L'IT entre innovation, résilience et rationalisation en 2026
En 2026, les DSI font face à un triptyque clé : budgets sous pression, hausse des coûts et demandes métiers accrues. Priorité au run, à la cybersécurité et à l'IA, avec une exigence forte de ROI.
Après une période d'investissements soutenus en 2024 et en 2025, le marché des télécommunications et de l'informatique est à un point d'inflexion. Les signaux économiques, couplés à un contexte d'incertitude géopolitique, indiquent un durcissement des conditions financières pour 2026. Les Directions des Systèmes d'Information (DSI) occupent encore aujourd’hui une place stratégique au sein des organisations. Elles sont à la fois pilier technologique, partenaire métier et gardiennes de la performance financière. Cette triple fonction les expose à trois pressions simultanées : la contraction budgétaire, la hausse structurelle des coûts IT et la multiplication des demandes métiers.
Arbitrages budgétaires : Le "Run" l'emporte sur le "Build"
Les études récentes confirment une rupture de tendance. Si 41 % des DSI anticipaient une augmentation de leur budget en 2025, ce chiffre est en net recul pour 2026, tombant à 35 % selon une étude d'Abraxio. Plus inquiétant, 26 % des DSI s'attendent à une baisse de leurs enveloppes, un doublement par rapport à l'année précédente. Cette réalité contraint les organisations à opérer des arbitrages douloureux.
Le "Run", qui correspond au maintien opérationnel des systèmes, et la cybersécurité sont les deux postes de dépenses qui bénéficient d'une légitimité indiscutable. La cybersécurité, en particulier, reste une priorité absolue, tirée par les impératifs réglementaires (comme le règlement européen sur l'IA ou l'AI Act) et la sophistication croissante des menaces (notamment les "deepfakes" et l'IA générative malveillante). Les DSI prioriseront donc les investissements dans la détection avancée, la sécurité des pipelines d'IA et l'adoption de la cryptographie post-quantique.
À l'inverse, les projets d'innovation et de "Build" sont les premiers à souffrir. Faute de marge de manœuvre, les initiatives de transformation numérique, pourtant vitales pour la compétitivité à long terme, sont souvent reportées ou redimensionnées. Cette tendance crée un risque de stagnation technologique pour les entreprises qui ne parviendront pas à trouver un équilibre entre rationalisation et croissance.
Rationalisation des coûts : L'efficacité comme nouvelle monnaie
Face à la pression budgétaire, la rationalisation des coûts IT devient un impératif stratégique. Il ne s'agit plus de réduire aveuglément les dépenses, mais d'optimiser chaque euro investi pour maximiser la valeur. Plusieurs leviers sont activés par les DSI :
- L'audit et l'optimisation des services cloud : Le passage au cloud a souvent été un vecteur d'augmentation des coûts. En 2026, les entreprises chercheront à rationaliser leurs dépenses en identifiant les instances sous-utilisées, en renégociant les contrats et en favorisant des architectures plus efficientes.
- L'automatisation et l'IA : L'intelligence artificielle est perçue non seulement comme un moteur d'innovation, mais aussi comme un puissant levier de réduction des coûts. Les DSI investissent dans l'automatisation des tâches à faible valeur ajoutée, comme la gestion des infrastructures ou le support utilisateur, pour libérer des ressources humaines et améliorer l'efficacité opérationnelle. Selon une étude de Forrester, l'utilisation de l'IA pour l'automatisation n'a de valeur que si elle permet une réduction tangible des coûts.
L'IA, moteur d'innovation et point de friction budgétaire
Si l'innovation est sous pression, l'intelligence artificielle (IA) constitue une exception notable. L'IA générative en particulier reste le principal poste d'investissement pour l'année à venir. Selon certaines projections, près de 98 % des entreprises françaises devraient augmenter leurs budgets dédiés à l'IA en 2026. Ces investissements massifs, qui pourraient atteindre plus de 17 milliards d'euros pour le marché français, se concentrent sur :
- Le développement d'agents autonomes : Les DSI expérimentent l'IA agentique, c'est-à-dire des IA capables de prendre des décisions et d'exécuter des tâches de manière autonome. Ces agents sont initialement déployés pour des fonctions d'analyse et d'optimisation, afin de minimiser les risques.
- L'industrialisation de l'IA : Les entreprises passent de la phase d'expérimentation à la production, en structurant leurs plateformes de données et de MLOps (Machine Learning Operations). Cela implique de lourds investissements dans des infrastructures de calcul (GPU) et de stockage, qui peuvent mettre à rude épreuve les budgets.
- La souveraineté et la sécurité : L'adoption de l'IA s'accompagne d'une attention accrue pour les modèles open source et les solutions "cloud souverain". Les DSI cherchent à maîtriser la chaîne de valeur de l'IA, de la gouvernance des données à la sécurité des modèles, pour se conformer aux réglementations et protéger leur propriété intellectuelle.
Le défi de la démonstration de valeur
Dans ce contexte de contrainte budgétaire, le rôle de la DSI évolue. Elle n'est plus un simple centre de coûts, mais un partenaire stratégique qui doit justifier chaque dépense et démontrer la valeur générée par l'IT. Les négociations avec les directions financières et générales s'annoncent particulièrement complexes, avec deux tiers des DSI anticipant des discussions plus difficiles.
La pédagogie budgétaire devient une compétence clé. Les DSI doivent s'appuyer sur des données précises (KPI, ROI) pour défendre leurs projets, qu'il s'agisse de la modernisation des infrastructures ou des initiatives d'innovation. L'objectif est de transformer le budget IT d'une ligne de dépense à maîtriser en un investissement stratégique pour la résilience et la croissance de l'entreprise.
En conclusion, l'année 2026 s'annonce comme une année d'équilibriste pour les DSI. La capacité à concilier des budgets sous pression avec les impératifs de cybersécurité et l'opportunité de l'IA définira les leaders de demain. Les organisations qui sauront faire preuve d'agilité, de pragmatisme et de persuasion sortiront renforcées de cette période, tandis que les autres risquent de voir leur compétitivité s'éroder face à la triple pression de l'austérité, de la complexité et de la stagnation.