Du terrain à la donnée : comment les technologies connectées s'attaquent au gaspillage caché de l'industrie manufacturière
Cette tribune décrypte les défis des industriels européens et montre comment technologies connectées et IA optimisent les flux, réduisent le gaspillage et soutiennent la performance.
L’Europe n’a jamais autant plébiscité le pain artisanal. Le segment premium du marché européen de la boulangerie progresse d’environ 5 % par an. Mais pour les industriels qui doivent répondre à cette demande, la pression est considérable. Pris en étau entre la hausse des coûts des matières premières et la pénurie persistante de main-d’œuvre, ils ne peuvent plus se permettre les coûts cachés liés à des flux de matériaux inefficaces, qui transforment des ingrédients premium et des produits finis en déchets.
Le rapport Impact of Intelligent Operations: Manufacturing révèle que la gestion des flux de matériaux figure parmi les préoccupations majeures des industriels. Plus de deux tiers des dirigeants estiment que ce domaine nécessite des améliorations urgentes, et près de 80 % déclarent vouloir renforcer l’accès et le contrôle des stocks. Parmi les répondants, 35 % souhaitent réduire les dommages et les pertes de matériaux, 36 % cherchent à diminuer les coûts opérationnels et un peu plus de la moitié veulent améliorer l’efficacité. Les industriels ayant amélioré leurs flux de matériaux ont enregistré, en moyenne, une croissance du chiffre d’affaires supérieure de près de deux points sur l’année écoulée comparé aux autres.
Terminaux mobiles et RFID : connecter le terrain
Pour relever ces défis, les industriels identifient les terminaux mobiles et les technologies d’identification par radiofréquence (RFID) comme les meilleurs investissements. Elles améliorent le travail quotidien en connectant le terrain et en optimisant les workflows. Parmi les bénéfices clés : l’accès en temps réel aux données de stock, la réduction des erreurs manuelles et une communication plus fluide.
La RFID renforce la visibilité des équipements et des matériaux grâce à un suivi automatisé des stocks, sans nécessité de ligne de vue directe. Dans le secteur de la boulangerie, cela signifie un meilleur suivi des temps de fermentation, un contrôle précis de l’utilisation des ingrédients et une réduction drastique du gaspillage. En supprimant des milliers de points de saisie manuelle, elle assure l’intégrité de chaque article, de l’entrepôt à la ligne de production.
Déployée avec les terminaux mobiles, la RFID constitue un véritable effet multiplicateur. Autrefois, un boulanger pouvait consacrer sa matinée au comptage manuel des sacs de farine à l’aide d’un clipboard. Aujourd’hui, grâce à un inventaire en temps réel accessible sur un terminal mobile, il est alerté dès qu’une température de fermentation s’écarte d’un seul degré, ce qui lui permet d’éviter de perdre une fournée. La technologie ne remplace pas l’expertise, elle la valorise.
Industrie 4.0 : vers une convergence des technologies avancées
D’autres technologies avancées destinées à améliorer la gestion des flux de matériaux sont également appelées à se généraliser. En restant dans l’univers de la boulangerie, plusieurs exemples illustrent cette dynamique :
- Un fournisseur de solutions pour le secteur de la boulangerie a réalisé 20 000 € d’économies annuelles en installant des scanners sur des chariots élévateurs, améliorant l'identification et l’orientation des palettes et libérant du temps pour des tâches à plus forte valeur ajoutée.
- Un spécialiste de la robotique a intégré la vision industrielle au prélèvement robotisé afin de manipuler avec précision 25 à 30 sacs semi-transparents aux formes variées par minute sans les endommager, tout en réduisant les coûts globaux de 75 %.
- Un grand fabricant de produits de boulangerie a réduit ses erreurs de prévision jusqu’à 30 % en utilisant les prévisions de la demande basée sur l’IA, permettant à 20 000 collaborateurs de maintenir un niveau de qualité constant sur l’ensemble de la chaîne. Aujourd’hui, 20 % des industriels considèrent l’IA comme essentielle pour la gestion des flux de matériaux, contre 13 % il y a deux ans.
Le parcours moderne du pain illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses industries spécialisées : exigences de précision accrues, coûts élevés du gaspillage et attentes renforcées en matière de qualité. Qu’il s’agisse de boulangerie, d’électronique ou de produits pharmaceutiques, les enjeux sont les mêmes.
L’intégration des données et de l’automatisation sur le site de production n’est plus une option. Elle constitue désormais le facteur clé de différenciation des industriels qui prospérerons au cours de la prochaine décennie.