Fabrice Bazard (Ouest-France) "Les prestations technologiques vendues par Ouest-France avoisinent déjà les 5 millions d'euros"

Plateforme numérique, outil de captation d'infos locales ou de gestion de newsletters… Fabrice Bazard, directeur général d'Ouest-France, mise sur les prestations technologiques pour se diversifier.

JDN. Ouest-France signe avec des éditeurs externes des prestations technologiques et éditoriales "mutualisées". Pouvez-vous nous en dire plus ?

Fabrice Bazard est le directeur général d’Ouest-France. © Ouest-France

Fabrice Bazard. Dans nos réflexions sur les pistes de diversification du journal Ouest-France, un de nos constats est que nous disposons d’énormément d’assets technologiques en interne. Ces assets, dont notamment notre plateforme numérique, nous avions déjà commencé à les mutualiser en interne, avec les Journaux de Loire, il y a quelques années. Alors pourquoi ne pas les proposer à d’autres éditeurs, qui n’ont peut-être pas les moyens de les développer et d’assumer seuls les coûts que ces ressources représentent ? Nous avons proposé cette idée à notre direction au niveau du groupe Sipa Ouest-France, qui nous a donné le feu vert il y a environ un an.

Quels outils proposez-vous ?

Nous proposons trois prestations technologiques : notre solution de newsletter, Mediego (rachetée par Ouest-France en 2023, ndlr) ; notre outil de captation d’informations locales, "Info Locales" ; et, depuis quelques mois, nous avons décidé de proposer également le clonage de notre plateforme numérique (site Internet, application et CMS), que nous commercialisons en marque blanche en totalité ou par briques, selon la taille et les besoins du client.

Avec quels éditeurs travaillez-vous ?

Le premier à avoir signé avec nous, et c'est très récent, est Rustica pour la plateforme numérique, le déploiement est en cours. L’Equipe vient de commencer avec Mediego, et l’Humanité, avec "Infos Locales".

Les exemples que vous me donnez sont des prestations : où se trouve la "mutualisation" ?

Je viens de vous décrire en effet des exemples où Ouest-France vend ses technologies. Mais cela va aussi dans l’autre sens. Par exemple, l’outil de live que nous utilisons sur Ouest-france.fr a été développé par 20 Minutes. Et si l’Equipe venait à commercialiser son propre outil de live, nous regarderions attentivement ce qu’ils proposent en la matière. Ce qui est sûr, c'est qu'il nous faudra toujours identifier des réciprocités possibles avec nos clients afin que cette stratégie soit durable et vertueuse. C'est envisageable avec des acteurs de grande taille, qui auront développé de leur côté aussi des outils.

Au sein de votre diversification, quel est le potentiel de cette activité, peut-elle croître rapidement ?

Le grand intérêt de ce type de prestation est sa durée : ce sont des contrats qui sont appelés à s'étaler sur plusieurs années. Ensuite, le fait que nous disposions de différents outils nous procure un potentiel de croissance auprès des éditeurs qui travaillent avec nous : L’Equipe, qui utilise aujourd’hui Mediego, pourra peut-être demain s’intéresser à une autre solution que nous proposons.

Mais il n’y a pas que la prestation tech. Nous serons encore meilleurs si nous arrivons à vendre également de la prestation intellectuelle. Un bon exemple, c’est le content-to-commerce, domaine dans lequel nous avons développé notre propre savoir-faire. 20 Minutes et d’autres médias, dont un important éditeur français, nous ont sollicités et nous le faisons pour eux depuis environ 18 mois.

Quel est le chiffre d’affaires de cette activité et quelle est votre ambition sur le court et moyen terme ?

Le content-to-commerce est déjà proche de la dizaine des millions d’euros de chiffres d’affaires annuels, dont la moitié générée grâce à la prestation pour le compte de clients externes. Le volet technologique, lui, est naissant : il compte pour une centaine de milliers d’euros. A noter que sur le moyen terme, la rentabilité peut devenir vite intéressante grâce au phénomène d’échelle, aussi bien sur le volet business qu’IT.

Notre objectif, avec ces prestations technologiques et intellectuelles proposées en externe, est de générer 5% du chiffre d’affaires d’Ouest-France, qui aujourd’hui est de 330 millions d’euros, soit 15 millions d’euros à terme. Cela veut dire tripler nos résultats actuels en développant notamment la partie tech. Et pour cela il nous faudra conquérir une vingtaine de clients, contre 5 aujourd’hui. Le point d’orgue de cette stratégie est notre plateforme numérique.