Ludovic Donati (Eramet) "Nous économisons jusqu'à 1 million d'euros par an en anticipant les fuites dans un four"

A l'approche de la Nuit du Directeur Digital, le CDO du groupe minier et métallurgique Eramet revient pour le JDN sur le chantier majeur qu'il conduit pour le transformer.

Le JDN propose pour la quatrième année consécutive le 19 juin prochain un événement destiné à récompenser les meilleurs chief digital officers de France. Pour en savoir plus : la Nuit du Directeur Digital.

JDN. Quel est votre principal chantier en cours ?

Ludovic Donati est le CDO d'Eramet. © Eramet

Ludovic Donati. La réflexion sur la transformation numérique d'Eramet n'a réellement commencé que début 2017. J'appartenais alors à sa direction de la stratégie où j'ai été mandaté par le comité exécutif pour m'occuper de ce chantier pour notamment comprendre en quoi et comment cette transformation allait nous impacter. Nous décidons de nous lancer six mois plus tard parce que cette transformation "disrupte" notre modèle économique et parce que c'est aussi un levier de performance opérationnelle majeur pour le groupe.

Il fallait donc que nous démarrions vite autour de quatre axes identifiés au second semestre 2017 : la maintenance prédictive et l'efficacité énergétique, où nos dépenses sont très importantes ; l'optimisation des process dans nos usines et et le big data. Tout cela n'est pas encore très clair car il faut que l'ensemble de nos collaborateurs se l'approprient. Nous avons notamment mis en place plusieurs proof of concept et organisé divers ateliers qui ont très bien marché, que ce soit autour du big data ou de la mobilité. Cela créée nécessairement de la transformation, que ce soit en Norvège, au Gabon (où Eramet réalise 45% de son activité, ndlr) ou en Nouvelle Calédonie et en liaison avec les CDO locaux.

Comment vous êtes-vous organisé pour mettre ce chantier en œuvre ?

Nous avons démarré début 2018 avec une demi-douzaine d'ateliers, y compris avec des start-up. Des décisions définitives seront prise d'ici un an et nous allons, d'ici là, surtout faire émerger des concepts, même s'il ne s'agit pas nécessairement d'automatiser l'ensemble de nos sites de production. Il faut bien comprendre qu'un four de silico-manganèse comme celui de Dunkerque, avec du carbone infusé de haut en bas, comporte 1 600 variables de production relayées par autant de capteurs. Nous avons beaucoup travaillé là-dessus, notamment avec des data scientists de SAP. Rien qu'en anticipant les fuites dans un four comme celui-ci, nous économisons entre 600 000 et 1 million d'euros par an.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières durant ce chantier et comment les avez-vous surmontées ?

Le plus difficile est de convaincre l'ensemble de nos 12 590 collaborateurs de l'intérêt de cette démarche. Sachant que nous créons aussi de nouveaux métiers, cela prend du temps et dérange nécessairement un peu. Un autre écueil est la nécessité d'associer pleinement la DSI, initialement plutôt orientée vers le déploiement d'ERP. Nous avons des échanges quotidiens avec elle dont un atelier récemment consacré à la transformation de la DSI.

Au Gabon par exemple, nous avons développé en six semaines en méthode agile une application spécifique de suivi des trains avec Eridanis, une start-up française. Une manière d'affirmer que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, le Gabon, qui est notre vitrine pour la branche manganèse du groupe, n'est pas un trou noir du numérique ! Nous avons aussi un projet similaire, une sorte d'usine 4.0 avec des techniques très sophistiquées dans l'exploitation du lithium sur les hauts-plateaux d'Argentine.

L'idée globale, c'est la cohérence et la complémentarité afin d'apporter à Eramet des solutions spécifiques, notamment en termes d'agilité et de cyber-sécurité, à nos contraintes de production.

Avez-vous pris des initiatives spécifiques vis-à-vis de l'écosystème des start-up ?

Même si c'est encore embryonnaire, nous collaborons avec beaucoup d'entre elles. C'est un phénomène émergent que j'ai parfaitement en ligne de mire. Outre Eridanis au Gabon, citons Mobility Work, une start-up spécialisée dans les plateformes de maintenance de nouvelle génération et avec qui nous collaborons. Enfin, j'organise du 11 au 15 juin prochains un "digital tour" pour le comité exécutif d'Eramet avec notamment la visite d'une usine connectée du géant minier anglo-saxon Rio Tinto.

Résumé du projet :

Pourquoi ce projet est-il innovant ?

"Il est innovant car il transforme l'entreprise et la manière dont on opère sur nos métiers, que ce soit dans la mine ou la métallurgie, et alors que nous sommes une entreprise plus que centenaire".

Pourquoi ce projet est-il stratégique ?

"Parce qu'il doit permettre d'améliorer la compétitivité, de réduire les coûts et d'améliorer la profitabilité sans se faire "disrupter" dans un monde qui bouge énormément".

Pourquoi ce projet est-il transformateur ?

"Parce qu'il transforme nos modes et nos méthodes de travail ainsi que la manière dont on élabore un procédé. Il est aussi transformateur car cela décloisonne certaines entités".

Pourquoi ce projet est-il accélérateur ?

"Je pense qu'en deux ou trois ans, nous pourrons avoir véritablement transformé l'entreprise avec des retours sur investissement significatifs".

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