L'Open Source en France sous Hollande, quel premier bilan ?

L'Open Source en France sous Hollande, quel premier bilan ? Les engagements du candidat François Hollande en matière d'Open Source ont-ils été tenus ? Quels changements les acteurs de cet écosystème ont-il pu observer ?

Il y a un peu plus d'un an, les deux principaux candidats à la présidentielle exprimaient des points de vue assez divergents sur les questions liées à l'Open Source. Parmi les engagements du futur président Hollande figuraient alors, par exemple, la promesse de promouvoir le logiciel libre dans l'éducation et l'administration et celle d'améliorer la place du Libre dans la commande publique. Un an après, que sont devenues ces promesses ?

 

patrice bertrand
Patrice Bertrand est président du Conseil National du Logiciel Libre, mais aussi directeur général de la SSLL Smile. © JdN

Une circulaire Ayrault marquante, mais peu contraignante  

Après l'élection de François Hollande, le premier acte fort dans le domaine fut incontestablement la circulaire signée en septembre dernier par le Premier ministre, qui donnait "une série de recommandations sur le bon usage du logiciel libre". 

Il y est notamment écrit que "le logiciel libre doit être considéré à égalité avec les autres solutions" ou qu'"aujourd'hui le choix du logiciel libre dans l'administration n'est pas un engagement idéologique, mais le fruit d'un choix raisonné."

Ce document invitait ainsi l'Administration, sans l'obliger, à opter pour le logiciel libre, mais aussi à "contribuer aussi sur l'enrichissement fonctionnel". La circulaire imaginait même "une règle simple à appliquer" : "réinjecter systématiquement de 5 à 10% des coûts de licences évités".

Sur le papier, ce fut une avancée saluée par les acteurs de l'Open Source. Mais sur le terrain, les SSLL et acteurs de l'Open Source ont-il réellement observé une hausse significative de leur chiffre d'affaires issu de l'administration grâce à cette circulaire, en fait peu contraignante ? Patrice Bertrand, président du Conseil National du Logiciel Libre, "ne croit pas que les membres de son organisation aient noté de tels changements".

Et la contribution de l'administration aux codes Open Source a-t-elle augmenté depuis cette circulaire ? Là encore, Patrice Bertrand indique qu'il n'a pas les éléments pour pouvoir l'affirmer. "Le déploiement des recommandations est en cours, même si le volet sur les contributions va peut-être lentement. La circulaire, tout comme les discours de Fleur Pellerin souvent favorables à la promotion des logiciels libres, vont dans le bon sens", tient-il cependant à souligner, saluant plus franchement d'autres actions du gouvernement, comme la nomination de Tristan Nitot, de Mozilla, au Conseil national du numérique, ou l'aide maintenue par l'Etat à des pôles de compétitivité comme Systematic, qui compte une importante section dédiée aux logiciels libres.

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Alexandre Zapolsky est le fondateur et PDG de Linagora, éditeur de logiciels libres. Il co-préside également le comité Open Source du Syntec Numérique. © Linagora

"Cette circulaire a fait beaucoup de bien à l'écosystème. Elle l'a dynamisé, et lui a redonné confiance. Elle a permis de faire des logiciels libres un sujet d'importance, ce qui les a crédibilisés encore un peu plus. En légitimant les choix pour l'Open Source, elle a aussi pu décomplexer certains décideurs qui avaient fait ce choix ", se réjouit de son côté Alexandre Zapolsky, PDG de la SSLL Linagora.

La place du Libre dans la commande publique, entre ombres et lumières 

Autre promesse du candidat Hollande : améliorer la place du Logiciel Libre dans la commande publique. Deux marchés publics de taille concernant l'Open Source ont été signés ces douze derniers mois. 

Le premier, d'un montant 2,75 millions d'euros, remporté par Alter Way (associé pour l'occasion à Capgemini et Zenika), concerne le support des logiciels libres utilisés dans une quinzaine de ministères français. Le deuxième contrat, de plus de 15 millions d'euros, concernait le support de logiciels Open Source utilisés par le ministère de l'Économie et des Finances, et c'est la proposition portée par Linagora qui a été retenue

Mais il est difficile de relier directement ces contrats à l'action de Hollande : le premier contrat remonte à juin 2012, et reflète l'évolution insufflée par la DSI de l'Etat (la Disic) - qui a été lancée bien avant les présidentielles. Et pour le deuxième marché, il s'agissait de renouveler un contrat existant bien avant l'élection de François Hollande.

Certes impressionnants par leur montant ou leur périmètre, ces contrats, tout comme la circulaire Ayrault, ne doivent cependant pas laisser penser que l'administration et les ministères sont désormais la chasse gardée de l'Open Source.

C'est ce qu'a révélé dernièrement la reconduction pressentie du contrat Open Bar signé entre Microsoft Irlande et le ministère français de la Défense. Un contrat pour le moins critiqué, notamment parce qu'il aurait été remporté sans mise en concurrence, et qu'il a semblé difficilement justifiable aux yeux de nombreux experts. S'appuyant sur cet exemple, Philippe Montargès, co-fondateur et président Alter Way admet que, "certains donneurs d'ordres peuvent avoir du mal à traduire en faits une volonté politique".

Alexandre Zapolsky s'est aussi récemment indigné en dénonçant dans nos colonnes la décision "en catimini" du conseil d'administration du groupement d'intérêt public Renater d'adopter des logiciels propriétaires (en l'occurrence Zimbra en version propriétaire et VMware). Pour mémoire, ce GIP rassemble des organismes de la recherche publique mais aussi toutes les universités françaises. Une décision qualifiée d'"ubuesque" par Alexandre Zapolsky, qui l'a attaquée en référé.

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Philippe Montargès est président du Ploss (réseau des entreprises de logiciels libres d'Ile de France), co-organisateur Open World Forum et co-dirigeant d'Alter Way. © JdN

Pour lui, il peut en effet y avoir un "vrai problème dans la courroie de transmission" entre les politiques, et le terrain. "Il y a encore beaucoup trop de marchés de type Renater. C'est en effet un peu décevant. Quand j'écoute l'équipe de François Hollande, j'ai confiance, je les remercie même pour cela, mais cela peut être plus compliqué sur le terrain. Il faut faire attention à éviter certaines dérives comme celles observées avec le marché Renater."

 

Le Logiciel Libre dans l'Education, un rendez-vous raté 

Quant à la promotion du Libre dans l'éducation, autre promesse du candidat Hollande, un projet de loi pour la refondation de l'École et la modernisation des lycées a bien failli privilégier "en priorité des logiciels libres et des formats ouverts de documents". Mais cet amendement proposé au Senat, a finalement été supprimé par le gouvernement.

N'est-ce pas un rendez-vous raté ? "C'est regrettable", admet Patrice Bertrand, qui souligne que le texte n'est pas encore enterré. "Cela aurait pu enfoncer le clou", ajoute Philippe Montargès, qui reste aussi optimiste. "De toute façon, il ne faut pas que l'industrie du logiciel libre soit uniquement dans l'attente. Il faut aussi qu'elle sache montrer ses capacités indépendamment des coups de pouces des lois ou des politiques. Il y aura plein d'autres opportunités que l'Open Source devra saisir pour mieux s'imposer. Peut-être que la prochaine sera la cloud computing".

L'Open Source en France sous Hollande, quel premier bilan ?
L'Open Source en France sous Hollande, quel premier bilan ?

Il y a un peu plus d'un an, les deux principaux candidats à la présidentielle exprimaient des points de vue assez divergents sur les questions liées à l'Open Source. Parmi les engagements du futur président Hollande figuraient alors, par...