit 15 000 clients. Parmi eux, des livreurs, chauffeurs, développeurs, consultants, majoritairement des freelances de moins de 40 ans. "Ils réalisent l'intégralité de leur chiffre d'affaires sur Shine", affirme Nicolas Reboud. La start-up vise les 100 000 clients (il y a 2,8 millions d'indépendants en France) fin 2018 et compte s'exporter en Europe dès 2019.

Shine n'est pas le seul sur le marché français. Qonto, néobanque pour TPE/PME et indépendants, s'est lancée en juillet dernier, tout comme Manager.one, start-up créée par SagaCorp et la banque Wormser Frères. Les deux jeunes sociétés proposent une interface ergonomique, des fonctionnalités adaptées aux professionnels comme la simplification de la comptabilité. Qonto propose trois tarifs différents en fonction du nombre de salariés dans une entreprise, et Manager.one propose un tarif unique de 29,90 euros par mois.

Qonto vient juste de passer la barre des 20 000 clients. Mais deux tiers des entreprises gardent un compte bancaire traditionnel. Les néobanques professionnelles, comme leurs cousines BtoC, n'ont pour l'instant pas tous les produits recherchés par les entreprises comme le crédit et l'assurance. C'est en partie dû à leur statut. Qonto a par exemple un agrément d'établissement de paiement, ce qui la cantonne à ce secteur. "Nous créerons des produits avec des partenaires pour des offres d'assurance et de crédit. Et nous continuerons à développer des produits en propre. Nous intégrerons prochainement la possibilité d'encaisser les chèques et un algorithme de prévision de trésorerie", dévoile Alexandre Prot, cofondateur de Qonto. Comme Shine, Qonto compte se lancer fin 2018 ou début 2019, dans plusieurs pays européens. Pour y parvenir, elle cherche à lever des fonds d'ici la fin de l'année.

  Lancement en France Statut Tarification Nombre de clients
N26 Business (Allemagne) Janvier 2017 Licence bancaire Gratuit NC
Manager one (France) Juillet 2017 Licence bancaire (partenariat avec la banque Wormser Frères) Abonnement unique à 29,99 euros par mois NC
Qonto (France) Juillet 2017 Etablissement de paiement Quatre abonnements (9, 29,99 et 299 euros) en fonction du nombre d'utilisateurs 20 000
Revolut for Business (Royaume-Uni)  Juin 2017 E-money licence Quatre abonnements (6,99, 25, 100, 1 000 livres par mois) en fonction du flux mensuel entrant 60 000
Shine (France) Février 2017 Agent prestataire de services de paiement Gratuit 15 000

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