Visioconférence : Zoom, les raisons d'un succès

Visioconférence : Zoom, les raisons d'un succès Valorisé plus de 23 milliards de dollars depuis son IPO, l'éditeur californien connaît une croissance exponentielle en misant sur l'ergonomie de son interface et sa capacité d'innovation.

Fer de lance des solutions de visioconférence en mode cloud, Zoom Video Communications se porte comme un charme. Sur son deuxième trimestre fiscal clos au 31 juillet, l'éditeur californien affiche un chiffre d'affaires d'un peu plus de 145 millions de dollars, en hausse de 96% sur un an, pour un résultat net de 5,5 millions de dollars. Zoom revendique quelque 66 300 clients de plus de dix salariés, un chiffre en progression d'environ 78% sur un an. Sur l'exercice complet, Zoom table sur un CA compris entre 587 millions et 590 millions de dollars.

Zoom est entrée en Bourse le 18 avril 2019 avec un prix d'introduction à 36 dollars. Depuis, le cours a enregistré un pic à plus de 107 dollars pour se stabiliser autour de 85 dollars. Ce qui correspond à une capitalisation supérieure à 23 milliards de dollars.

Ces bons résultats sont à mettre à l'actif du positionnement de Zoom. Créée en 2011, la société de San José est un pure payer de la visioconférence en mode SaaS qui a su s'intégrer aux matériels proposés par les acteurs traditionnels du secteur que sont Cisco, Polycom ou Tandberg. Si ces derniers dominent encore le marché, la bascule semble inéluctable. Selon Gartner, 65% des utilisateurs de solutions de téléconférence profiteront en 2020 des options d'audioconférence basées sur le protocole de communication SIP (Session Initiation Protocol) et la voix sur IP (VoIP), contre 20% en 2017.

Une success story californienne

Dans son quadrant magique des solutions de réunion virtuelle datant d'août 2018, le cabinet d'études classe Zoom parmi les "leaders" aux côtés de Cisco et Microsoft. Il salue la facilité d'utilisation de la solution, sa capacité d'innovation et la fiabilité de ses services. Son système dit de Light-weight video coding (LVC) ajuste par exemple la qualité du flux vidéo en fonction de la bande passante, du profil utilisateur et du terminal. L'animateur d'une réunion disposera, par exemple, du maximum de bande passante pour un affichage en haute résolution (1080p) tandis qu'un participant se contentera de 360p.

Zoom sait aussi cultiver le storytelling en le calant sur l'ascension sociale de son PDG fondateur. Eric Yuan a quitté la Chine pour la Silicon Valley en 1997 à l'âge de 27 ans après avoir essuyé huit refus de demande de Visa. S'il ne parle pas anglais, c'est un codeur de talent et il rejoint WebEx dix ans avant que celui-ci ne soit racheté par Cisco Systems. Il en devient le vice-président de l'ingénierie mais se sent frustré par l'expérience utilisateur. Faute de pouvoir refondre la solution, il part créer Zoom, emmenant avec lui 45 ingénieurs de WebEx. L'entrepreneur s'est révélé un excellent meneur d'hommes. En 2018, il arrivait en tête du classement Glassdoor des PDG préférés avec une cote d'approbation par ses employés de 99%.

Sur le plan technologique, Eric Yuan est reparti d'une feuille blanche. Il mène depuis une chasse incessante aux irritants afin de proposer l'interface la plus ergonomique et fluide possible. Sa devise : donner du bonheur aux clients et à leurs salariés ("delivering happiness to our customers, our team, and ourselves"). Il a aussi la bonne idée de distribuer une plateforme unique pour des entreprises de toute taille, proposant une simple web conférence en face à face jusqu'au webinaire à 10 000 participants (dont mille en vidéo).

"Sur un an, la part à l'international a augmenté de 115%"

Avec Zoom, les entreprises n'ont plus à jongler entre différentes solutions : Google Hangouts ou Skype sur terminal mobile, WebEx ou GoToMeeting à partir d'un poste de travail et Cisco, Polycom ou Tandberg pour les salles de conférence dédiées. Gartner pointe, bien sûr, quelques déficits fonctionnels par rapport aux solutions plus mâtures. Selon lui, le tableau de bord pour administrer Zoom gagnerait à améliorer la visibilité et le contrôle des solutions de salle de conférence. Responsable communications du groupe au siège de San José, Priscilla Barolo désigne Cisco comme le concurrent principal de Zoom mais n'accorde pas ce statut à Bluejeans qui fait pourtant figure de challenger.

Autre facteur du succès de Zoom : son modèle freemium. La version gratuite permet d'organiser un nombre illimité de réunions en face à face ou des réunions de groupe comptant jusqu'à 100 participants mais avec une durée restreinte à 40 minutes. Ce principe "l'essayer c'est l'adopter" a notamment réussi à Slack. Si Zoom ne communique pas sur le nombre total de ses utilisateurs actifs, il parvient à en convertir quelques-uns à ses versions payantes en débridant l'accès à sa plateforme et en proposant des fonctions avancées (console d'administration, support 24/7, intégration aux systèmes de téléprésence traditionnels…).

Encore trop dépendant du marché américain

Ses clients sont pour l'heure essentiellement nord-américains. Parmi ses références, Zoom compte Box, Delta, Sonos, Tesla, Uber ou Walmart. Selon Gartner, l'éditeur servirait mieux ses clients s'il améliorait sa présence mondiale. Pour l'heure, l'international ne représente que 20% de son chiffre d'affaires. "Sur un an, l'international a augmenté de 115%", tempère Priscilla Barolo. "Zoom ne communique pas pour le moment sur les chiffres du marché français, mais nous considérons la France comme une zone à forte opportunité de croissance." Elle précise, par ailleurs, que sur les quinze datacenters de Zoom, deux sont situés en Europe (Amsterdam et Francfort). Sur son blog, l'éditeur californien a publié une étude de cas sur la start-up française Klaxoon.

Avec plus de 200 améliorations ou nouveautés l'an dernier, Zoom joue aussi sur sa capacité d'innovation. Sa feuille de route est chargée. Au deuxième trimestre 2019, l'intégration à Teams a été améliorée. Il est possible depuis la messagerie collaborative de Microsoft d'ajouter un onglet Zoom puis de démarrer une réunion en ligne sans quitter l'interface. L'intégration à Siri permet, elle, de demander à l'assistant vocal d'Apple de lancer une réunion et d'informer ses participants de sa tenue.

Au troisième trimestre, Zoom va s'étendre à la transcription automatisée et en temps réel d'une réunion mais aussi à la rédaction d'une synthèse. Il mettra aussi à disposition des services d'interprétariat offrant à chaque participant la possibilité de suivre la réunion dans sa langue de prédilection. Pour les développements futurs, il faudra attendre le 15 octobre et la tenue de Zoomtopia, sa conférence utilisateurs annuelle. Priscilla Barolo indique que les annonces se concentreront alors sur les briques de base de la plateforme que sont Zoom Meetings (réunion en ligne), Zoom Rooms (interopérabilité avec les solutions de visioconférence traditionnelles) et Zoom Phone (téléphonie d'entreprise dans le cloud). Rendez-vous à l'automne.