Accroître la compétitivité par la robotique

Accroître la compétitivité par la robotique Face à la nécessité d'améliorer la productivité et la qualité des produits, les PME industrielles ont tout intérêt à se moderniser.

"La réindustrialisation de notre économie passera par un renforcement de la compétitivité hors coût"

En 2008, le Syndicat des entreprises de technologies de production (Symop) alertait les pouvoirs publics sur les retards de l'application des solutions robotiques dans les PMI avec l'opération "Robocaliser : robotiser pour ne pas délocaliser". Quatre ans plus tard, il récidive avec une campagne et un nouveau mot d'ordre : "Productivez !" "Si le coût du travail reste une question centrale, il n'est pas la seule réponse à apporter, estime Jean-Camille Uring, président du Symop. La réindustrialisation de notre économie passera par un renforcement de la compétitivité hors coût grâce notamment au renouvellement et à la modernisation de l'outil de production des PMI."

vincent schramm, directeur général du symop
Vincent Schramm, directeur général du Symop. © RCI

En effet, le parc des moyens de production est vieillissant et n'est plus adapté aux exigences de qualité et de flexibilité actuelle. Selon la dernière étude, conduite par le ministère de l'Industrie et qui date de 1998, l'âge moyen du parc de machines-outils en France est de 17 ans, de 10 ans en Italie et de 9 ans en Allemagne. "Autrement dit, une part notable de nos machines a été financée par le plan Marshall", ironise Jean-Camille Uring. La faute notamment au déficit d'investissement de l'industrie en France. Le rapport final des États généraux de l'industrie l'estime à 100 milliards d'euros. "Avec la crise de 2009, la baisse de 21% des investissements industriels n'a jamais été compensée", constate Vincent Schramm, directeur général, qui souligne également l'effondrement des marges des entreprises.

Aucune incitation fiscale

Mais plus qu'une faiblesse d'investissement, Jean-Camille Uring, dans un édito paru dans La Tribune, mettait également en cause une définition de l'innovation trop étroite en France. "Quand les entreprises investissent 32 milliards d'euros dans la R&D car elles y trouvent un avantage fiscal, elles mobilisent à peine 9 milliards d'euros dans l'innovation, très majoritairement dans l'achat d'équipement, de technologies et de machines de production, parce qu'aucune incitation n'existe."

La France aurait-elle oublié que pour la très grande majorité de ses entreprises, l'innovation passe essentiellement par l'investissement dans l'outil de production ? "Proposer de l'innovation produit implique de pouvoir industrialiser cette innovation", insiste Vincent Schramm.

Des robots trop rares

S'il faut moderniser l'outil de production, il faut aussi rendre les systèmes de production intelligents, notamment par la robotisation. Or en matière de robots, la France est là aussi à la traîne, avec seulement 34 500 robots actifs, soit quatre fois moins qu'outre-Rhin. "Les usines françaises présentent un rapport de 104 robots pour 10 000 salariés, alors que ce rapport est de 160 en Italie et de 253 en Allemagne", souligne Serge Nadreau, directeur de l'activité robot France d'ABB.

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Serge Nadreau, ABB. © RCI

A noter également que la robotique en France reste l'apanage des grandes entreprises. 66% des robots installés en France le sont dans des entreprises de plus de 1 000 employés et "moins de 17% équipent des PME", déplore Vincent Schramm.

Enfin, la robotisation de l'industrie reste concentrée chez les donneurs d'ordres de l'automobile. Alors que "d'autres secteurs ont un fort potentiel de développement, comme par exemple l'aéronautique et tout ce qui est lié aux matériaux composites", considère Serge Nadreau. Dans le secteur de l'emballage par exemple, vision industrielle et robotique sont primordiales pour des manipulations de précision et un contrôle constant à grande vitesse. En 2011, 352 robots étaient ainsi livrés au secteur de l'emballage pour la palettisation, le conditionnement, l'emballage proprement dit. Un chiffre de 10% supérieur à celui de l'année 2010.

De nombreux verrous à lever

Les raisons ne manquent pas pour expliquer le retard de robotisation dans les PME. Pour Vincent Schramm, "les dirigeants ne maîtrisent pas le sujet. Et ils ont du mal à imaginer concrètement comment le robot s'intégrera dans leur usine et si les performances et la qualité atteinte correspondront vraiment à leur produit." L'étude réalisée par Nodal Consultants pour le compte de la DGCIS et du Symop souligne aussi le manque de compétences et de personnel formé au sein des PMI. "Même si les robots sont plus simples d'utilisation, on manque, en France, de compétences techniques. Les sections technologiques sont en recul, les élèves en nombre insuffisant, alors que les industriels sont à la recherche de candidats", tient à préciser Serge Nadreau. 

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Entre 2000 et 2008, la robotisation aurait permis de créer dans le monde 300 000 emplois directs. © Rainer Plendl

Enfin, il y a également le problème de l'appui que peuvent apporter les prestataires extérieurs, notamment les intégrateurs. "Les dirigeants de PMI ont besoin d'acteurs de proximité. Or beaucoup retardent leurs projets de robotisation de plusieurs années avant de trouver le bon intégrateur Le coût trop élevé de l'investissement est également mis en avant. Reste que, depuis une quinzaine d'années, le prix du robot a continuellement baissé : actuellement, il s'agit d'un investissement de l'ordre de 120 000 euros, "un tiers pour le robot lui-même, un tiers pour les périphériques et les éléments permettant son intégration dans le processus de production, et un tiers d'ingé-nierie", explique Vincent Schramm.

Facteur de relocalisation

Enfin persiste l'idée reçue qui associe robots et destruction d'emplois. "Les solutions robo-tiques permettent le maintien des activités, voire leur retour !" insiste Vincent Schramm. Citant une étude du cabinet Matra Martech sur le thème "robot et emploi", il rappelle que sans la robotisation et l'automatisation, aucune des relocalisations sur le marché français n'aurait pu se faire. De fait, les solutions robotiques constituent un levier majeur pour la création d'emplois dans les entreprises qui les adoptent. 

Selon une étude de l'International Federation of Robotics (IFR), entre 2000 et 2008, la robotisation des entreprises aurait permis de créer dans le monde 300 000 emplois directs et près de 3 millions d'emplois indirects. Pour Jean-Camille Uring, pas de doute, "malgré les progrès de la technologie, une usine totalement automatisée n'est pas envisageable. Il est même certain qu'elle remettra l'homme au centre des processus, avec ce qu'on appelle la cobotique, ou robotique collaborative." "Plus que de remplacer un humain, le robot permet d'en faire plus", ajoute Serge Nadreau.

Egalement parce que le robot a le même prix partout dans le monde, la possibilité est donnée aux entreprises françaises de produire au même coût que les pays asiatiques. Des pays qui, selon Serge Nadreau, "robotisent à tour de bras". En 2011, l'IFR fait état de pas moins de 76 000 nouveaux robots installés au Japon, en Chine et en Corée. La Chine, notamment, serait à ce titre le premier marché mondial de robotique au moment où elle subit une pression accrue pour améliorer l'efficacité et la fiabilité de son industrie, dans un contexte de hausse des coûts de main d'oeuvre, estiment les constructeurs.

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En matière de robotisation, l'Allemagne a une longueur d'avance. © RCI

Article de Sandrine Tournigand paru dans (Re)conquêtes industrielles (Jan-Fév. 2013)

(Re)conquêtes industrielles

(Re)conquêtes industrielles est un nouveau magazine édité par la société RCI, dont l'ambition est de redonner à l'ensemble des dirigeants de PME et d'ETI industrielles une visibilité stratégique et une capacité à innover, investir et exporter sur les marchés en forte croissance. (Re)conquêtes industrielles  se présente comme un outil d'information et d'aide à la décision, qui se positionne à la croisée des titres d'information générale dédiés aux chefs d'entreprise et des titres d'information spécialisée dédiés aux cadres techniques. Ce magazine lancé par Olivier Midière, fondateur et directeur de la publication, dresse, à travers l'écosystème industriel et technologique, le panorama des entreprises innovantes et leurs recettes de croissance.

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