Ce que le dernier ZEvent révèle du nouveau pouvoir des créateurs
Avec près de 33 M€ récoltés, le ZEvent a pulvérisé ses records. Au-delà de l'exploit caritatif, ce succès révèle le poids pris par les créateurs dans la vie culturelle française.
Le 6 septembre dernier s'est achevé le ZEvent, ce marathon caritatif fondé en 2016 par Adrien Nougaret, plus connu sous le pseudonyme de ZeratoR, et par Alexandre Dachary. Son principe a fait sa notoriété, puisque des centaines de créateurs s'y relaient pendant trois jours en direct sur Twitch, la plateforme de diffusion vidéo en continu, tandis que les spectateurs font des dons, redistribués ensuite à des associations. D'après le cabinet d'analyse Streams Charts, cette dixième et ultime édition a permis de récolter 32,9 millions d'euros au profit de 22 associations, soit plus du double du record établi un an plus tôt. Faut-il pour autant y voir un simple élan de générosité ? Ce serait réduire à un geste ponctuel ce qui relève, en réalité, d'une transformation bien plus profonde.
Un changement d'échelle qui se lit dans l'audience
Il y a quelques années encore, réunir autant de vidéastes, de spectateurs et de marques autour d'un rendez-vous né sur Internet aurait paru bien improbable. Pourtant, au plus fort du week-end, 1,3 million de personnes suivaient simultanément le marathon, diffusé par 354 chaînes, tandis que le public cumulait plus de 26 millions d'heures de visionnage. En dix éditions, le ZEvent aura ainsi collecté près de 91 millions d'euros, un montant qui en dit long sur la confiance que ces créateurs inspirent à leur communauté.
Un écosystème qui dépasse largement le cadre d'Internet
Au-delà des chiffres, c'est surtout la manière dont l'événement fédère tout un écosystème qui retient l'attention. Les marques, les médias et les institutions viennent en effet y prendre place d'eux-mêmes, preuve que les créateurs influencent aujourd'hui notre façon de consommer des contenus, de découvrir des produits et même de donner. Ainsi, le geste solidaire, longtemps associé aux grandes soirées télévisées, trouve chez ces derniers un relais d'une efficacité remarquable.
Une France particulièrement avancée sur le sujet
Cette influence gagne d'ailleurs un terrain que l'on croyait réservé aux rédactions. Selon le Reuters Institute de l'université d'Oxford, 29 % des Français déclarent s'informer en partie auprès de créateurs de contenu, tandis que HugoDécrypte se hisse au septième rang des marques d'information en ligne, juste derrière France Info. Dans le même esprit, le youtubeur Gaspard G prépare avec TF1 Info des programmes politiques en vue de la présidentielle de 2027, signe que les médias installés cherchent à présent à s'allier à ces nouvelles figures plutôt qu'à les concurrencer.
Des créateurs devenus entrepreneurs à part entière
Comment expliquer une telle évolution ? La réponse tient sans doute au changement de statut de ces créateurs qui, longtemps perçus comme de simples auteurs de vidéos, dirigent aujourd'hui des sociétés de production et lancent leurs propres marques. Ils orchestrent même des événements d'envergure nationale, à l'image du ZEvent, en s'appuyant sur des équipes, des partenaires et un calendrier dignes d'une véritable entreprise.
Une dernière édition qui consacre la maturité du secteur
Pourquoi, dès lors, s'arrêter en plein essor ? ZeratoR l'a lui-même expliqué au printemps, en affirmant vouloir "s'arrêter à l'apogée pour que les gens gardent un bon souvenir" et en voyant dans cette fin "de la place pour faire autre chose". Ce choix, rare dans un univers où l'audience fait loi, témoigne d'une maturité nouvelle, puisque l'économie des créateurs se montre désormais capable de survivre à ses événements fondateurs.
Le ZEvent s'achève donc au sommet, mais ce qu'il a révélé lui survivra largement. En définitive, l'économie des créateurs redessine le paysage médiatique et culturel français, et ce mouvement en est encore à ses débuts.