Dans la smart city, Renault transforme ses voitures en réservoirs d'électricité

Dans la smart city, Renault transforme ses voitures en réservoirs d'électricité Sur une île portugaise, le constructeur va récupérer les surplus de production électrique renouvelable pour alimenter ses véhicules à prix réduit et redistribuer de l'énergie sur le réseau.

A travers la ville intelligente, Renault espère avoir trouvé un nouveau business qui renforcera ses ventes de véhicules électriques. Le constructeur s'est allié à l'énergéticien Empresa de Electricidade da Madeira (EEE) qui fournit en électricité l'île portugaise de Porto Santo (dans l'archipel de Madère) pour l'aider à remplir son objectif d'atteindre une production électrique à 80% d'origine décarbonnée. Les autorités ne veulent plus dépendre de polluant générateurs au diesel pour se fournir en électricité. Une partie de la solution consistera à déployer 20 véhicules électriques Renault et 40 bornes de charge connectées auprès de vingt résidents de cette petite île de 42 km² où vivent 5 000 âmes.

Quel rapport entre les voitures et le renouvelable ? "La production d'énergies renouvelables est intermittente, avec de gros pics de production", explique Nicolas Schottey, directeur des nouveaux business énergétiques chez Renault." "Dès que l'on atteint une part importante de renouvelable dans le mix énergétique, ces pics peuvent déstabiliser le réseau. Les énergéticiens doivent donc stocker leur production ou lui trouver des débouchés immédiats, sous peine de payer des amendes. En Allemagne, on nous a déjà payés pour consommer de l'électricité lors de certains pics," raconte-t-il.

L'énergéticien limite ses pertes

La solution qu'ont imaginée Renault et EEE est donc de déverser ces surplus d'électricité dans des voitures électriques qui ont besoin d'être rechargées. L'énergéticien accorde une ristourne sur le prix de l'électricité pendant ces pics. Les technologies de recharge intelligente de Renault permettent de charger le véhicule en priorité lorsque le réseau lui indique que l'on se trouve en période de surproduction. Ainsi, chacun est gagnant : EEE se déleste en limitant les pertes, et le conducteur charge sa voiture au rabais. Ne serait-il pas plus simple de stocker directement l'énergie dans des batteries ? Cela coûterait plus cher, assure Nicolas Schottey, car il faudrait "payer une autre batterie, le conteneur pour l'y entreposer et toute la conversion de puissance pour connecter la batterie au réseau." Renault ne pourra pas se reposer complètement sur ses véhicules : puisque leur but premier est de rouler, ils ne seront pas toujours garés en station de recharge, prêts à stocker de l'électricité. Le constructeur prévoit donc d'utiliser des batteries usagées pour stocker l'électricité lorsque peu de véhicules seront disponibles, notamment le matin et le soir.

"Il ne s'agit pas d'un test subventionné. C'est un projet rentable qui apporte un produit et une solution."

"Il ne s'agit pas d'un test subventionné", tient à préciser Nicolas Schottey. "La valeur que nous apportons est payée par EEE. C'est un projet rentable qui apporte un produit et une solution. Nous avons d'ailleurs d'autres déploiements similaires en préparation." Un aspect demeure cependant à l'état de prototype et sera perfectionné à Porto Santo : la capacité pour les véhicules électriques d'être à leur tour des fournisseurs d'énergie en restituant l'électricité au réseau lorsqu'il en aurait besoin.

Avec ces solutions, Renault se diversifie dans la smart city, mais toujours au service de son cœur de métier. "Mon rôle, c'est de vendre des voitures," rappelle Nicolas Schottey. "Nous nous diversifions dans des business qui réduisent le coût de nos véhicules électriques et facilitent leur utilisation." Grâce à cette coopération, il imagine un modèle économique dans lequel les énergéticiens subventionneraient le véhicule électrique en payant une partie du prix des batteries (en vente ou à l'abonnement), puisqu'elles remplissent une fonction de stockage pour le compte du réseau électrique. Reste à prouver qu'il est possible de passer à l'échelle en proposant les mêmes services sur le continent que sur un bout d'archipel.

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