Qui sont les business angels de la défense française ?

Qui sont les business angels de la défense française ? Parcours professionnel, portefeuille, ticket moyen… Présentation de quatre investisseurs particuliers qui comptent parmi les principaux business angels d'un secteur en plein essor.

Autrefois en retrait, la défense s'est imposée comme un secteur fort de la French tech et attire désormais tout type d'investisseurs, dont les business angels. La majorité d’entre eux se retrouvent au sein de Défense Angels, réseau lancé en 2022, fort de 120 membres et qui se revendique comme le pionnier de l'investissement dans les start-up de la défense. Quatre de ces business angels sont particulièrement actifs.

Michel Kermagoret, le Breton

Son parcours : Retraité depuis 2023 et désormais installé à Lorient, Michel Kermagoret a occupé différents métiers : ingénieur, développeur et chef de projet. Il a également fait du conseil chez Oracle et chez Klee où il avait le ministère de la Défense comme client. Son histoire avec le secteur a pris un tournant quand il a assisté, "un peu par hasard", à un séminaire organisé par Défense Angels. "J'étais à la retraite. Les start-up de la défense m'ont intéressé, aussi bien intellectuellement que sur le fond car, dans ce milieu, les gens pensent à l'avenir". A noter que Michel Kermagoret est également membre d'un autre réseau de business angels, Bretagne Sud Angels.

Ses investissements : Une quinzaine de start-up dont Seaber, Kwan-Tek, Eclore. Les deux premières sont localisées en Bretagne, la troisième est implantée à Nantes.

Son ticket moyen : Entre 5 000 et 10 000 euros, et jusqu'à 50 000 euros selon les projets

Son regard sur le secteur : "Le secteur a progressé ces dernières années. Mais on accuse encore du retard sur certains pays étrangers. Il reste des progrès à faire, notamment dans la phase d'industrialisation qui nécessite des financements et davantage de commandes."

François Mattens, le plus jeune

Son parcours : Agé de 37 ans, François Mattens est le plus jeune des business angels que nous présentons, les trois autres ayant dépassé la soixantaine. Pour autant, son expérience dans le secteur est loin d'être négligeable. Directeur de l'innovation entre 2014 et 2022 de Gicat, une sorte de Medef de la défense, il a créé au sein de cette structure Generate, le premier accélérateur dédié aux jeunes pousses du secteur. Cofondateur de Défense Angels, il occupe actuellement le poste de directeur des affaires publiques chez XXII, une start-up spécialisée dans la vision par ordinateur qui compte le ministère de la Défense comme client.

Ses investissements : Une dizaine de start-up dont Snowpack, Beyond Aero, Loft Orbital

Son ticket moyen : Entre 10 000 et 15 000 euros

Son regard sur le secteur : "Je suis dans le secteur depuis une bonne dizaine d'années. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, la défense est "à la mode". Des investisseurs plus généralistes nous sollicitent pour gagner en expertise sur l'écosystème et on fait avec eux du co-investissement. Mais il ne faut pas que cette prise de conscience soit passagère. La défense doit être considérée comme une tendance de fond stratégique pour notre industrie".

Alain F., l'ancien de Thales

Son parcours : A la retraite, Alain F. a effectué la majorité de sa carrière professionnelle chez Thales où il a exercé entre 1992 et 2010, notamment dans le domaine de la compensation industrielle. Celui qui a aussi travaillé à la direction générale du Trésor et à la Banque mondiale (aux bureaux de Londres et de Washington) fait partie des premiers membres de Défense Angels.

Ses investissements : Une dizaine de start-up dont EOS Technologie et Opus Aerospace

Son ticket moyen : 10 000 euros

Son regard sur le secteur : "Il ne faut pas avoir d'état d'âme et être conscient du monde dans lequel on vit. Nos alliés historiques ne sont plus vraiment nos alliés et l'Europe doit se débrouiller seule. Avec le contexte international et la guerre en Ukraine, le secteur est désormais porteur en termes d'investissements. Cependant, les grandes entreprises s'intéressent encore trop peu aux start-up de la défense".

Michel Behar, l'écrivain

Son parcours : Agé de 69 ans, ce diplômé d'HEC a connu mille vies. Michel Behar a créé deux banques d'affaires, dirigé une société rachetée par Total, vécu en Allemagne pour prendre la tête du spécialiste de la pétrochimie Fuchs Petrolub, piloté la division aéroportuaire de Penauille Polyservices… Actuellement vice-président de Défense Angels, il s'est également tourné vers un autre domaine : l'écriture. En effet, Michel Behar est à l'origine de Spy, une collection de quatre romans d'espionnage.

Ses investissements : Caps, Elika Team, Snowpack

Son ticket moyen : "Quelques dizaines de milliers d'euros"

Son regard sur le secteur : "Encore récemment, la défense était un secteur quasiment interdit pour les investisseurs. La guerre en Ukraine a été un électrochoc. En mars 2025, nous avons assisté avec Défense Angels à une réunion avec Sébastien Lecornu (alors ministre des Armées, ndlr) et Eric Lombard (alors ministre de l'Economie, ndlr). Lors de cette réunion, on nous a annoncé que les restrictions pour investir dans la défense allaient être supprimées. Pour le secteur, c'est très encourageant".