"Oh que oui !". Lorsqu'on demande à Grégory Rouland s'il a déjà eu affaire à des garagistes malhonnêtes, l'avocat n'a pas besoin qu'on lui pose deux fois la question. Les clients lésés, il en connaît. Dans son bureau du nord de la France, les mêmes dossiers s'empilent.
Un des derniers exemples en date : un client s'est rendu au garage après l'allumage d'un voyant. Le garagiste diagnostique une simple pièce à remplacer. Confiant, le client récupère sa voiture, mais il ne faut pas 500 mètres pour que le voyant ne s'allume de nouveau. Ce scénario va se répéter trois fois. À chaque fois, le professionnel garde le véhicule pour trouver une nouvelle pièce à changer. La facture va grimper à plus de 3 000 euros avant que le véritable motif de la panne ne soit enfin découvert, et après le client a fini par taper du poing sur la table.
Cerise sur le gâteau : le garagiste ne laisse aucune trace écrite. Tout se passe à l'oral. Une pratique pourtant illégale, mais le client s'est senti obligé de payer au risque de ne plus voir sa voiture. Si Grégory Rouland voit défiler ces dossiers dans son cabinet, il est loin d'être le seul à tirer la sonnette d'alarme. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) surveille le secteur comme le lait sur le feu. Elle vient justement de publier une enquête sur la réparation automobile.
Les inspecteurs ont passé au crible plus de 1 600 garages, concessionnaires et centres auto à travers l'Hexagone. Le bilan est accablant : près de 40% des établissements contrôlés étaient en infraction et ont fait l'objet de mesures correctives ou répressives. Derrière ce chiffre, une véritable panoplie de "dérapages" du quotidien. À noter : l'enquête, publiée en juin 2026, porte sur des inspections menées en 2024. Parmi les infractions repérées par la DGCCRF, plusieurs signaux peuvent alerter un client avant même qu'il signe le moindre bon de commande. Le JDN dresse la liste.
Premier signal et le plus visible : l'absence d'affichage des prix. Tout garagiste est légalement tenu d'afficher ses tarifs toutes taxes comprises (taux horaire ou forfaits) aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'établissement. Des prix incomplets, illisibles ou tout simplement absents sont un mauvais signe.
Autre obligation : avant toute réparation, le professionnel doit proposer des pièces d'occasion issues de l'économie circulaire, et donc moins chères. La loi prévoit cependant des exceptions : délai de disponibilité trop long, risque pour l'environnement, la santé publique ou la sécurité routière, ou encore prise en charge dans un cadre particulier (rappel constructeur, réparation gratuite ou sous garantie).
Au-delà des pièces, c'est aussi la paperasse qui mérite une certaine attention. Bien qu'un devis ne soit pas obligatoire, un garagiste ne peut pas refuser d'en établir un si vous le demandez. De même, signer un ordre de réparation avant de laisser son véhicule est vivement conseillé. Un professionnel qui rechigne à remplir ces documents, ou qui remet une facture trop vague sur la nature et le prix des prestations, cherche probablement à ne pas laisser de traces.
Enfin, certains garagistes malhonnêtes glissent des clauses illégales dans leurs conditions générales ou leurs devis. Ces clauses permettent par exemple de facturer librement la prestation finale sans tenir compte du devis signé, ou limitent la responsabilité du garagiste si votre voiture est volée ou endommagée pendant qu'elle est sous leur garde au garage.
Rappelons qu'un garagiste "est soumis à une obligation de résultat, il est tenu de remettre en état de marche le véhicule qui lui a été confié. Il a l'obligation de restituer une voiture sur laquelle toutes les interventions liées à la sécurité ont été faites", note le ministère de l'Economie.