Influence : structurer le secteur sans brouiller les lignes
La régulation de l'influence progresse en France et marque une étape importante pour le secteur. Elle doit distinguer clairement les métiers et les pratiques afin d'accompagner sa structuration.
La publication du rapport parlementaire sur l’encadrement de l’influence et des réseaux sociaux et les premières recommandations validées par la ministre du Numérique marquent un tournant pour le secteur. Après des années de flou, d’approximations et de fantasmes, les pouvoirs publics s’emparent enfin du sujet avec sérieux. Cette dynamique est salutaire. Mais elle pose aussi une question centrale : comment structurer un secteur sans en gommer la diversité ni en confondre les acteurs ?
Reconnaître un secteur arrivé à maturité
Les mesures annoncées témoignent d’une reconnaissance institutionnelle longtemps attendue. L’encadrement des pratiques de monétisation, le renforcement des pouvoirs de contrôle des autorités, la responsabilisation accrue des plateformes et le soutien au financement de la création, notamment via le CNC, traduisent une volonté claire : assainir le marché et protéger à la fois les créateurs et le public. Cette évolution va dans le bon sens. Elle confirme que la création de contenu n’est plus une activité marginale, mais un secteur économique structurant, qui ne peut plus évoluer dans une zone grise réglementaire.
Éviter la confusion entre des métiers fondamentalement différents
Cette avancée s’accompagne toutefois d’un point de vigilance majeur : la tentation de regrouper sous un même cadre des réalités qui n’ont rien de comparable. La proposition d’enregistrer les agents sur un registre public en est un exemple révélateur. Encadrer le métier d’agent de créateurs de contenu est légitime. Ces professionnels accompagnent des projets éditoriaux, culturels ou informationnels, structurent des carrières et sécurisent des relations économiques. Le problème apparaît lorsque cette régulation englobe indistinctement d’autres intermédiaires opérant dans l’univers des contenus pour adultes, notamment sur des plateformes comme MYM ou OnlyFans, dont les logiques, les enjeux et les risques sont d’une tout autre nature. Assimiler ces activités revient à brouiller les lignes et à fragiliser un métier qui cherche précisément à se professionnaliser.
Ne pas reproduire les erreurs du passé
Ce type d’amalgame n’est pas inédit. Lors des précédentes lois encadrant l’influence, de nombreux créateurs ont été assimilés à des profils frauduleux ou à certaines figures issues de la téléréalité. Cette confusion a durablement nui à l’image d’un secteur pourtant largement composé d’acteurs responsables. Répéter aujourd’hui cette erreur, sous couvert de régulation, serait contre-productif. Un cadre crédible repose sur sa capacité à distinguer les pratiques, non à les uniformiser.
Réguler avec discernement plutôt qu’avec excès
Réguler l’influence est indispensable. Mais une régulation efficace ne peut reposer sur une logique de suspicion généralisée. Elle doit s’appuyer sur une compréhension fine des métiers, des modèles économiques et des usages propres à chaque activité. Les créateurs de contenu ne forment pas un bloc homogène. Leurs agents non plus. En cherchant à tout encadrer de la même manière, on risque de pénaliser ceux qui respectent déjà les règles et contribuent activement à la structuration du secteur.
La France a aujourd’hui une opportunité rare : faire de la régulation de l’influence un levier de crédibilisation et de croissance. À condition de faire un choix clair : celui de la précision plutôt que de l’amalgame. Structurer le secteur est nécessaire. Le faire sans brouiller les lignes est indispensable.