La statistique est frappante. L'an dernier, un incident ou un accident industriel a été recensé toutes les 5 heures 36 dans un site classé en France. Au total, l'inspection des installations classées (ICPE) et le bureau d'analyse des risques et pollutions industriels (BARPI) en ont comptabilisé 1 534.

Explosions de réacteurs chimiques, incendies de grande ampleur, fuites de matières dangereuses, parfois à répétition  : la liste des incidents est longue. Dans les seules Bouches-du-Rhône, 21 explosions ont touché des centres de tri. Toutes sont liées à des bouteilles de protoxyde d'azote qui se glissent dans les déchets ménagers. Ajoutez à cela la grande concentration de sites industriels sensibles sur ce territoire : le département est en 2025 le plus touché par les accidents industriels, avec un événement tous les 5 jours.

Dans l'inventaire dressé par l'État, un chiffre saute aux yeux. En un an, le nombre d'incidents et d'accidents a bondi de 23,3%. Une hausse très forte. Mais comment l'expliquer ?

Trois secteurs concentrent l'attention. Celui des déchets a subi une vague d'incendies très importante (+55 % par rapport à 2024). Pour la première fois en dix ans, les centres de tri de déchets non dangereux ont franchi la barre des cent événements. Principal suspect, les batteries et piles au lithium, jetées par erreur dans la collecte sélective, qui déclenchent les départs de feu.

L'agriculture et l'élevage figurent aussi parmi les secteurs les plus touchés. Les bâtiments agricoles brûlent, les "déversements d'effluents d'élevage" se multiplient, et ces rejets de lisier, de purin ou de fumier liquide "peuvent avoir des conséquences environnementales notables", souligne le bilan 2025 de l'inspection.

Du côté de l'industrie, les difficultés économiques de la sidérurgie et de la métallurgie s'aggravent. La précarité financière de certaines entreprises grandit, ce qui peut détériorer la maintenance des équipements et favoriser les incidents.

Reste un dernier élément, plus technique, qui pèse lourd dans cette hausse spectaculaire : la façon dont les incidents sont remontés et comptabilisés a changé. Depuis octobre 2025, un nouveau portail en ligne permet aux exploitants de les déclarer beaucoup plus simplement, ce qui favorise la remontée des incidents et fait donc grimper les statistiques. Reste à voir si l'année 2026 suivra les mêmes tendances.