Derrière, une vitrine surveillée par plusieurs gardes, un objet doré trône au cœur de Londres. Il semble intouchable, tout le monde passe devant lui en le contemplant. Cette pièce d'exception n'est autre que le trophée Jules Rimet, la récompense suprême dans le football international. En ce 20 mars 1966, l'Angleterre s'apprête à organiser la Coupe du monde et expose le trophée fièrement dans le Methodist Central Hall de Westminster. 

Mais tout bascule. En plein jour, sous le nez de la sécurité, quelqu'un force le cadenas, ouvre la vitrine et repart avec l'objet sous le bras. Quand l'alerte est donnée, il est déjà trop tard : le trophée s'est volatilisé, à quatre mois d'un événement sportif planétaire que le pays s'apprête à accueillir.

La panique gagne les autorités. La Fédération anglaise de football n'a plus aucun trophée à remettre à la future nation gagnante. Une rançon de 15 000 livres est vite réclamée. La police londonienne mobilise ses meilleurs agents. Un homme est interpellé : Edward Betchley. Bien qu'il affirme agir pour un commanditaire, il ne permet pas de retrouver la coupe. L'enquête s'enlise.

Et alors que tout semblait perdu, c'est un chien qui va trouver la solution. Une semaine après le vol, le 27 mars, David Corbett, docker londonien de 26 ans, promène son chien Pickles, un colley croisé au pelage noir et blanc, près de chez lui, dans le quartier de Beulah Hill. L'animal s'arrête net devant un paquet abandonné sous une haie, enveloppé dans du papier journal et ficelé. Intrigué, Corbett l'ouvre. À l'intérieur : la coupe disparue, en parfait état.

L'histoire fait aussitôt le tour du pays. Pickles devient une célébrité du jour au lendemain, invité au banquet de la FIFA et récompensé pour son flair providentiel. Quelques mois plus tard, c'est l'Angleterre qui soulève le trophée, en battant l'Allemagne de l'Ouest en finale sur le score de 4 buts à 2. Leur seule étoile à ce jour. 

Mais le mystère, lui, met bien plus longtemps à se dissiper. Il faudra attendre 2018, et une enquête du Daily Mirror, pour apprendre l'identité des véritables voleurs : les frères Sidney et Reg Cugullere, deux malfrats londoniens qui auraient agi "pour le frisson", selon leur neveu. Aucun des deux n'a jamais été inquiété.

Quant à Pickles, son destin s'achève de façon plus discrète : il meurt en 1967, étranglé accidentellement par sa propre laisse. Le trophée Jules Rimet, lui, connaîtra un sort tout aussi rocambolesque : offert définitivement au Brésil en 1970 après sa troisième victoire, il sera volé une seconde fois en 1983 et jamais retrouvé. Un nouveau design de trophée sera alors présenté. Celui qui est toujours en vigueur aujourd'hui.