Assurance à la demande : des offres... mais peu de demande

Assurance à la demande : des offres... mais peu de demande Un an après le lancement de l'assurance on-demand de la start-up Valoo, April annonce à son tour un produit permettant d'assurer des objets à la journée. Sans ambitions démesurées.

Cliquez, vous êtes assuré. C'est ainsi que l'on peut résumer le concept d'assurance à la demande qui a fait son entrée sur le marché français il y a un an avec la start-up Valoo, en partenariat avec Altima (filiale de la Maif), en mars 2018. Ce service permet d'assurer en un clic un objet (smartphones, tablettes, enceintes, appareils photo, vélos…) contre un montant compris entre 11 centimes et 1 euro par jour. Et désactiver l'assurance en un clic également. Ce jeune concept a séduit l'assureur April qui annonce au JDN le lancement en septembre prochain de son offre d'assurance à la demande. Baptisée Objhey !, elle couvre des "objets passion" comme du  matériel high tech, les instruments de musique ou encore du matériel sportif (neige et eau). La tarification n'a pas encore été fixée mais dépendra de la valeur de l'objet.

April lancera en septembre prochain son offre d'assurance à la demande

Dans un premier temps, Objhey! sera disponible pour les clients d'April Partenaires, une filiale qui commercialise les produits d'assurance dommages pour les risques particuliers et professionnels. Le groupe cherche aussi à intégrer son service chez un grand compte type opérateur de voyage ou retailer (pour compléter une extension de garantie) et chez des néobanques. "Nous discutons avec des entreprises et espérons pouvoir annoncer un partenariat avant le lancement de l'application", précise Laurence Willems, directrice de l'innovation du groupe April. Pour l'assureur français, ce nouveau service n'est pas vu comme une future manne. "C'est un service très innovant car il permet au consommateur de se libérer d'un schéma d'assurance vu comme peu flexible. Mais nous le lançons pour explorer un nouveau marché. Nous n'avons pas d'objectifs quantitatifs", indique la dirigeante. "C'est un modèle plus contraignant pour les assureurs et distributeurs car cela nous oblige à revoir nos processus de déclaration de sinistres. Sans compter que les marges sont moins grosses et qu'il y a plus de fraudes", complète-t-elle.

Pas de revenus récurrents

A ce jour, aucun autre grand acteur français n'a lancé d'offre de ce type même si "beaucoup d'assureurs sont venus nous voir depuis notre lancement pour avoir des informations", confie David Gascoin, cofondateur de Valoo. Seule la Maif, toujours via Altima, a lancé en 2016 une expérimentation d'assurance à la demande pour les deux-roues de loisirs pour une durée de 24 heures. Suite au succès du test, l'offre a été intégrée dans l'écosystème de la Maif. Concernant l'offre de Valoo, la filiale de l'assureur français n'a pas souhaité s'exprimer pour le moment. La start-up est un peu plus bavarde mais ne donne aucun chiffre. "Je peux seulement vous dire qu'un utilisateur assure plusieurs objets", indique David Gascoin. "Certains assurent des objets de façon très périodique et d'autres pour des périodes un peu plus longue, c'est très hétérogène", ajoute-t-il. On en saura pas plus.

"Un utilisateur de Valoo assure plusieurs objets"

D'après le dernier baromètre de Deloitte "Les Français et les nouveaux services financiers", les assurances à la demande suscitent l'intérêt de plus de 20% des Français (22% pour les objets de façon occasionnelle, 22% pour une habitation temporaire et 23% pour les moyens de transport occasionnels). Mais entre l'intérêt et le passage à l'acte, il n'y a pas qu'un pas. 

Par ailleurs, Valoo planche sur de nouvelles catégories d'objets et une offre tout-en-un. "Nous réfléchissons à proposer une assurance pour un package d'objets et pour une période donnée", glisse le dirigeant. Autrement dit, proposer une offre pour l'assurance de plusieurs produits électroniques (smartphone, ordinateur et tablette) ou encore du matériel de skis pour une ou deux semaines.

Le principal inconvénient de l'assurance à l'a demande est le modèle économique. Contrairement aux assurances traditionnelles qui prélèvent des mensualités ou annualités, les acteurs de l'assurance "on demand" récupèrent quelques centimes pour une ou deux journées et n'ont aucune récurrence de revenus.

L'assurance auto comme salut ?

C'est en partie pour cette raison que l'assurtech française Leocare ne s'est pas positionné sur ce créneau. "L'enjeu de création de récurrence chez Leocare est clé", insiste Christophe Dandois, son patron. La start-up, qui propose des assurances auto et habitation sans engagement et uniquement sur mobile, préfère que ses produits soient "flexibles pour que les clients soient autonomes". C'est-à-dire ajouter ou supprimer des options en temps réel. Même constat pour son concurrent Lovys, qui propose un abonnement mensuel unique pour tous les besoins en assurance depuis septembre 2018. "On peut par exemple résilier une assurance à tout moment ou changer sa protection. On peut également déclarer un sinistre sur l'application", illustre son patron Joao Cardoso. Aujourd'hui, la jeune pousse propose une assurance smartphone et habitation (en partenariat avec sept assureurs), pour un prix estimé entre 10 et 40% moins cher que le marché, d'après la start-up. Des assurances auto, voyage, vélo et chat seront ajoutées en 2019. Mais l'option "à la demande" ne sera pas disponible. Leocare n'exclut, quant à elle, pas cette éventualité. "Nous allons envisager une assurance à la demande pour les deux roues. Cela permettra à nos clients de les hiverner", fait remarquer Christophe Dandois.

"Leocare préfère proposer des produits flexibles pour que les clients soient autonomes plutôt qu'une assurance à la demande"

L'assurance à la demande pourrait avoir davantage de succès pour l'auto (voiture ou deux-roues) que pour les smartphones ou les skis. C'est d'ailleurs le nouveau positionnement de l'assurtech américaine Trov, qui s'était d'abord lancée sur la couverture d'objets (et ne communique sur aucune donnée d'utilisation). Elle s'est associée à Waymo, la filiale de voitures autonomes de Google fin 2017. "Le but de Trov est de protéger des objets de façon éphémère en un simple geste : glisser son doigt sur un écran. Pourquoi ne pas faire le même geste au sein d'une machine, en particulier d'une voiture ? Un trajet est marqué par un début et une fin. Et les passagers sont soumis à des risques éphémères. La seule difficulté est que cette fois ce n'est pas l'humain qui fera glisser son doigt sur l'écran mais la voiture elle-même qui décidera quel type de couverture souscrire", nous expliquait Scott Walchek, son CEO l'année dernière. Depuis la start-up américaine a signé en mars 2019 un nouveau partenariat avec Free2move, le service d'autopartage du groupe PSA mais pour l'instant seule une flotte de 600 véhicules aux Etats-Unis est concernée. Une extension du partenariat en France n'est pas encore évoquée. Avec ce modèle, Trov peut donc bénéficier de revenus récurrents puisqu'il s'agit de contrats de long terme. Autre salut possible pour l'assurance à la demande : les professionnels, qui ont aussi des besoins d'assurances ponctuels. Le groupe April compte d'ailleurs proposer une assurance d'outillage pour les auto-entrepreneurs et indépendants dans une deuxième version de son application d'assurance on-demand (la date n'est pas encore arrêtée).

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