Une chaussée portée par 16 arches conduit à une porte monumentale haute de 13 mètres. Derrière, une rampe suffisamment large pour laisser deux cavaliers se croiser dessert 67 pièces réparties sur 9 niveaux. Le phare d’Alexandrie apparaît désormais dans son ensemble : une construction de 103 m de haut, organisée en trois volumes posés sur un socle.

Cette image vient du projet Pharos, qui présente son modèle comme la première reconstitution complète et scientifiquement validée du phare et de son implantation. A l’intérieur, la structure repose sur des arcades superposées et de grandes pièces voûtées. Un autre passage traverse des pièces alignées, reliées par des escaliers placés en retrait. Cette architecture complexe se dévoile après 30 ans d’exploration sous la Méditerranée.

La première fouille archéologique sous-marine du site a été ouverte en 1995 par Jean-Yves Empereur. Isabelle Hairy, architecte et archéologue au CNRS, dirige la fouille sous-marine du phare depuis 1997 ainsi que le projet Pharos. Elle décrit un travail mené "depuis 30 ans sur la fouille sous-marine du Phare des phares" et explique que l’équipe peut maintenant commencer à raconter son architecture.

La difficulté tient à ce qui subsiste. Les vestiges sont dispersés entre 4 et 9 mètres de profondeur sur environ 2 hectares, et le site sous-marin ne représente que 10% de la construction originelle. Le port d’Alexandrie contient pourtant 4 000 morceaux du phare, majoritairement immergés autour de la citadelle de Qaitbay.

Pour retrouver les parties manquantes, historiens, spécialistes des monnaies, archéologues, architecte et ingénieurs ont examiné des monnaies, des lampes en terre cuite, des mosaïques et des verres décorés. Ils ont aussi utilisé des textes médiévaux en arabe décrivant le bâtiment. Toutes ces informations ont été réunies dans un modèle numérique en trois dimensions, où l’équipe dit avoir testé chaque hypothèse de construction.

Une campagne menée en juin 2025 a permis de sortir de l’eau 22 des plus gros blocs. Les montants et les parties supérieures de la porte monumentale pèsent entre 70 et 80 tonnes, tandis que certaines grandes dalles du socle atteignent jusqu’à 40 tonnes. Les pièces ont été nettoyées, photographiées et mesurées avant d’être immergées à nouveau. Elles devaient rejoindre la centaine de blocs déjà numérisés sous l’eau depuis 10 ans.

Le monument ainsi recréé a été construit au début du IIIe siècle avant notre ère par Ptolémée Ier, puis inauguré par son fils, Ptolémée II. Dressé sur l’île de Pharos, il guidait les navigateurs près d’une côte basse et dangereuse. Le projet indique qu’il est resté debout pendant environ seize siècles. Sa copie numérique sert aussi à tester la résistance de sa structure, notamment face aux séismes.

Pour découvrir les images, le documentaire "Le phare d'Alexandrie Les derniers secrets" sera diffusé jeudi 5 novembre à 21h05 sur France 5 et sur france.tv. Le film de Laurence Thiriat dure 90 minutes. Une animation publiée le 14 août 2025 sur la chaîne YouTube CEAlexandrie permet déjà d’observer le site sous-marin, ses vestiges et les plongeurs, mais pas la reconstitution complète du monument.