Roxane Laigle (Lemrock) "Avec le commerce agentique, nous nous dirigeons peut-être vers une ère du zéro clic"

Alors que le Mastercard Innovation Forum aura lieu le 5 novembre, Roxane Laigle, CEO et cofondatrice de Lemrock, revient sur les défis du commerce agentique et ses conséquences pour les e-commerçants.

JDN. En tant que CEO de Lemrock, vous aborderez la thématique "A quoi vont ressembler les achats de demain avec le commerce agentique ?" lors du Mastercard Innovation Forum. Pouvez-vous présenter Lemrock ?

Roxane Laigle est CEO de Lemrock. © Lemrock

Roxane Laigle. Lemrock est une infrastructure du commerce agentique. Notre solution, que l'on appelle un middleware, s'intercale entre les marques et les agents IA pour permettre aux marchands d'apparaitre directement dans les IA conversationnelles et de vendre leurs produits au moment où un internaute manifeste une intention d'achat. Nous sommes compatibles avec tous les principaux modèles de langage, qu'il s'agisse de ChatGPT, Mistral, Gemini, Claude, Perplexity ou DeepSeek. Concrètement, lorsqu'un consommateur pose une question à une IA, nous ouvrons un espace commercial dans cette conversation.

Quels sont les principaux obstacles qui peuvent freiner le développement et l'adoption du commerce agentique ?

Le commerce agentique est encore dans une phase de test et plusieurs freins doivent être levés. Le premier est celui de la confiance des consommateurs. Il faut également clarifier la responsabilité en cas d'erreur de l'IA, par exemple si elle achète le mauvais produit. Enfin, le cadre réglementaire reste à stabiliser : les protocoles de paiement ne sont pas encore harmonisés et les exigences diffèrent notamment entre l'Europe et les Etats-Unis. Une fois ces standards établis, il faudra accompagner les commerçants dans leur adaptation. Leurs infrastructures de paiement devront évoluer pour intégrer ces nouveaux usages. Cette transformation prendra du temps et nécessitera un véritable travail d'accompagnement.

Les e-commerçants, quelle que soit leur taille, devront-ils nécessairement s’appuyer sur un partenaire technologique pour prendre le virage du commerce agentique ?

Les petites entreprises, qui disposent d'équipes réduites, vont chercher à s'entourer de partenaires spécialisés. Pour les grands groupes, le chantier de transformation est immense. Ils doivent déjà se transformer en interne, donc il est préférable pour eux d'externaliser la partie technique afin de se placer au premier plan de cette transformation, d'autant que le cadre technique du commerce agentique évolue tous les trois à six mois. Passer par un prestataire leur permet de s'adapter en continu aux nouvelles contraintes techniques et réglementaires.

Dans dix ans, est-ce que les consommateurs se rendront encore sur le site web des e-commerçants ?

Nous nous dirigeons peut-être vers une ère du "zéro clic", dans laquelle les consommateurs n'auraient plus besoin de se rendre sur les sites des e-commerçants pour effectuer leurs achats. C'est un scénario auquel les marchands doivent se préparer. Pour autant, je pense que les sites marchands devraient conserver une place importante à moyen terme, car les usages évoluent lentement. Les habitudes d'achat et de paiement sont profondément ancrées et reposent sur la confiance. Mais si nous allons vers un modèle où les achats se font entièrement depuis une IA conversationnelle, les marchands devront s'interfacer avec ces agents. Le point de contact avec le consommateur sera alors progressivement déporté vers l'interface conversationnelle.

En quoi le commerce agentique pourrait-il modifier le rapport de force entre les petits commerçants et les grandes enseignes ?

Le commerce agentique ouvre de nouvelles opportunités aux plus petits acteurs. Ce qui primera demain, c'est la pertinence d'une offre et sa capacité à répondre précisément à un besoin. Les petits commerçants pourront ainsi se faire une place auprès des consommateurs, alors qu'ils étaient jusqu'ici désavantagés face aux grandes marques disposant de budgets marketing importants. Le commerce agentique pourrait donc rebattre les cartes en leur faveur.