Dans l'hôtellerie-restauration, la bonne recette des start-up du recrutement

Dans l'hôtellerie-restauration, la bonne recette des start-up du recrutement Les gérants de bars, d'hôtels ou de restaurants ont des difficultés à recruter. Un filon exploité avec succès par Extracadabra, Badakan ou encore Brigad.

En septembre 2017, un restaurateur alsacien avait défrayé la chronique en se transformant en homme sandwich pour trouver du personnel. Il est vrai que le secteur de l'hôtellerie-restauration peine à trouver de la main d'œuvre. Les causes sont multiples : besoin de compétences parfois très pointues, urgence de recrutement, secteur réputé difficile et fatiguant… Pour éviter ces cauchemars en cuisine aux gérants d'hôtel, de bar et de restaurant, des start-up utilisent le digital pour proposer, essentiellement en Ile-de-France, des professionnels en un clin d'œil pour de missions allant de quelques heures à plusieurs mois. Leur nom ? Extracadabra, Badakan ou encore Brigad.

Les algorithmes envoient les offres par SMS aux meilleurs candidats qui peuvent répondre immédiatement, comme ici chez Brigad. © Brigad

Toutes proposent un vivier de spécialistes soigneusement sélectionnés. "Pour être enregistré chez nous, il faut s'inscrire gratuitement, passer un entretien téléphonique. S'ensuit une vérification des diplômes et des références puis une rencontre physique. Seules 10% des candidats qui postulent peuvent finalement s'enregistrer. Mais nous garantissons à nos clients la qualité de nos 1 200 Brigaders, ce que les agences d'intérim ou les jobboards généralistes ne sont pas en mesure de faire", explique Florent Malbranche, qui a co-fondé Brigad fin 2016. Même stratégie du côté de Badakan, lancé quelques mois avant : "Nous avons plus de 5 000 professionnels que nous sélectionnons soigneusement avec des entretiens. Mais nous nous engageons à former notre communauté de badakaners", explique Bruno Calvo, à la tête de la société. "Nous avons mis en place des formations gratuites en blended learning avec des cours donnés par des professionnels et des Mooc sur la cuisine et nous comptons nous associer à un concepteur de Mooc dont nous ne voulons pas dévoiler le nom pour le moment. Nous considérons que nos ressources sont rares, nous voulons les accompagner, par exemple en aidant un serveur à devenir chef de rang. Au total, nous avons déjà formés 2 500 personnes", explique l'entrepreneur, dont la société a également la particularité de posséder l'agrément d'organisme de formation.

Les offres de Badakan reçoivent entre quatre et cinq réponses en une heure

Les entreprises n'ont plus qu'à puiser dans ce vivier qualifié. Elles déposent gratuitement une annonce sur la plateforme. Celle-ci est diffusée à tous les membres qui possèdent les compétences demandées. Les retours sont extrêmement rapides puisque l'offre de mission est envoyée directement sur les téléphones des candidats qui n'ont plus qu'à répondre oui ou non par SMS. "Chez Badakan nous avons par exemple entre quatre et cinq réponses en une heure. Dans les agences d'intérim traditionnelles, la fourchette est plutôt entre 24 et 48 heures. Résultat, nous avons permis la réalisation de 8 000 missions depuis notre lancement", précise Bruno Calvo. Un véritable luxe pour les professionnels de l'hôtellerie restauration qui sont parfois contraints de trouver un extra dans la journée.

Bars de quartiers et grandes chaînes se laissent séduire

Conséquence : les start up séduisent les établissements de tout standing et de toute taille. Brasserie de quartier, foodtrucks, palaces font appel aux start-up qui travaillent également avec de gros comptes. Ainsi, Extracadabra compte Le paradis du fruit ou McDonald's parmi sa clientèle tandis que Badakan peut se targuer de collaborer avec Ladurée, Accor, le groupe Barrière ou encore Elior. Brigad a pour sa part réussi à faire succomber Lecointre et Maison Kayser.

Autre luxe, les employeurs n'ont pas à s'embarrasser de démarches administratives : les start-up s'occupent de tout. En plus de la mise en relation, elles se chargent de la facturation, de la déclaration préalable à l'embauche ou des démarches avec l'Urssaf. Comme le résume Bruno Calvo : "avec l'intérim digital, clients et travailleurs ont juste à appuyer sur un bouton".

"Avec notre offre d'intérim digital les clients ont juste à appuyer sur un bouton, nous nous occupons du matching et de la paie"

Et le prix dans tout ça ? Les entreprises optent pour des moyens de facturation différents. Chez Badakan, l'entreprise prend 20% de commission quel que soit le profil ou le client. Pour une durée supérieure à deux mois, elle baisse à 12%. De son côté, Brigad prélève une commission de 25% sur le salaire brut chargé : "la rémunération que nous proposons à nos clients est définie par un algorithme de yield management. Plus la période est en tension, plus elle sera élevé. Nous fonctionnons comme la SNCF lorsqu'elle fixe le prix des billets de train ou Uber qui détermine le prix des courses en fonction de plusieurs paramètres", explique Florent Malbranche, qui estime que les tarifs pratiqués par sa société sont 5% plus élevés que les agences d'intérim. "En revanche, nous garantissons le professionnalisme du personnel et une quasi instantanéité. Les hôtels et les restaurants sont donc largement gagnants", argumente l'entrepreneur. Extracadabra a pour sa part opté pour deux offres : si l'employeur se contente d'un simple matching, il lui en coûtera de 10 euros pour une mission d'une journée à 400 euros pour un contrat de plus de six mois. Mais il peut aussi choisir de confier à Extracadabra la rédaction du contrat de travail et la paie. Dans ce cas, c'est plus cher, mais le prix exact n'a pas été dévoilé par Frédéric Nardon. Seul indice : cela reviendrait moins cher que de faire appel à un comptable ou une agence d'intérim, promet-il.

Le concept semble trouver sa clientèle et les start-up des investisseurs. En janvier 2018, Bpifrance et Side Capital ont injecté 1,2 million d'euros dans Extracadabra. En mars 2017, Brigad a levé 2,2 millions d'euros auprès de 50 Partners et de Square Capital : "Nous avions déjà récolté 300 000 euros en août 2016. Les acteurs du secteur apportent une plus-value instantanée dans un secteur en tension. Et les KPI parlent pour nous. Honnêtement, il n'est pas très difficile de lever des fonds", se félicite Florent Malbranche.

Extracadabra a levé 1,2 million d'euros et Brigad 2,2 millions d'euros

Le premier objectif des entrepreneurs est de s'implanter dans de nouvelles zones géographiques. "Nous voulons nous installer dans une trentaine de villes d'ici deux ans et nous envisageons également de partir à la conquête de capitales étrangères", ambitionne Bruno Calvo, qui dit ne chercher à lever des fonds pour le moment. Les objectifs sont les mêmes du côté de Brigad qui s'est lancé à Bordeaux et à Lyon début 2018 et qui prépare son implantation à Lille et Londres mi-2018. Pour sa part, Extracadabra va se déployer sur la Côte d'Azur dans un mois. Les trois start-up ont toutes commencé leur activité en région parisienne.

Concernant la stratégie économique, les entreprises du secteur jugent le secteur tellement dynamique qu'ils n'envisagent pas de se diversifier. Seuls de petits changements sont prévus à la marge. Ainsi Extracabra a commencé à proposer des CDI et des CDD depuis le début de l'année. De son côté Brigad a commencé à élargir ses offres en proposant des postes de vendeurs… mais dans les commerces alimentaires. On ne change pas un modèle qui gagne.

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E-RH / Foodtech

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