Si LinkedIn ressemble à Tinder, ce n'est sûrement pas à cause des femmes
LinkedIn ressemble de plus en plus à un réseau qui hésite entre l'espace professionnel et la scène sociale, et chaque fois que le débat ressurgit sur la prétendue "Tindérisation" de la plateforme.
On pointe instinctivement les femmes, comme si leur simple présence expliquait les dérives d’un réseau devenu trop souvent un miroir du regard masculin plutôt qu’un espace de valeur. En réalité, et il faut le dire clairement, ce phénomène ne provient absolument pas du contenu que les femmes produisent, mais du prisme par lequel beaucoup d’hommes le lisent.
Car lorsqu’on regarde froidement les publications qui performent vraiment, celles qui durent, celles qui fédèrent, celles qui bâtissent une crédibilité sérieuse, on observe une constante : les femmes qui réussissent ne doivent rien à la chance, rien à l’apparence, et rien à l’idée fantasmatique que certains tentent de projeter sur elles ; elles réussissent parce qu’elles travaillent, parce qu’elles structurent, parce qu’elles rédigent avec précision, parce qu’elles enchaînent les posts avec une discipline remarquable, parce qu’elles maîtrisent leur sujet avec une rigueur qui, dans beaucoup de cas, dépasse largement celle de leurs homologues masculins.
Le glissement de LinkedIn vers quelque chose qui ressemble à un terrain ambigu ne vient donc pas des femmes, mais du fait qu’une partie des hommes n’utilisent plus ce réseau comme un espace professionnel, mais comme une scène où ils testent des attitudes, des postures, des regards ou des interprétations qui n’ont jamais existé dans ce que les femmes publient réellement.
Depuis des mois, on observe ce décalage presque sociologique : une femme partage une analyse sérieuse, un avis construit, un retour d’expérience authentique, et pourtant, le fil de commentaires ou la dynamique d’engagement révèle immédiatement une chose très simple : l’hypersensibilité masculine à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une présence féminine, même quand elle n’a aucune dimension personnelle. Ce n’est pas ce que les femmes montrent qui sexualise LinkedIn ; c’est ce que certains hommes imaginent.
Les femmes performent parce qu’elles travaillent, pas parce qu’elles plaisent
Ce que beaucoup n’osent pas dire, c’est que les femmes prennent LinkedIn au sérieux. Elles travaillent davantage leur message. Elles éditorialisent. Elles réécrivent. Elles choisissent leurs mots avec soin. Elles construisent une cohérence. Elles apprennent le fonctionnement de l’algorithme avec méthode. Elles publient sans chercher le buzz mais en cherchant la justesse. Pendant qu’une partie des hommes multiplient les poses en costume, les pseudo-leçons d’humilité ou les combats de storytelling automatisés, les femmes avancent avec méthode et détermination, souvent avec une maîtrise éditoriale qui force le respect et qui explique largement l’écart de performance entre les deux. Le succès des femmes sur LinkedIn n’est pas un concours de visibilité ; c’est une démonstration de sérieux. Leur audience n’est pas un signe de séduction ; c’est un signe d’autorité.
Et c’est précisément là que se situe le cœur du problème : beaucoup d’hommes ne supportent pas l’idée qu’une femme puisse avoir plus d’impact qu’eux dans un espace qu’ils pensent leur appartenir, et plutôt que d’interroger leur propre contenu, ils préfèrent décréter que “LinkedIn est devenu Tinder”, comme si l’argument de la séduction leur permettait d’éviter l’examen de conscience. Or soyons clairs : LinkedIn n’est pas déformé par les femmes ; il est déformé par l’immaturité masculine. Par cette tendance à interpréter un sourire comme une intention. Un portrait pro comme un signal. Un ton sincère comme une ouverture. Depuis quand les femmes sont-elles responsables de ce que les hommes projettent sur elles ?
LinkedIn révèle une chose : les femmes structurent, les hommes projettent
La réalité, c’est que LinkedIn fonctionne comme un révélateur : il montre qui travaille vraiment son image professionnelle et qui espère compenser un manque de fond par un excès de posture. Et qu’on le veuille ou non, ce sont très souvent les femmes qui donnent le ton, qui structurent mieux, qui écrivent mieux, qui incarnent une présence plus stable, plus authentique, plus crédible. Le “problème” ne vient donc pas de leur contenu, mais du fait qu’une partie des hommes ne savent plus quoi faire face à un réseau où ils ne sont plus seuls à occuper le terrain.
Il faudrait peut-être commencer par regarder les choses en face : si LinkedIn ressemble à Tinder, ce n’est pas à cause des femmes qui publient, mais à cause des hommes qui scrollent. Tant que certains continueront à projeter des intentions imaginaires sur des posts parfaitement professionnels, tant qu’ils considéreront toute femme visible comme un signe d’érotisation implicite, tant qu’ils confondront autorité et disponibilité, tant qu’ils liront la présence féminine à travers le filtre de leur propre regard, le débat restera faussé. Le problème n’est pas l’image des femmes ; le problème, c’est la lecture des hommes.
Les femmes n’ont pas à s’excuser d’être visibles, les hommes ont à apprendre à regarder professionnellement
Il serait peut-être temps d’admettre que les femmes n’ont pas à justifier leur présence, leur influence ou leur visibilité. Elles n’ont pas à se cacher pour rassurer ceux qui vivent mal la comparaison. Elles n’ont pas à ralentir leur progression pour apaiser les susceptibilités fragiles. Les femmes réussissent sur LinkedIn parce qu’elles travaillent sérieusement, parce qu’elles avancent sans gimmick, parce qu’elles prennent au sérieux ce que beaucoup transforment en scène sociale. Ce n’est pas une question de charme, de hasard ou de physique ; c’est une question de qualité, d’exigence et d’engagement dans le contenu.
Si LinkedIn devient un espace confus, ce n’est pas la faute des femmes ; c’est celle de ceux qui refusent de voir les femmes comme des professionnelles avant de les voir comme des silhouettes. Le réseau ne serait pas davantage “sexualisé” si certains hommes apprenaient à distinguer l’autorité d’une femme de la projection qu’ils se font d’elle. Le jour où ce travail-là sera fait, le débat se déplacera enfin là où il aurait toujours dû être : non pas sur ce que les femmes montrent, mais sur ce que certains hommes n’ont jamais appris à regarder.