NewSpace français : financement au décollage, plafond de verre à la mise en orbite
Parmi les secteurs en vogue, le NewSpace s'est fait une petite place aux côtés de l'intelligence artificielle, la défense ou la robotique. A l’image de ces filières jugées stratégiques, les start-up françaises du spatial ont su s’inscrire dans le récit de la souveraineté technologique. Quelques levées de fonds significatives, à commencer par celles de The Exploration Company, constructeur de véhicules spatiaux (150 millions d’euros en novembre 2024), et de Loft Orbital, qui loue des satellites prêts à l'emploi (170 millions d’euros en janvier 2025), ont suffi à propulser le secteur sur le devant de la scène. Mais au-delà de ces opérations qui ont marqué les esprits, où en est vraiment le secteur en France ?
"En termes de financement, c'est mieux qu'il y a dix ans. Mais si on se compare à d'autres pays, comme les Etats-Unis, la Finlande ou l'Allemagne, c'est encore insuffisant", indique Michael Thomas, directeur des investissements pour le fonds Supernova Invest, qui a notamment pris part au dernier tour de table de Loft Orbital. "Les levées de fonds sont encore faibles par rapport aux besoins du secteur. Ce n'est pas 30 millions d'euros qu'il faut, c'est plutôt 300. On sait faire l'amorçage mais ensuite ça bloque. Après la Série A, le nombre de levées de fonds diminue grandement. Il manque des relais de capital-croissance pour que des leaders émergent en France". Un constat qui se reflète à travers les deux figures majeures du NewSpace tricolore : The Exploration Company est basée à Munich (en plus de Mérignac) et Loft Orbital à San Francisco (en plus de Toulouse). Aucune de ces deux entreprises n'est entièrement française.
"On sait faire de l'amorçage mais ensuite ça bloque. Après la Série A, le nombre de levées de fonds diminue grandement"
"Les start-up de l'espace représentent un pari plutôt risqué. Les revenus arrivent après plusieurs années et tous les fonds d'investissement ne sont pas à l'aise avec ce type de modèle, d’autant que, dans la dynamique actuelle, les investisseurs exigent un retour sur liquidités rapide. Mais ce n'est pas le rythme du NewSpace", explique Matthieu Baret, managing partner pour le fonds Eurazeo qui a notamment investi dans Exotrail (qui commercialise des moteurs pour satellite de petite taille) et Space Cargo (qui construit une microstation orbitale européenne). "On a fait de réels progrès. Mais il faut que davantage de fonds s'emparent du sujet", ajoute de son côté Raphaël Cattan, directeur des investissements, également pour Eurazeo.
Malgré tout, le NewSpace français a semé des belles promesses : "Des start-up comme Look Up Space (qui déploie un réseau de radars de surveillance de l'espace, ndlr) et Unseenlabs (spécialiste de la détection radiofréquence depuis l'espace, ndlr) s'en sortent bien", tempère Michael Thomas. "Malheureusement, on est encore assez loin de l'industrialisation et du passage à l'échelle". Maintenant, le secteur doit passer un cap pour transformer ces promesses en véritable leader : "Dans le digital, on sait comment scaler un logiciel. Ce n'est pas encore le cas pour le NewSpace. C'est bien de recruter des profils qui viennent de chez Thalès ou Airbus mais il y a une différence entre appliquer des process déjà établis et en créer de nouveaux", souligne Raphaël Cattan.
Pas encore de passage à l'échelle
Pour aider les start-up à se structurer et à atteindre le fameux passage à l'échelle, il semble que les grands groupes industriels et l'Etat doivent jouer leur rôle : "On a les entrepreneurs et la technologie. L'industrialisation passera par la commande des grandes entreprises et de l'Etat. SpaceX a frôlé le dépôt de bilan avant d'être sauvée par la Nasa", rappelle Matthieu Baret.
"Le triptyque Etat, grands groupes et start-up ne fonctionne pas assez bien", déplore effectivement Michael Thomas. "Culturellement, notre pays favorise davantage les grandes entreprises que les jeunes pousses qui ne captent que des miettes dans les appels d'offres. Mais le talent est là". Pour le moment, les planètes ne sont pas encore alignées pour que le NewSpace français change définitivement de dimension.