Fabienne Arata (LinkedIn) "Pour LinkedIn, la reprise doit être synonyme d'une priorisation des activités"

Le JDN poursuit sa série d'interviews de dirigeants face au coronavirus. La directrice de LinkedIn en France détaille les tendances qui ont dominé dans la communication des entreprises pendant le confinement.

Fabienne Arata, directrice de LinkedIn. © LinkedIn

JDN. Quel a été le principal challenge auquel vous avez dû faire face pendant la crise sanitaire ?

Fabienne Arata. Chez la plupart des entreprises, passer toutes les équipes en télétravail a bouleversé les habitudes et l'ensemble des activités. Chez LinkedIn France, nous avons basculé dans ce mode de fonctionnement dix jours avant l'annonce officielle du confinement, car nous avions anticipé en observant ce qui se passait en Asie et en Italie. Mais même au sein d'une société digitale comme la nôtre, basculer les activités internes et externes en distanciel complet a été un gros défi car nous avons une culture très forte du relationnel.

Quelles sont, selon vous, les clés de réussite pour surmonter cette situation ?

Le plus important est d'annoncer rapidement une grille de lecture pour expliquer aux équipes les décisions et comment elles ont été prises. Il faut leur donner des informations ciblées, chiffrées et factuelles. C'est alors plus facile d'avoir de la clarté dans l'entreprise. Post-crise, il faut garder ce fil rouge de grille de décisions et d'actions et accompagner les équipes pour éviter la surcharge de travail. Car, selon une étude que nous avons publiée mi-mai, le télétravail a considérablement accru la charge de travail et près d'un Français sur quatre s'est senti proche du burn-out pendant le confinement. La reprise doit donc être synonyme d'une priorisation des activités. Il est par ailleurs essentiel de soutenir les équipes sur la durée et de trouver un nouveau souffle pour soutenir le rythme et la motivation.

"La consommation de formations sur notre plateforme a bondi de 50% pendant le confinement"

Quelles ont été les tendances observées sur votre plateforme pendant le confinement ?

La première concerne les formations, dont la consommation sur notre plateforme a bondi de 50% en mars. Les professionnels ont cherché à bénéficier du télétravail pour former leurs employés, notamment aux outils digitaux. D'après une étude, 75% des entreprises ont pratiqué le télétravail pour la première fois. Nous avons mis en ligne gratuitement un certain nombre de contenus en français. 57 000 heures de formation ont été consommées sur LinkedIn en France en mars, 7,7 millions dans le monde. La seconde tendance que l'on a relevée est une augmentation de 55% des conversations sur notre plateforme. Les utilisateurs ont cherché à garder un lien avec leurs collaborateurs et leurs clients, ainsi qu'à échanger des bonnes pratiques et des retours d'expérience.

Avez-vous noté des évolutions de la part des entreprises dans leur manière de communiquer ?

La communication s'est principalement recentrée en interne pendant la crise sur des sujets RH, afin de maintenir un lien entre les équipes. Sur l'externe, les messages se sont focalisés sur la continuité des opérations et la manière dont les entreprises se réorganisaient, toujours dans un souci de clarté. Beaucoup de dirigeants ont pris la parole sur LinkedIn pour incarner la gestion de la crise pour leur entreprise. Par exemple, certaines d'entre elles ont réorienté leur production pour aider à lutter contre le coronavirus et le dirigeant a incarné ce positionnement-là.

Quel va être selon vous l'effet de la crise sanitaire sur le recrutement ?

De nombreuses start-up ont continué à recruter. C'est la raison pour laquelle LinkedIn a proposé gratuitement une solution de recrutement pour soutenir les métiers essentiels de la santé, de la distribution, de la logistique et de l'agriculture. Nous nous attendons à une amplification de la demande sur les métiers du digital, qui était déjà en pénurie, car la crise sanitaire a montré l'intérêt de la digitalisation. Nous anticipons une forte demande pour les métiers du cloud et de l'infrastructure.

Quelles sont les perspectives de LinkedIn France ces prochains mois ?

Notre mission est de connecter les professionnels entre eux et d'offrir une opportunité économique à chaque actif. Avec le contexte actuel, cette mission prend tout son sens. LinkedIn France a atteint 20 millions de membres en mai 2020, nous enregistrons une croissance régulière depuis l'ouverture du bureau en France en 2011 et nous avons l'ambition de les accompagner sur la durée, en particulier avec notre offre de formation. 

Fabienne Arata est country manager de LinkedIn France depuis janvier 2017. Diplômée de Skema business School, elle a débuté́ sa carrière en 1989 comme ingénieure d'affaires chez IBM France, puis a occupé́ plusieurs fonctions avant de devenir en 2006 directrice générale d'ANELIA, filiale d'IBM. De 2009 à 2012, Fabienne Arata a été directrice générale de Columbus IT, société IT de services professionnels. Avant de rejoindre LinkedIn, Fabienne Arata a occupé́, de 2012 à 2017, au sein de ManpowerGroup, la fonction de directrice générale des deux marques : Experis IT, dédiée aux métiers des technologies de l'information et FuturSkill, dédiée à la formation professionnelle.

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