Shachar Bialick (Curve) "Nous allons ouvrir un bureau en France en 2020"

Lancé en France à l'automne 2019, l'agrégateur britannique de cartes bancaires va ouvrir cette année un bureau dans l'Hexagone avec une équipe de 5 ou 6 personnes.

JDN. Vous vous êtes lancés officiellement en France fin 2019. Où en êtes-vous ?

Shachar Bialick, CEO de Curve. © Curve

Shachar Bialick. La France fait partie du top 5 de nos marchés en Europe. Je pense que ce succès est lié au fait qu'il n'y a pas eu beaucoup de grosses innovations chez les banques françaises. Curve permet de proposer une meilleure expérience client, comme les néobanques, mais sans que le consommateur ait besoin de changer de banque. Nous avons des partenaires dont des grandes enseignes comme Carrefour et Franprix (pour faire du cashback, ndlr). Nous allons en ajouter cette année, soit des marques françaises soit des filiales d'entreprises étrangères. 

Quels sont vos objectifs pour la France cette année ?

Nous allons ouvrir un bureau mais pas forcément à Paris car c'est très cher. Plutôt dans la petite couronne. Notre growth manager, qui est basé à Londres, sera muté à Paris pour y monter une équipe de cinq ou six personnes cette année, principalement des business developpers et des product marketing managers. Nous réfléchissons encore à savoir si nous monterons une équipe produit en France qui adaptera le produit aux spécificités du marché ou si elle restera à Londres. Bien sûr, nous allons accroître notre base d'utilisateurs. 

Combien d'utilisateurs comptez-vous en Europe ? 

Nous allons atteindre le million de clients dans une ou deux semaines. A la fin de l'année, nous atteindrons 2 millions de clients. Le travail que nous réalisons avec chaque growth manager va nous y aider. Environ 75% des utilisateurs proviennent du bouche-à-oreille. Beaucoup arrivent avec la fonctionnalité de paiement entre particuliers pair à pair (lancé en décembre 2019, ndlr). Nous faisons aussi de l'influence marketing. 

Des chiffres ont fuité il y a quelques semaines indiquant que seulement 16% de vos utilisateurs étaient actifs. Est-ce exact ?

Ces chiffres sont faux. Nous n'avons pas commenté à l'époque. Notre métrique n'est pas le nombre d'actifs mais la rétention client. Une fois qu'un utilisateur s'inscrit, on veut savoir s'il reste au bout d'un mois, deux mois, trois mois, douze mois. 78,5% de nos clients utilisent toujours le produit un mois après avoir souscrit, 60% après 12 mois. Cela signifie qu'environ 60% de nos clients ne nous quittent jamais. 

Dans combien de pays êtes-vous présent ?

Nous sommes disponibles dans 31 pays européens. Nous venons d'ouvrir un bureau aux Etats-Unis car pour nous c'est le marché parfait. Les Américains ont en moyenne 7 cartes bancaires - des cartes de crédit, débit, des cartes co-brandées - et certains une dizaine. Ils adorent les crédit et le cashback. Curve arriverait avec une proposition qui correspondrait au marché. Je m'inquiète pour ceux qui arrivent avec une nouvelle banque aux Etats-Unis. Cela va être difficile pour eux car les banques américaines font un super travail, elles ont des marques fortes et certaines comme Chase ont développé des applications qui concurrencent les N26 et Monzo. 

Quelle est votre roadmap pour 2020 ?

Si tout va bien, nous serons 500 salariés d'ici la fin de l'année. Nous allons lancer plusieurs produits cette année comme Curve Credit. D'abord en version bêta au Royaume-Uni. C'est une solution de paiement fractionné a posteriori, comme ce que fait Klarna (une fintech suédoise, ndlr). Le client pourra décider de payer en plusieurs fois après avoir effectué sa transaction, et cela partout dans le monde. Le nombre de paiements dépendra du profil de risque du client et le risque qu'on lui porte mais il pourra aller jusqu'à 12 mois. Nous allons donc demander une licence de crédit au Royaume-Uni. Nous préparons aussi le lancement de cartes de fidélité dans le wallet de Curve.  

En septembre dernier, vous avez bouclé une campagne de crowdfunding de 6 millions de livres en quelques heures, un record dans le secteur. Comment cela s'est passé ? 

Nous avons réalisé cette campagne non pas pour de l'argent car nous avions levé 55 millions de dollars à l'été 2019 mais pour que nos clients fassent davantage partie de l'aventure. Nous avons donc décidé de mettre un seuil à 1 million de livres et permettre aux gens d'investir à partir de 10 livres seulement. Le seuil maximum était de 25 000 livres. En cinq minutes, le million a été atteint. On ne pensait pas que ça allait être si rapide. Crowdcube m'a appelé (la plateforme de crowdfunding, ndlr). Après avoir parlé au board, nous avons décidé de faire passer le seuil à 4 millions de livres mais celui-ci a été atteint en trente minutes. Nous avons rappelé notre board une dernière fois pour mettre le seuil à 6 millions de livres. 5 heures plus tard, le montant a été atteint.

Shachar Bialick a fondé Curve en 2014. Auparavant, il a occupé le poste de head of product chez le prestataire de paiement britannique Checkout.com. Il a créé plusieurs entreprises dont SmartEQ, une plateforme de recherche d'emplois qu'il a revendue en 2010 à une société israélienne.