Ces voitures d'occasion sont bonnes pour la casse, ne les achetez pas : voici comment les reconnaître
Défigurée après un accrochage, elle aurait dû se retrouver à la casse, découpée, vidée et revendue pièce par pièce. Finalement, cette voiture est entre vos mains et vous venez de débourser 10 000 euros pour en être le malheureux propriétaire. Le pire dans l'histoire, c'est que ce scénario n'est pas rare.
En France, des voitures lourdement accidentées sont vendues sur un marché parallèle, réparées dans l'ombre avec des matériaux de mauvaise qualité et remises sur le marché de l'occasion. Objectif : réaliser de belles marges sur des voitures qui n'ont plus aucune valeur. La presse parle de "maquillage automobile".
Impossible de savoir exactement l'ampleur du phénomène. Moundyr Gainou, directeur France de CarVertical, plateforme spécialisée dans l'historique de véhicules, observe tout de même que ce phénomène est "bien rodé" et "basé sur du volume". La presse locale relate plusieurs cas d'acheteurs lésés et l'on sait qu'en France "plus d'une voiture d'occasion sur trois est accidentée", selon une étude de CarVertical. Précisons que les chiffres de CarVertical portent uniquement sur les véhicules ayant fait l'objet d'un rapport d'historique via la plateforme, et non sur l'ensemble du parc.

Pire encore, 2,3% des voitures d'occasion endommagées présentent des dégâts équivalant à au moins la moitié de leur valeur marchande. Autrement dit, elles ne valent plus grand-chose. "Cela ne veut pas dire que toutes ces voitures endommagées puis réparées présentent un caractère frauduleux, précise Moundyr Gainou. Mais si le vendeur ne précise pas l'historique sur l'annonce ou face à l'acheteur, il y a anguille sous roche."
CarVertical a observé ce phénomène de près : l'entreprise lituanienne a découvert sur le marché français une Porsche 911. Accidentée en Allemagne en 2017. Réparée, elle est importée en France en 2018 avant d'être remise en vente l'année suivante. Un parcours typique de ces voitures endommagées qui traversent les frontières pour mieux effacer les traces de leur passé.
Comment savoir que la voiture a été accidentée ? Prix anormalement bas, vendeur trop pressé, peinture neuve, documents absents : selon le spécialiste, plusieurs signaux faibles doivent alerter avant l'achat.
Comme souvent, le premier signal d'alarme, c'est le prix de vente. "Lorsqu'un véhicule est bon marché, les acheteurs se disent souvent que c'est une bonne affaire. Mais ça devrait plutôt éveiller les soupçons", estime Moundyr Gainou. Comparer les véhicules entre eux en prenant en compte le kilométrage, la date de première immatriculation est essentiel pour différencier une légère baisse de prix d'une arnaque.
"Pour confirmer ses soupçons, il faut faire parler le vendeur", conseille Moundyr Gainou. Que ce soit avec un professionnel ou un particulier, il faut comprendre le passé du véhicule et la raison de la vente à travers une série de questions : est-ce qu'il y a déjà eu de gros accidents ? Combien de propriétaires y a-t-il eu ? Qui conduisait la voiture ? Pour quel motif ?
L'idée est de reposer les mêmes questions au moment d'essayer la voiture, "pour vérifier que tout reste cohérent avec ce qui a été dit au téléphone et repérer d'éventuelles contradictions. Un arnaqueur, lui, aura tendance à changer son histoire ou à se contredire, tout simplement parce qu'il a probablement parlé à plusieurs personnes et ne se souvient plus de ce qu'il a dit à qui", souligne le directeur France de CarVertical.
La carrosserie peut aussi révéler quelques secrets. Il faut regarder la voiture "dans son ensemble" et vérifier que tout "raconte la même histoire". "Pas besoin d'être expert", insiste Moundyr Gainou. Il faut observer "la cohérence" du véhicule, en commençant par les jointures entre les portes et les ailes. "Des bruits anormaux à l'ouverture et à la fermeture peuvent révéler une carrosserie reprise après un choc."
Autre indice, l'état de la peinture. Une carrosserie impeccable n'est pas forcément une bonne nouvelle. "Si la peinture a été refaite, il faut comprendre pourquoi, estime Moundyr Gainou. Derrière un vernis flambant neuf peuvent se cacher de simples rayures ou une aile entièrement remplacée après un accident."
Certains sites, comme HistoVec ou CarVertical, proposent de connaître une partie de l'historique du véhicule, mais dès qu'une voiture a circulé à l'étranger (32% des voitures d'occasion en France, selon CarVertical), les angles morts se multiplient. "Tous les pays ont leur propre système", regrette Moundyr Gainou, avec des données "plus ou moins fiables et surtout très peu partagées entre États". Difficile donc de connaître avec certitude l'historique de ces véhicules.