Les solo entrepreneurs, une espèce en voie de disparition de la French Tech
Solo entrepreneur, solo founder, fondateur unique… Appelez-les comme vous voulez, mais peu importe le terme employé, celui qui fonde sa start-up sans associé a de moins en moins de chance de lever des fonds. En France, selon la banque d'affaires Cambon Partners, les fondateurs solos représentaient 17% des profils à l'origine de levées de fonds comprises entre 10 et 50 millions d'euros entre 2022 et 2024. Une proportion qui est tombée à 12% sur la période 2024-2026, contre 54% pour les équipes de deux fondateurs et 24% pour celles de trois fondateurs.
Pour mesurer le véritable sens de cette statistique, nous avons interrogé directement deux fonds d'investissement afin de savoir si, à leurs yeux, le solo entrepreneur partait avec un léger handicap lorsqu'il venait leur présenter son pitch. "Nous avons beaucoup plus de groupes de dirigeants que de fondateur unique mais nos plus belles boîtes sont créées par des solo founders. En réalité, nous sommes plutôt neutres sur le sujet. Nous n'allons pas favoriser ou exclure un nombre particulier", nous indique Guilhem de Vregille, partner chez XAnge.
"Un profil business sans background technique, nous sommes clairement moins fans"
"Les fondateurs uniques représentent entre un et trois dossiers sur une vingtaine dans notre portefeuille", précise de son côté Julien-David Nitlech, managing partner chez Iris. Une faible proportion qui ne reflèterait pas un quelconque a priori à l'égard des solo entrepreneurs. "Le nombre de fondateurs modifie très peu nos critères d'évaluation. A la limite, il peut exister une différence mineure : nous pouvons davantage évaluer la capacité d'un solo founder à déléguer et à se faire accompagner lorsque sa boîte va grandir, mais sinon, je ne vois pas pourquoi nous devrions avoir une grille d'évaluation qui diffère."
Si les équipes de plusieurs fondateurs peuvent présenter certains atouts, notamment en matière de complémentarité, le modèle du solo entrepreneur a lui aussi ses avantages. Guilhem de Vregille reconnaît ainsi qu'une équipe de plusieurs fondateurs a de "meilleures chances d'offrir plus de complémentarité en réunissant des qualités tech et commerciales". Il souligne toutefois qu'un "fondateur unique permet d'avoir une incarnation de l'entreprise plus forte".
Notre expert met également en avant un profil rare : celui du fondateur unique issu de la tech ou de l'ingénierie, mais doté de solides compétences business. "Ils ne sont pas nombreux, mais quand l'un d'entre eux se présente, nous nous jetons dessus ! Dans notre portefeuille, c'est par exemple le cas des CEO d'Aerospacelab ou d'Odoo, qui n'ont rien à envier à certains profils commerciaux. En revanche, un profil business sans background technique, nous sommes clairement moins fans".
Un écosystème peu propice au solo entrepreneuriat
A en croire nos deux interlocuteurs, le nombre de fondateurs ne pèse donc pas réellement dans la décision d'investissement. Si la composition de l'équipe peut présenter, à la marge, quelques avantages ou inconvénients, elle est loin d'être un critère déterminant pour ces deux fonds. Mais alors, comment expliquer que les solo entrepreneurs restent si rares dans leurs portefeuilles ?
"Je pense que ces proportions sont surtout révélatrices du vivier disponible. La limitation ne vient pas des investisseurs, mais de la complexité des savoir-faire qu'il est difficile de réunir en une seule personne. Les codes de l'écosystème start-up n'ont jamais vraiment encouragé l'entrepreneuriat en solo, ce qui en a fait un profil naturellement plus rare", répond Julien-David Nitlech. "L'univers start-up, à commencer par les incubateurs, pousse les fondateurs à s'associer. Le solo founder a toujours été rare, mais il l'est de plus en plus", appuie Guilhem de Vregille.
La tendance pourrait-elle toutefois s'inverser et le nombre de solo founders repartir à la hausse ? "Je pense que l'intelligence artificielle pourrait favoriser ce type de profil car elle pourrait leur permettre de gérer une multitude de sujets qu'il est plus facile de couvrir avec des fondateurs complémentaires", estime Julien-David Nitlech. Il faudra bien ça pour repeupler une espèce en voie de disparition.