Petit traité de changement amical : l’erreur comme chance

Apprendre, c’est se tromper. Mais notre culture refuse l’erreur. Et si nous apprenions à nous tromper ?

Une amie se demandait : et si nos erreurs étaient une chance ? Je lui ai répondu que l’erreur, particulièrement en France, est une question à manipuler avec précaution. 

Erreur n’est pas français

La France a une tradition d’élite omnisciente. J’ai longtemps enseigné. Plus ma classe était supposée intelligente, moins on y parlait. Une année, j’ai eu une classe muette. Que des génies. Le Français a peur de montrer ses faiblesses. Comment apprendre dans ces conditions ? Par contraste, les jeunes étrangers que j’ai rencontrés n’ont aucun complexe. Voilà pourquoi je soupçonne que les discours que l’on entend de plus en plus sur les vertus de l’échec et de l’erreur pourraient être, au delà de leur rationalité apparente, une revanche des martyrs de l’Education nationale. Mais la vengeance est rarement bonne conseillère.

L’erreur est humaine…

Imaginez que les concepteurs de centrales nucléaires ou le chef d’état major de l’armée se mettent à revendiquer leur droit à l’erreur…  Louer l’erreur présente le danger d’encourager l’irresponsabilité. Aristote pensait que l’optimum était dans le "juste milieu", entre deux vices. Où est-il ici, ce juste milieu ? La question de l’erreur pose deux problèmes : Pourquoi fait-on des erreurs ? Comment faire des erreurs dans une culture qui ne la tolère pas ? 

Erreur et dépression 

Le psychologue Robert Cialdini écrit que la seule chose que l’homme optimise, c’est son cerveau. Il ne pense pas ! Il utilise des euristiques sociales : on lui donne, il rend ; au feu rouge, il suit les autres ; il admire les philosophes à la mode, sans avoir lu leur œuvre, etc. Cela ne marche pas à tous les coups. Et lorsque ces réflexes inconscients ratent un peu trop souvent, c’est la dépression. Et voilà pourquoi l’échec est bon : il nous indique que nous avons quelque-chose à apprendre. On entre chez Martin Seligman, le spécialiste de l’optimisme dont parle souvent cette chronique. Et que dit-il ? Pour sortir de la déprime, il faut examiner nos réactions quasi inconscientes. Qu’ai-je pensé quand tel incident m’est arrivé ? Aurais-je pu l’interpréter autrement ? Si oui, quelles actions aurais-je fait ? 

Un exemple. Vous partez du bureau, le soir. Vous n’avez plus de parapluie. Je suis nul, je perds tout. Je suis un bon à rien. Réaction de dépressif. Pause. Y a-t-il d’autres solutions ? Vieux parapluie, pas grave. Mieux, mais pas glorieux. Petit effort ? Il pleuvait à midi quand je suis allé au restaurant. Quand je suis sorti il faisait beau. Et si je passais au restaurant, c’est sur le chemin du retour. Vous le faites. Vous retrouvez le parapluie. Mieux, vous avez une discussion amusante avec le patron du restaurant. Récompense immanente. Car, lorsque vous changez votre façon de penser, et que ça marche, vous ressentez une satisfaction. Contentement de soi ? Si vous réussissez ce coup plusieurs fois, vous aurez changé votre façon de voir les choses. Vous serez une autre personne. 

Bien sûr Martin Seligman dit bien plus que cela (lire Learned Optimism). J’espère surtout vous avoir donné envie de regarder ses travaux. 

Faire des erreurs dans un monde qui ne les accepte pas

Ma devise est "j’ai toujours tort". C’est ce que je dis en premier lorsque je rencontre quelqu’un qui ne me connaît pas. Je sens que cela soulage mon interlocuteur. Il a l’occasion de parler de ce qui le préoccupe. Ce que j’appelle parfois des "déchets toxiques". D’ailleurs, il n’est pas rare que j’entende, dans une réunion : "expliquons un peu, Monsieur Faurie ne va pas comprendre".

C’est une technique que j’ai empruntée à ma mère. Elle prétendait toujours ne rien savoir-faire. Pas fait d’études, petit intellect. Non seulement, tout le monde se mettait en quatre pour l’aider. Mais encore, il lui arrivait souvent de prendre en défaut celui qui avait étourdiment cédé aux injonctions du complexe de supériorité. Bien sûr, c’était avant l’égalité des sexes.

Toujours est-il que, si nous observons attentivement notre culture, nous voyons que, même si elle prétend haïr l’erreur, elle a prévu des astuces qui nous permettent de nous tromper, sans perdre la face, et sans que cette erreur n’ait de conséquences néfastes. Ce qui, à y bien réfléchir, est peut être logique. 

Apprendre à se tromper

Donc, nous devons chercher dans notre culture ce qu’elle a prévu pour que notre rencontre permanente avec l’erreur se fasse à la manière heureuse dont parle Martin Seligman !

C’est ce que j’aurais dû répondre à mon amie. Ce qui nous paralyse, c’est la peur de l’erreur. Mais la vie est un apprentissage : qui dit apprentissage dit erreur ! Oui, l’erreur est une chance. Il faut donc partir de là. Et il faut apprendre à se tromper. 

Petit traité de changement amical : l’erreur comme chance
Petit traité de changement amical : l’erreur comme chance

Une amie se demandait : et si nos erreurs étaient une chance ? Je lui ai répondu que l’erreur, particulièrement en France, est une question à manipuler avec précaution.  Erreur n’est pas français La France a une tradition d’élite...